PREMIER
ACTE
(A Rome, l'an 216 avant J-C.; le Forum
devant la curie de Tullus Hostilius à laquelle
on accède par des degrés et un portique
à colonnes Peuple: adolescents, femmes,
vieillards et enfants, assemblés sur la place
ou occupant les degrés. La tristesse l'angoisse,
étreignent cette foule)
LA FOULE
O tristes jours! O tristes jours! O tristes jours
L'Univers envieux
Se lève, à notre chute, et rend grâces aux Dieux!
Hélas! O tristes jours! O tristes jours!
Quoi! nos murs vont crouler!
Nous verrons nos enfants égorgés!
Nous verrons nos femmes captives!
Et notre Rome auguste en proie à l'étranger!
O Romulus, ô Dieux, daignez nous protéger!
Quoi! nos murs vont crouler!
Nous verrons nos enfants égorgés!
O Romulus, ô Dieux, daignez nous protéger!
Quoi! nos murs vont crouler!
Nous verrons nos enfants égorgés!
O Romulus, ô Dieux, daignez nous protéger!
(Caïus, tribun du peuple, accompagné de
licteurs, traverse la place se porte vers
Caïus avec angoisse)
Il est donc vrai, Caïus? Hannibal...
CAÏUS
(répondant douloureusement,
à la foule, en passant)
A vaincu!
LA FOULE
Ciel! Nos fils?
CAÏUS
Ne sont plus!
LA FOULE
Nos consuls?
CAÏUS
Ont vécu!
LA FOULE
Quoi! Varron? Paul-Emile?
CAÏUS
Oui, tous les deux!
(Caïus s'éloigne)
LA FOULE
... tous les deux!
(Toute la foule avec une
explosion de douleur)
Un barbare a donc fait de notre deuil sa gloire!
Hélas! Hélas!
(La foule éperdu se jette, en gémissant, sur les
degrés, devant le Temple; pendant ce mouvement
paraît Posthumia appuyée sur Galla)
POSTHUMIA
(à Galla)
Quel est ce lieu, Galla?
GALLA
La curie Hostilie.
POSTHUMIA
(à elle-même)
Le Sénat peut souffrir qu'une foule avilie
Vienne près de son temple outrager
par des pleurs la constance
de Rome et ses fières douleurs?
Au temple de Vesta portons, au lieu de larmes,
Nos prières, nos prières, Galla:
(avec âme)
Ce sont aussi des armes!
(avec un geste de départ)
Au Temple de Vesta!
(Posthumia passe lentement et disparaît.
Des femmes s'inclinent sur son passage)
TÉNORS
(un groupe la désignant)
Mais quelle est cette aveugle?
UN VIEILLARD
(dans la foule)
Elle a nom Posthumia, je crois.
UN GROUPE DE FEMMES
(sopranos)
De l'antique maison des Scaurus.
VIEILLARDS
(barytons)
On la voit souvent chez les Vestales.
UN AUTRE GROUPE DE FEMMES
(sopranos)
On dit que ces vierges fatales
Ont laissé le trépied sans flamme cette nuit.
LA FOULE
(toutes les voix)
O présage effrayant!
Sacrilège inouï!
O Dieux! daignez nous protéger!
O tristes jours!
UN VIEILLARD
(dans la foule)
Pourquoi de nos bourreaux
satisfaire l'envie?
Pour lutter sans espoir autant sauver sa vie!
LA FOULE
Pour lutter sans espoir
autant sauver sa vie...
Oui!
UN VIEILLARD
Gagnons les monts Albans
durant que les chemins
FABIUS
(entré depuis quelques
instants; calme et grave)
Vous écoutez ce lâche...
et vous êtes Romains!
Hors d'ici, toi qui dis de déserter la ville
Et de fuir le combat
comme un troupeau servile.
Peut-on être un grand peuple
et se croire perdu?
Pour répandre des pleurs, avez-vous répandu
Tout votre sang en rouges fleuves?
Et, femmes, parmi vous
n'est-il donc que des veuves!
Ce n'est point où je suis qu'Hannibal
est vainqueur,
Il ne passera pas. Il ne passera pas
(énergique, rapide)
si vous avez du cur!
(Cri au loin. Des Sénateurs, des
Décemvirs paraissent sur les degrés)
LA FOULE
(soprani, anxieuse)
Ecoutez!
Ecoutez!
Ah! voyez! Voyez! là!
(les cris, au loin, se prolongent
jusqu'à l'entrée de Lentulus)
...voyez!
...voyez!
Ecoutez!
(Lentulus arrive en courant, sans armes,
couvert de poussière et de sang, tête nue)
FABIUS
(allant à lui)
Toi, vivant, Lentulus!
D'où viens-tu?
D'où viens-tu?
LENTULUS
(haletant)
Des bords de l'Aufidus,
Car c'est là qu'Hannibal, rassasiant sa haine,
Vit, encor mieux qu'à Thrasymène,
Sur la plaine et les monts tant de morts entassés
Qu'on l'entendit crier aux égorgeurs:
«Assez!»
LA FOULE
(Mouvements dans la foule)
Horreur!
LENTULUS
Jupiter m'est témoin que dans ces
champs funèbres,
Par notre écrasement aujourd'hui trop célèbres,
Peuple, j'ai mérité d'avoir ma place aussi!
Je n'ai pu l'obtenir; et, seul, je viens ici,
Unique survivant d'une armée innombrable
Vous dire:
«Excepté moi, tous son morts!»
(tendant le poing vers l'ennemi invisible)
Misérable!
(Fabius, du pan de sa toge se couvre le visage.
Les Sénateurs, les Décemvirs imitent son geste)
LA FOULE
(avec désespoir)
Pour quels affreux destins,
Sort, nous réserves-tu?
FABIUS
(comprimant le mouvement
désespéré de la foule)
Dans le malheur
le calme est presque une vertu.
Songez à Paul-Emile!
LENTULUS
(chaleureusement)
Paul-Emile, un héros! Hier, pendant la nuit,
Tel un spectre nimbé d'un rayon de lumière,
Je l'ai vu tout sanglant
assis sur une pierre,
Contemplant la déroute
apparaître à mes yeux
Plus grand dans son malheur
que le plus grand des Dieux!
(murmures d'admiration)
Vingt blessures n'ont pu ternir l'ardente flamme
Qui brille en son regard
où transparaît son âme:
«Va vers Rome, dit-il,
Va vers ses murs sacrés
Par mes fatales mains aux Barbares livrés!
Armez-vous! Chassez-les
Enfantez un Camille!
Ou du moins dans sa chute imitez Paul-Emile!
La gloire du vaincu, Romains, c'est de mourir!»
Il m'éloigna du geste, et je le vis couvrir
De sa toge en lambeaux sa figure virile
Pour attendre la mort
intrépide
immobile.
FABIUS
(gravement)
Nous suivrons ton exemple, ô noble Paul-Emile,
Quand demain l'aube en se levant
Viendra nous découvrir Hannibal campant
Devant nos murs.
FABIUS, SÉNATEURS, DÉCEMVIRS
Quand demain l'aube en se levant
Viendra nous découvrir Hannibal campant
Devant nos murs.
LENTULUS
(vivement)
Non pas! les soldats de Carthage,
Quand j'accourais ici,
s'attardaient au pillage.
FABIUS
(dans un élan)
Profitons du répit!
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS, LA FOULE
Oui! oui!
FABIUS
Le vainqueur d'aujourd'hui
Peut être le vaincu de demain!
LENTULUS, SÉNATEURS
DÉCEMVIRS. LA FOULE
(s'exaltant)
Oh! oui! oui!
FABIUS
(avec chaleur, aux Sénateurs)
S'il n'est plus de Romains
libérez vos esclaves!
Affranchissez les forts, les meilleurs,
les plus braves!
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS
(avec angoisse)
Mais comment les armer?
Il ne nous reste plus un glaive! un bouclier!
FABIUS
(inspiré)
Mais leurs fers rompus,
Mais des socs, des leviers, des marteaux,
des balances,
On peut faire des dards,
des glaives et des lances!
Et quant aux boucliers
empruntez-les aux Dieux!
Leurs temples en sont pleins,
remplis par nos aïeux!
LENTULUS
(avec élan)
O merci, Fabius!
(à Fabius, avec enthousiasme)
Ton âme dans leurs curs, ton âme
Passe comme une flamme!
Ton âme, ton âme
Passe comme une flamme!
FABIUS
(avec foi)
Mon âme dans leurs curs, mon âme
Dans leurs curs passe comme une flamme!
Mon âme passe comme une flamme!
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS
(à Fabius et à Lentulus)
Vous nous sauvez! Vous nous sauvez!
Votre âme
Dans nos curs raffermis passe
comme une flamme!
Vous nous sauvez!
Votre âme dans nos curs
Passe comme une flamme!
Vous nous sauvez!
LA FOULE
(à Fabius avec enthousiasme)
Vous nous sauvez! Vous nous sauvez!
Votre âme dans nos curs raffermis
passe comme une flamme!
Vous nous sauvez!
Votre âme dans nos curs
Passe comme une flamme!
Vous nous sauvez!
LENTULUS
O Fabius!
Ton âme passe pour nous sauver!
FABIUS
Mon âme passe pour vous sauver!
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS, LA FOULE
O Fabius! Vous nous sauvez!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(apparaissant sur le haut des degrés)
L'Oracle a parlé.
LA FOULE
(répète religieusement les
paroles du Souverain Pontife)
L'Oracle a parlé.
FABIUS
Et qu'a-t-il révélé?
LENTULUS, FABIUS
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS
Dans les feuillets d'airain qu'as-tu lu,
Grand Pontife?
LE SOUVERAIN PONTIFE
(faisant connaître l'oracle)
«Du Lion africain tu briseras la griffe,
Et Mars rendra l'éclat à ton glaive rouillé,
Quand le feu de Vesta, par un crime souillé,
Ayant repris du jour la clarté diaphane,
Brillera sur l'autel qu'un autre feu profane.
Et ce feu sacrilège est celui de Vénus.»
FABIUS, SÉNATEURS, DÉCEMVIRS,
LA FOULE sauf LENTULUS
De nos malheurs, enfin,
les secrets sont connus!
LE SOUVERAIN PONTIFE
L'autel gardien de Rome
est l'asile du crime!
FABIUS
(faisant le geste du serment)
Mais que Vesta s'apaise! Elle aura sa victime.
LENTULUS
(à part, effrayé)
Quoi! Dieux!
FABIUS
(au Souverain Pontife)
De la coupable apprenez-nous le nom.
LENTULUS
(à part, terrifié)
Malheureuse!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(observant Lentulus)
Pourquoi ce trouble et ce frisson?
(à Lentulus)
Lentulus...
Vous avez une soeur parmi les neuf Vestales
LENTULUS
(promptement, avec assurance)
Son nom n'est pas inscrit
sur les pages fatales
LE SOUVERAIN PONTIFE
(l'observant toujours)
Le nom de la coupable, on ne l'y trouve pas
FABIUS
(avec force)
Il faut le découvrir!
(aux Sénateurs)
Suspendez vos débats!
Nous ne pouvons siéger dans la ville flétrie.
Allez et relevez l'autel de la Patrie,
Pontife: je remets en vos sévères mains
La vengeance des Dieux et celle des Romains!
(Le soir vient; ce n'est pas la nuit)
SÉNATEUR, DÉCEMVIRS, LA FOULE
A mort, à mort la vestale coupable!
A mort la vierge infâme! A mort la misérable!
(Au milieu de la clarté des torches paraît le corps
de Paul-Emile complètement découvert, ses
vêtement en lambeaux sont pleins de sang. Une
foule d'esclaves accompagne le corps porté par
plusieurs d'entre eux)
FABIUS
Peuple! regarde
en des lueurs de feux
Passe le corps sanglant et glorieux
Du consul Paul-Emile, héros dans la défaite!
(aux Sénateurs, aux Décemvirs)
Hélas! son âme de soldat
N'a que faire des larmes,
Mais son cur frémira
Si vous criez: aux armes!
SÉNATEURS DÉCEMVIRS
Aux armes! Fabius, mène-nous au combat!
(Fabius est monté près du corps;
dominant la foule)
FABIUS
(avec exaltation)
Oui, l'on te vengera, et nous te dédierons
la mort de la coupable! à mort!
SÉNATEURS, DÉCEMVIRS, LA FOULE
(avec violence)
A mort! à mort! à mort!
la sacrilège, à mort la misérable! sans pitié!
LENTULUS
(à part, éploré)
Hélas! notre amour si fervent est-il donc
si coupable!
si coupable! est-il donc si coupable, hélas!
LE SOURVERAIN PONTIFE
Oui, vengeons sans pitié ce crime abominable!
sans pitié!
LA FOULE
A mort! la sacrilège, la misérable!
la sacrilège, la misérable!
à mort! à mort! à mort!
(Tandis que Fabius montre à tous la toge
ensanglantée de Paul-Emile, les imprécations
de la foule sont plus terribles encore)
...à mort!
LENTULUS
Helas!
TOUS
... à mort!
ACTE SECONDE
(L'atrium de Temple de Vesta. On entend au loin
le chant sacré des Vestales. C'est le matin)
VOIX DES VESTALES
(au loin)
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!
(Le Souverain Pontife entre, suivi de
Fabius; il donne un ordre à l'esclave qui
les a introduits et qui s'éloigne aussitôt)
FABIUS
(à Lucius)
Ainsi donc, si vos yeux découvrent la coupable,
Vous suivrez sans frémir la loi de nos aïeux?
LE SOUVERAIN PONTIFE
Sa mort est due au ciel, elle est inévitable!
On ne sait pas ici que l'Oracle a parlé,
Mais bientôt tout sera révélé.
Je percerai le voile
et j'atteindrai le crime;
La terre en tressaillant
va saisir sa victime!
FABIUS
(troublé, malgré lui)
Grands Dieux!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(étonné)
Son sort vous intéresse?
(se souvenant)
Une vestale est votre fille
FABIUS
(doucement)
Non
Cependant
ma tendresse
Se plaît à lui donner ce nom
Je la chéris autant qu'un père
Vous le savez, c'est l'enfant de mon frère.
LE SOUVERAIN PONTIFE
Trembleriez-vous pour elle en ce jour de danger?
FABIUS
(relevant la tête)
Ce serait l'outrager!
Je connais trop mon sang
pour oser douter d'elle
LE SOUVERAIN PONTIFE
(froid)
D'ailleurs ne plaignons
pas le sort de l'infidèle;
Redevenons Romains!
No songeons qu'à Vesta dont la gloire est flétrie
Vesta, c'est la Patrie!
Vesta, c'est le Destin!
Vesta, Vesta, c'est la Patrie!
Rome sur ces trépieds, au feu de la pudeur,
Forge l'acier de sa grandeur.
Nos cohortes, sachant que les Dieux
sont pour elles,
Auront contre Hannibal des armes plus mortelles.
FABIUS
Oui, vous avez raison
je m'abandonne à vous.
LE SOUVERAINE PONTIFE
Il nous faut apaiser les cieux en leur courroux.
Ne songeons qu'à Vesta!
FABIUS, SOUVERAINE PONTIFE
Vesta, c'est le Destin! Vesta, c'est la patrie!
Vesta, Vesta, Vesta, c'est la Patrie!...c'est la Patrie!
(Entrée des Vestales parmi lesquelles
Fausta et Junia)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(voyant arriver les Vestales)
Mais voici les Vestales; elles viennent à nous.
(avec recueillement)
O de l'antique nuit adversaire sublime,
Toi qui parcours la terre et pénètres l'abîme,
Apollon, daigne m'assister;
Frappe de tes rayons et fais jaillir le crime
De l'ombre qui le cache et le veut abriter!
Apollon daigne s'assister!
LA GRANDE VESTALE
(au Souverain Pontife)
A vos ordres obéissantes,
Nous voici devant vous,
Pontife vénéré.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(sévère et solennel)
D'où vient que, devant moi,
vous tremblez, pâlissantes?
LA GRANDE VESTALE
Et qui ne tremblerait?
Des lueurs menaçantes
Sortent de votre front sacré!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Jupiter nous châtie, et Rome est sa victime.
Tous nos malheurs viennent d'un crime.
Les Dieux l'ont révélé.
LA GRANDE VESTALE
(avec terreur)
Les Dieux mêmes! parlez!
Quel est ce crime abominable?
LE SOUVERAIN PONTIFE
Un sacrilège!
LES VESTALES
(sauf Fausta et Junia qui
écoutent palpitantes)
Dieux!
LA GRANDE VESTALE
Et quelle est la coupable?
LE SOUVERAIN PONTIFE
Une de vous.
LES VESTALES
Une de nous! Horreur!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Apollon vous accuse.
LA GRANDE VESTALE
Ah! sous son nom sans doute
un méchant vous abuse, Pontife!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Une de vous a parjuré ses vux;
Un mortel dans ce temple a reçu ses aveux.
LES VESTALES
Accours, Vesta puissante,
Viens, et confonds l'imposture!
Vierge-mère, tu sais si nulle ardeur impure
A jamais dans nos curs
altéré notre foi...
LA GRANDE VESTALE
(haletante)
Mais quelle est parmi nous
la prêtresse... inculpée?
Fausta, lys pur, est-ce vous?
O Junia, d'hier à l'enfance échappée?
JUNIA
(troublée)
Moi? moi? pitié!
FAUSTA
(roulant la retenir)
Ma sur!
JUNIA
Je ne puis, ni ne dois
Vous laisser accuser
La coupable,
(Elle se jette à genoux)
...c' est moi!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Se peut-il? vous, coupable!
Vous, enfant si candide!
FABIUS
Avec ce front limpide!
JUNIA
(à la Grande Vestale; douce et résolue)
Laissez
je parlerai...
Le soleil se couchait...
j'étais au bois sacré...
L'ombre montait déjà vers l'image de marbre
Du Dieu qui porte un arc
et rit sous le grand arbre.
Je soupirais
Soudain, quelquun à mes genoux
Me murmure tout bas d'un son de voix plus doux
Que la flûte de Pan su les mers entendue:
«Sois heureuse à ton tour
sois heureuse...
On ne vit qu'une fois, et la vie est perdue
Sans la caresse de l'amour!
Qu'espères-tu du sacrifice?
Si les Dieux savaient ton supplice,
Ils ne te diraient pas de vivre
et de mourir
Sans avoir la douceur d'être deux
d'être deux pour souffrir!»
La voix se tut parmi des larmes
Le rêve de mon âme en prolongeait les charmes...
Puis... je sentis un souffle
effleurer mes cheveux
Je me dressai, criant
le cur gonflé d'alarmes
J'étais seule
et là-bas, le Dieu mystérieux,
Maintenant triste et sombre,
Semblait me menacer...
On eût dit que sa main dans l'ombre
Cherchait en son carquois
un trait pour me percer...
(Elle s'arrête)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(attentif)
Poursuivez.
JUNIA
(pure, candide)
De mes yeux par Vesta sans retour éloignée,
L'impure vision ne m'a plus profanée!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(délivré d'une pensée terrible)
Votre crime n'est donc
qu'un rêve?
LA GRANDE VESTALE
O chaste cur!
FABIUS
O divine candeur!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(doucement)
Enfant
remettez-vous! Puisse la criminelle,
De votre loyauté se faisant un modèle,
Rougir de son silence et se nommer enfin!
Est-ce vous?
(interrogeant les Vestales)
Est-ce vous? Tout est vain, aucune ne répond!
LA GRANDE VESTALE
(sincère)
Aucune n'est coupable!
LAS VESTALES
Pontife redoutable,
Nos curs renaissent à l'espoir,
et nous allons pouvoir remercier Vesta,
Mère divine et tendre!
(Elles se disposent à s'éloigner)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(les arrêtait d'un geste)
Vestales, demeurez:
il faut encor m'entendre.
On m'annonce un malheur
que je dois vous apprendre.
D'entre vous,
quelle est donc la sur de Lentulus?
LA GRANDE VESTALE
Junia.
LE SOUVERAIN PONTIFE
Junia, votre frère n'est plus.
JUNIA
(désespéré tombant à genoux)
Mon frère!
FAUSTA
(puissante, avec un cri éperdu)
Lentulus!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(implacable, fixant Fausta)
Il est mort.
FAUSTA
(se laissant aller dans les bras
de deux Vestales, déclamé)
Ah!
(Elle perd connaissance)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(à part, terrifié)
C'est elle!
FABIUS
(haletant, pâle)
Dieux! Fausta! Ma fille! criminelle!
LA GRANDE VESTALE, VESTALES
(à voix basse)
Déesse, apaise ton courroux
Et ne détourne pas de nous
Ta main clémente et maternelle!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(s'est rapproché de Fabius)
Fabius! calmez-vous
je puis ne rien savoir...
Ordonnez! que faut-il faire?
FABIUS
(avec un sublime courage)
Votre devoir!
(Rideau, lentement)
ACTE TROISIÈME
(Le Bois Sacré. Au fond, à droite, le temple.
Au premier plan, à gauche, un puits à large
margelle; à droite, la porte de bronze d'un
souterrain. Vers la fin du jour, dans une belle
clarté du soleil couchant pendant tout l'acte.
Scène de la purification du temple de Vesta;
incantations religieuses; danses sacrées. La
Grande Vestale, seule, préside à la cérémonie.
Les théories ayant disparu lentement et peu à
peu dans le bois sacré de Vesta. Le gaulois
paraît, haletant, enfiévré de joie; il commence
son chant de victoire et de haine en maîtrisant
d'abord sa voix qui pourrait le trahir)
LE GAULOIS
Peuples vaincus, levez la tête!
Rome est en pleurs!
Rome est défaite!
Eveillez d'un cri triomphal
Les Révoltés et l'Espérance,
Voici le jour de la Vengeance!
Brennus renaît dans Hannibal!
GALLA
(sortant du temple)
Tu chantes?
LE GAULOIS
Lorsque Rome succombe
L'âme de nos aïeux
tressaille dans leur tombe!
(radieux, féroce)
Galla, réjouis-toi!
Le sang de Rome coule, et nous sommes Gaulois!
GALLA
Puis-je me réjouir alors que ma maîtresse
Va perdre son enfant!
LE GAULOIS
Son enfant?
GALLA
La prêtresse
Fausta, dont elle est
l'aïeule
Hélas!
LE GAULOIS
(avec une joie farouche)
Sa fille vit encore et ne périra pas!
GALLA
Mais qui peut la sauver?
LE GAULOIS
(radieux)
Moi.
GALLA
Comment?
LE GAULOIS
Son supplice n'est pas certain
on doute
un cri n'est qu'un indice
Il faudrait une preuve,
et Lentulus est mort
Le Pontife l'a dit.
Mois qui respire encor,
Qui fus témoin du crime et qui pourrais tout dire
Mais je tuerais le prêtre de ces mains
Et je subirais le martyre
Plutôt que de livrer la Vestale aux Romains!
GALLA
Quoi! te sacrifier! et pour une étrangère!
LE GAULOIS
De son destin dépend
le destin de la guerre:
Le salut des Romains
à sa perte est lié.
On le dit, je le crois!
GALLA
Je comprends ta pitié!
LE GAULOIS
(ivre de joie)
Elle éclate au cri de ma haine!
J'ai deux fils, deux héros!
dans l'armée africaine.
Tu les verras victorieux,
Car rien n'apaisera les Dieux;
(en malédiction)
Il restera souillé, ce temple tutélaire,
(avec une énergie farouche)
La Vestale vivra,
Et, dans deux jours, à Rome Hannibal entrera!
(dans la fièvre)
Deux jours encore, deux jours!
et sa colère écrasera cette cité!
Deux jours
Deux jours encor! et ces palais, ce temple redouté
ne seront plus que des cendres brûlantes
D'où jaillira la liberté!
Que les heures sont lentes!
Deux jours!
Deux jours encor! Deux jours!
GALLA
(anxieuse, regardant du côté du temple)
Puisse Rome n'être pas la plus forte!
LE GAULOIS
Non, Galla. Rome enfin doit périr...
et plus tard... plus tard...
(avec une expression de féroce bonheur)
Nous ne verrons ici... que des pierres branlantes,
Et là-bas dans la mort et dans la solitude...
Le Tibre sombre, traînant par habitude...
Sa paresse livide... abreuvant les corbeaux
Qui cachent leur couvée
au fond des grands tombeaux!
GALLA
(avec crainte)
Ah! retiens ton courage...
Ou crains que sur ton front n'éclate enfin l'orage!
LE GAULOIS
(radieux)
Soit! qu'il éclate!
GALLA
(tristement)
Adieu!
LE GAULOIS
(avec pitié)
Rejoins Posthumia...
(Galla sort)
Pour perdre les Romains,
il faut sauver Fausta!
Rien ne s'oppose plus à l'essor
du grand homme.
(transfiguré; radieux)
O mes fils! quel espoir!
O mes fils! quel espoir!
Gaule, Gaule, mon cher pays,
je pourrai te revoir!
O mes fils! quel espoir!
(avec ivresse)
Peuples vaincus, levez la tête!
Rome est en pleurs,
Rome est défaite!
Eveillez d'un cri triomphal
Les Révoltés et l'Espérance.
Voici le jour de la vengeance!
Brennus renaît dans Hannibal!
dans Hannibal!
LENTULUS
(survenant)
Vestapor!
LE GAULOIS
(tressaillant et se retournant)
Qui m'appelle?
(avec stupeur)
Lentulus! Vivant!
LENTULUS
Pour ma honte! mais elle?
LE GAULOIS
Elle est vivante encor!
LENTULUS
(avec joie, énergique)
Ah! je veux la sauver...
l'arracher à la mort!
LE GAULOIS
Lentulus, êtes-vous à cette heure suprême,
Plutôt que de laisser
Le prêtre l'immoler, résolu de verser
Leur sang, le vôtre et le sien même?
LENTULUS
(avec élan)
Je perdrais l'univers pour la sauver!
je l'aime!
LE GAULOIS
(avec une feinte humilité)
L'esclave se dévoue...
LENTULUS
(Il serre dans les siennes la main de Vestapor)
Ami, donne ta main.
LE GAULOIS
(désignant la porte de bronze)
Je vous ferai sortir par ce noir souterrain;
Et quand j'aurai fermé ces lourds battants d'airain,
Avant que Lucius puisse l'ouvrir encore,
Sur le mont Palatin vous serez arrivés!
LENTULUS
(radieux)
Là, nous sommes sauvés,
Et demain nous saluerons l'aurore!
Va donc, va donc, cours la chercher!
LE GAULOIS
Au supplice, à la mort, vous allez l'arracher!
(Il court vers le temple, puis s'arrête
et avec une joie qu'il cherche à contenir)
Et toi, Vesta, pour te venger du crime,
Qu'Hannibal soit le prêtre et Rome la Victime!
(Le Gaulois entre dans le temple
pendant que Lentulus épie)
LENTULUS
(seul; ému)
Je vais la voir! tout mon être frémit
de tendresse et d'espoir!
Je vais la voir!
C'est dans ce bois sacré, dans ce bois solitaire
Que nos beaux rêves amoureux
Ont enchanté souvent l'heure crépusculaire!
Elle venait...
O moments radieux!
La nature pâmée était notre complice...
(s'enfiévrant)
Et les parfums troublants des fleurs
Enivraient de leurs délices
L'amour qui s'éveillait dans l'ombre
de nos curs!
(très chanté)
Soir admirable, je te salue!
Instant mystérieux où je revis encore
Les heures élues quand nos deux âmes
Apprirent par l'Amour
à triompher du sort!
Je te salue, soir admirable!
VOIX DES VESTALES
(au loin)
Ah! Ah!
LENTULUS
(avec émotion, écoutant)
Avant la nuit c'est la prière!
Sa pure voix se mêle au chur
des vierges tutélaires une dernière fois!
Demain nous serons loin de l'enceinte sacrée,
Demain et pour toujours
Nos âmes délivrées
Ne seront que désirs
enchantement, amour!
Soir admirable, je te salue!
Instant mystérieux
où je revis encore
Les heures élues!
Ah! Je te salue,
Soir admirable!
(Vestapor reparaît au fond, tenant par le main
Fausta qu'il entraîne avec inquiétude et précaution)
FAUSTA
(à Vestapor)
Où donc m'entrainez-vous?
LENTULUS
(s'éloignant)
Fausta!
(Le Gaulois s'éloigne et disparaît)
FAUSTA
(éperdue de joie)
Ciel! toi!
Vivant! Ah!
LENTULUS
O Fausta!
FAUSTA
Lentulus!
LENTULUS
O bonheur enivrant!
FAUSTA
Bonheur plein de menaces!
Dieux qui le permettez,
dois-je vous rendre grâces?
LENTULUS
Fausta! Fausta!
laisse que mon souffle errant sur tes cheveux...
FAUSTA
(haletante)
Ah! partez! partez! je le veux!
Ne tentons pas du ciel la clémence infinie:
Ce n'est pas pour faillir qu'il me laisse impunie.
LENTULUS
(chaleureux)
Non! Tu n'es pas coupable en aimant!
O Fausta! Fausta! quel serment
proféré par ta bouche
A voué ta jeunesse à ce culte farouche?
Un prêtre t'a choisie,
et captive en ces lieux,
C'est le serment d'autrui
qui t'a livrée aux Dieux!
Tu n'es pas coupable en aimant! O Fausta!
Non! Tu n'es pas coupable en aimant!
FAUSTA
(sincère)
Ils m'ont reçue en leur maison sacrée;
Comme leur fille à Rome vénérée,
J'ai joui des honneur à mon titre attachés...
Et j'ai trahi l'autel!
mes bandeaux sont tachés!
LENTULUS
(désolé)
L'amour ne fut en toi qu'une pitié sublime!
FAUSTA
(avec une tendresse infinie)
Non, l'amour fut l'amour,
et j'en crois mon remords.
LENTULUS
Il fut!
FAUSTA
(avec un tendre élan)
Va, tu m'es cher encor!
Puisque je t'ai chéri dans la honte et le crime
Je t'aimerai toujours! toujours!
Je te vis Lentulus
et désormais l'amour
Régna seul en mon âme,
La servante des Dieux
ne fut plus qu'une femme!
Je ne regrette rien
rien!
près de toi mon destin
S'illumine d'une aube blonde,
Et la caresse de ta main
Effeuille sur mes pas tout le bonheur du monde!
LENTULUS
(l'enlaçant)
O Fausta, Vénus nous protège
Et ses colombes, sur nos fronts,
Ouvrent leurs deux ailes de neige!
Suivons ses doux conseils
O Fausta! viens! Fuyons!
FAUSTA
(éperdue)
Moi
fuir!
LENTULUS
O Fausta! viens! Fuyons!
Vénus nous délivre!
Rester, c'est mourir
FAUSTA
...moi... fuir!
LENTULUS
...tu dois vivre!
FAUSTA
...non...
LENTULUS
Viens! Viens!
FAUSTA
(résistant)
Mais... mon amour pervers...
Par la main d'Hannibal
a causé nos revers!
Je veux les expier!
LENTULUS
(l'adjurant)
Songe à l'affreux supplice!
FAUSTA
Je songe que je suis... que je fus en naissant...
fille des Fabius...
LENTULUS
(avec emportement)
La gloire a de leur sang
En immortels honneurs payé le sacrifice...
Pense à l'horrible mort!
un tombeau... souterrain...
FAUSTA
(les yeux agrandis d'effroi
parla vision terrible)
Ah! tais-toi! par pitié!
LENTULUS
(continuant)
un tombeau... qu'une lampe d'airain
Pour quelques nuits éclaire à peine...
FAUSTA
J'ai peur!
LENTULUS
(insistant)
Là dans un coin, le lait dont l'écuelle est
pleine
FAUSTA
Tais-toi! Sauve-moi!
J'ai peur! Lentulus!
LENTULUS
(continuant cruellement)
Et la moitié d'un pain
Semble vouloir encore... insulter à la faim!
FAUSTA
Lentulus! sauve-moi! j'ai peur!
LENTULUS
Viens! Viens!
FAUSTA
Oui!
(Fausta après quelques pas s'arrête interdite)
Non! non!
LENTULUS
(épouvanté)
Quoi?
FAUSTA
(dans un dernier combat)
Si j'ai tremblé devant l'affreuse mort, Lentulus,
C'est que je suis femme...
(se redressant)
Je suis Vestale aussi,
je suis Romaine encor...
Eh bien! Rome et Vesta raffermissent mon âme...
LENTULUS
(éperdu)
Mais, pour fuir le supplice,
il n'est que ce chemin
FAUSTA
(avec intention)
Crois-tu?
LENTULUS
(avec stupeur et admiration)
Dieux! tu voudrais?
tu voudrais... de ta main?
(Il fait le geste de se
frapper; avec enthousiasme)
Soit! j'y consens: mourons ensemble!
FAUSTA
(se jetant dans les bras de Lentulus)
Oui! si tu m'aimes!
FAUSTA, LENTULUS
(tous deux dans un emportement sublime)
Qu'un mêmes instant tous deux nous livre
aux Parques blêmes!
Que l'amour à la mort apprenne à nous unir,
que rien ne nous sépare dans l'Eternel!
Qu'un même instant tous deux nous livre
aux Parques blêmes!
Et que dans l'Eternel plus rien ne nous sépare!
Que rien, que rien ne nous sépare!
LE GAULOIS
(accourant)
Suivez-moi tout est prêt!
LENTULUS
(ferme)
Nous restons!
Pour expier le crime
FAUSTA, LENTULUS
Nous nous unissons dans la mort,
FAUSTA
Et consacrons à Rome
FAUSTA et LENTULUS
une double victime!
LE GAULOIS
(les adjurant fiévreusement)
Fuyez! le prêtre va venir!
Délivrez-vous! Il en est temps encore!
Là-bas, c'est l'amour, c'est l'aurore
D'un bonheur qui ne peut finir!
FAUSTA
(faiblissant)
Lentulus!
LE GAULOIS
(s'efforçant de les terrifier en leur
rappelant l'effroyable supplice qui
attend la Vestale coupable)
C'est vivante, au tombeau descendue,
(Fausta écoute palpitante)
Que ta Fausta t'appelant, éperdue
LENTULUS
(torturé)
O supplice
inhumain!
LE GAULOIS
Vivra de longs jours en enviant les morts,
LENTULUS
Effroyable douleur!
LE GAULOIS
Et devra, s'épuisant en horribles efforts,
Savourer pour mourir la soif, la faim, l'absence
De l'air
d'un bruit
de l'Espérance...
(à Fausta)
Et Lentulus mourrait sous la torture!
FAUSTA
(terrifiée, en pensant que Lentulus subirait la
torture)
Horreur!
(s'abandonnant; à Lentulus, très déclamé)
Arrache de mon front ce lin qui nous condamne!
Lentulus, tu vivras! je résistais en vain!
Temple, pudeur, adieu! l'amour n'est pas infâme,
Je ne regrette rien!
LENTULUS
O Fausta!
LE GAULOIS
Fuyez!
FAUSTA, LENTULUS
(avec enivrement)
Près de toi mon destin s'illumine
d'une aube blonde,
Et la caresse de ta main
Effeuille sur mes pas tout le bonheur du monde!
le bonheur, le bonheur du monde!
Viens! Viens!
LE GAULOIS
(à part)
O Vesta!
O Vesta, c'est par eux
que ta gloire est flétrie!
Les vaincus relèvent le front.
Rome mourra de cet affront!
Fuyez! Fuyez! Fuyez!
(Ils s'engagent tous deux le souterrain
et disparaissent. Avec joie après les
avoir regardé s'enfoncer dans la crypte)
La Vestale est sauvée, ma tâche est achevée!
(poussant la lourde porte qui ferme le souterrain)
Roulez, battants d'airain!
(Le Souverain Pontife accompagné de licteurs
et de tortionnaires a paru et a pu apercevoir la
fuite de la Vestale et le geste du Gaulois)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(aux licteurs, faisant signe que 'on se
précipite vers Fausta et Lentulus)
Arrêtez ces maudits
LE GAULOIS
(sublime de courage)
Trop tard, Prêtre Romain!
(Le Souverain Pontife ordonne aux
tortionnaires de s'emparer du Gaulois
qui vient de jeter la clef dans le puits.
Saisi aussitôt, Vestapor hurle de douleur
pendant que les tortionnaires lui brisent
les bras)
ACTE QUATRIÈME
(L'Intérieur de la Curia Hostilia. Le sénat
est en
séance. Le Souverain Pontife descend de la tribune
et reste accoté contre la statue de Brutus, tandis que
Fabius, à sa place, est assis, pâle, accablé, le front
dans les mains)
LES SÉNATEURS
(par groupes)
Regardez Fabius...
Grand et malheureux homme...
Fabius...
Fabius...
Regardez Fabius!
Grand et malheureux homme...
malheureux homme...
malheureux homme...
Qui pleure sur sa fille... et qui pleure sur Rome.
O funestes destins! funestes destins!
funestes destins!
O colère des Dieux! Colère des Dieux!
Colère des Dieux!
Accablerez-vous donc ce soldat glorieux?
Regardez... Regardez... Regardez Fabius...
FABIUS
(se levant et marchant dans l'hémicycle;
plaidant en désespéré pour Fausta)
Non! mon cur se révolte et refuse de croire
Que mon sang, que ma fille, ait sali tant de gloire.
Elle eut offert ses jours si,
par ses vux trahis,
Elle avait au malheur condamné son pays.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(grave, terrible)
Pourtant elle est coupable
FABIUS
(se débattant encore contre l'accusation)
Non! non! d'un tel forait
ma fille est incapable. Non!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Du temple avec son suborneur
La sacrilège a fui!
FABIUS
(la voix brisée)
Grands Dieux! O déshonneur!
LES SÉNATEURS
(toujours entre eux; en murmurant)
Malheureux homme!
Fabius... Fabius...
Fabius... Fabius...
Regardez Fabius...
Malheureux homme!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Et l'esclave gaulois qui protège a leur fuite
Est mort sous la torture.
FABIUS
(désespérée)
Ah! périr tout de suite
Pour moi serait ma joie.
LA VOIX DE FAUSTA
(au loin et se rapprochant)
Père! Père!
(paraissant et se jetant dans les bras de Fabius)
Père! me voici!
FABIUS
(radieux)
Ma fille! enfin
c'est toi que je revois ici!
(l'adjurant avec tendresse, avec fièvre)
Dis-leur qu'ils se trompaient,
Dis-leur que tu n'es pas coupable,
Dis-leur que ton âme d'enfant eût été incapable
De trahir tes serments.
Dis-leur qu'ils se trompaient...
Dis-leur qu'ils se trompaient...
que tu n'es pas coupable.
De pleurer mon honneur
Je m'étais trop hâté.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(s'avançant impassible; à Fabius)
Scrutez à fond ce cur!
Je remets en vos mains mon pouvoir et sa vie;
Que Fausta s'accuse ou se justifie:
Condamnez! Absolvez! Décidez de son sort!
(Fabius veut parler; Lucius l'en empêche
et se dirige vers la salle du tribunal)
Au tribunal sacré jattends votre rapport:
Quel quil soit, nous croirons Fabius.
(Tous sortent lentement suivant le Souverain
Pontife; les tentures se refermeront, et
Fabius et Fausta resteront seuls)
FAUSTA
(dans un élan, allant se blottir contre Fabius)
Mon père!
FABIUS
(la pressant contre lui)
Ma fille! Mon enfant! mon enfant!
O ma Fausta si chère!
O ma Fausta!
Va! ne te trouble pas: mon
espoir te défend,
Et tu dois dans mes yeux
voir trembler ma tendresse.
FAUSTA
(tremblante, émue)
Je sens croître, à vous voir,
le remords qui m'oppresse!
Ici! je viens mourir.
FABIUS
(terrifié)
Mourir!
As-tu donc pu trahir
Tes devoirs? tes serments?
FAUSTA
(courbant le front; d'une voix brisée)
Mon père... j l'avoue!
Ce n'est pas un cur pur
qu'à la mort je dévoue!
FABIUS
Que dis-tu?
FAUSTA
(éperdu)
Je brûle d'un amour coupable et triomphant.
Je mérite la mort,
Je suis la Vestale flétrie
Infidèle à ses Dieux, fatale à sa Patrie!
(tendrement émue)
En écoutant sa voix, oui, j'ai tout oublié!
Et, pour le voir heureux, j'ai tout sacrifié!
Mais de Rome et de vous je me suis souvenue
J'ai trompé sa tendresse
et je suis revenue!
Libre, pour tout sauver,
j'ai volé vers la mort!
Que j'implore... que j'attends! que j'implore!
Je suis la Vestale flétrie!
FABIUS
(frémissant de colère)
Fille des Fabius!
toi Vestale, O prêtresse!
Toi par qui Rome expire en d'atroces détresses,
Comment as-tu trahi ton nom?
ton sang?
nos Dieux!
Les berceaux des enfants?
les tombes des aïeux?
Et toutes les vertus à ta garde commises?
Et toutes les grandeurs à nos Romain promises?
Par toi, c'est le pays sous le joug des vainqueurs
Qui pleure sur ses fils,
sa gloire et ses malheurs. Triomphez
Triomphez, ennemis!
! ennemis de ma race souillée!
Triomphez, ennemis!
Sa couronne de gloire, à mes pieds effeuillée,
Au front des Fabius laisse le déshonneur!
Notre nom qui fut grand
devient un mot d'horreur!
Sur toi, qui perdis Rome,
anathème! anathème!
FAUSTA
(sans force, balbutie)
C'est heure
suprême
Ne me refusez pas, hélas,
ne me refusez pas le dernier don qu'à vos pieds
FABIUS
(attendri)
Que veux-tu? parle!
FAUSTA
(écrasée aux pieds de Fabius qui la
regarde; elle l'implore)
Votre pardon!
FABIUS
(dans une sublime émotion)
Sauras-tu bien mourir?
Le promets-tu ma fille?
FAUSTA
(qui s'est relevée, et dans un
emportement radieux)
Les Fabius n'ont pas de lâche en leur famille!
En vos bras je retrouve une âme de Romaine;
D'un pas ferme
je marche au devant de la peine!
FABIUS
(vibrant d'émotion)
Dans mes bras, maintenant, ô Fausta,
sois Romaine;
Viens! marchons d'un pas ferme
au devant de la peine!
Dans mes bras! Dans mes bras!
Ah! dans mes bras!
FAUSTA
D'un pas ferme je marche au devant de la peine!
Dans vos bras! Dans vos bras!
Ah! dans vos bras!
(Le Sénat, suivi des licteurs et précédant le
Souverain Pontife, rentre dans la salle; tous
regagnent gravement leurs places)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(au milieu du silence)
Ecoutons Fabius!
FABIUS
(pâle, effrayant)
Illustres magistrats, auguste Lucius,
La Vierge, dont l'oracle a révélé le crime,
L'impie, est devant vous:
prenez votre victime!
SÉNATEURS
(entre vox)
O courage!
O malheur!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(à Fausta)
C'est vous?
FAUSTA
(ferme, brave)
Oui.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(sombre, indigné)
Vous!
FAUSTA
Moi-même.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(terrible)
A genoux!
De nos Dieux sacrilège ennemie,
Que ton front soit couvert du voile d'infamie!
(Le Souverain Pontife jette sur la tête de
Fausta, à genoux, un grand voile noir)
LES SÉNATEURS
De nos Dieux...sacrilège ennemie,
Que ton front soit couvert du voile d'infamie!
LES SÉNATEURS et LE SOUVERAIN PONTIFE
A genoux! A genoux!
(Posthumia paraît appuyée sur Galla)
FABIUS
(l'apercevant)
Posthumia!
FAUSTA
(dans un cri, sans se lever)
Ma mère!
POSTHUMIA
(à Galla)
Est-ce là? Guide-moi.
Où donc es-tu?
(Les mains de Posthumia
tentent de rencontrer sa fille)
j'ai reconnu ta voix...
Je te retrouve enfin...
Qui t'amène à cette heure
Dans ce palais sinistre?
Ah! veux-tu que je meure d'angoisse?
Tu te tais! Tu ne m'embrasses pas!
Et je te cherche en vain...
je t'ouvre en vain mes bras...
FAUSTA
Oh!
POSTHUMIA
(pressant sur son cur Fausta qui
s'est élancée dans ses bras)
Ma fille!
Quel est ce voile
qui s'oppose a mes baisers?
Ecarte
écartelé!
FAUSTA
Je n'ose
Je ne puis!
POSTHUMIA
Et pourquoi?
(changeant de ton)
Ton visage est glacé!
Et j'entends des sanglots! ah! que s'est-il passé?
Mais
nous ne sommes pas seules
Non! quel murmure?
Qui nous écoute ici?
parlez, je vous conjure!
FABIUS
(avec doucement et tristesse)
Posthumia!
POSTHUMIA
Ciel! Vous?
FABIUS
(la voix brisée par le douleur)
Il se faut résigner
A ce malheur que rien ne peut nous épargner.
POSTHUMIA
(tressaillant)
Il s'agit, n'est-ce pas? il s'agit de ma fille!
FABIUS
Il s'agit de l'honneur de toute la famille.
POSTHUMIA
De l'honneur!
Achevez, ne me torturez plus!
FABIUS
(à demi-voix)
La Vestale est infâme: elle aime Lentulus!
POSTHUMIA
Qui l'ose dire?
FAUSTA
(d'une voix ferme et résignée)
Moi.
LE SOUVERAIN PONTIFE
(à Posthumia qui est restée anéantie)
Votre fille est coupable
Et doit subir la peine inévitable!
POSTHUMIA
(avec un suprême accent)
Quoi! vous auriez le cur de me la prendre
ainsi!
LE SOUVERAIN PONTIFE
La loi n'a point de cur!
POSTHUMIA
(se trainant aux pieds de Lucius)
Par pitié, abjurez cette âme trop austère!
Ecoutez mes sanglots, Moi, je suis la grand'mère!
Rendez-moi ma petite! épargnez mon enfant!
(Mouvements divers parmi les Sénateurs)
FABIUS
Vous les pressez en vain:
Rome le leur défend.
POSTHUMIA
(énergique et implorant)
Rome que ses aïeux ont
tant de fois sauvée!
FABIUS
Rome qu'avec les Dieux, son inceste a bravée!
POSTHUMIA
(farouche)
Et que m'importe Rome! Epargnez mon enfant!
(pressant Fausta contre elle)
Ce cur où je m'appuie
a battu dans mon flanc!
LES SÉNATEURS
C'est horrible!
Effrayant!
C'est une criminelle!
Une criminelle!
POSTHUMIA
(désespérée)
Pitié! Pitié, pitié!
(implorant au hasard de ses supplications)
Mais ce n'est point pour elle,
mais pour moi que je prie
Hélas! vieille et sans yeux,
Il me semble à sa voix revoir
l'éclat des cieux!
Je sens moins, dans ses bras,
ma douleur endormie
En perdant ma Fausta,
je perds deux fois la vie!
Les Dieux veulent son sang?
Eh bien, Pontife, eh bien,
Prenez-le dans sa source et versez tout le mien!
Pitié! pitié! pitié!
(tendant les bras vers les Sénateurs
qu'elle devine à leur banc)
...au nom de vos enfants,
dont elle a la jeunesse;
au nom de vos mères
dont j'ai les rides,
la faiblesse; Par le Dieu
Quirinus, par sa mère Rhéa;
(en s'exaltant toujours davantage)
Par la sainte Pitié que Jupiter créa;
Par le rayon sacré dont votre regard brille;
Par toutes mes douleurs:
(dans un suprême effort)
faites grâces à ma fille!
(palpitante)
Grâce! grâce! grâce! grâce!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(impassible aux Sénateurs)
Aux voix! que votre intégrité
Décide sur son sort en pleine liberté.
(Le Souverain Pontife consulte le Sénat.
Posthumia cherche à deviner, à entendre.
Les juges votent par le signe du "Pollice
verso", c'est à dire: en baissant le pouce
pour voter la mort)
LE SOUVERAIN PONTIFE
J'ai recueilli les voix.
Un seul juge a fait "grâce"!
POSTHUMIA
(égarée)
Mais les autres?
LE SOUVERIAN PONTIFE
Que justice se fasse!
POSTHUMIA
Et comment?
Par sa mort? ah! parlez!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Par sa mort!
POSTHUMIA
(les bras tendus vers Lucius)
Bourreau!
FAUSTA
(vivement et sublime de résignation)
J'ai mérité mon sort!
POSTHUMIA
(folle de rage, désemparée, essayant en
vain d'atteindre le Souverain Pontife)
Monstre qui m'arrachas mes entrailles de mère,
Comme les Dieux déjà m'ont ravi la lumière;
Opprobre des autels que tes mains vont tacher
Du sang pris en mes flancs,
pourvoyeur de bûchers!
Sois maudit!
(buttant l'air de ses bras)
Sois maudit! sois maudit! sois maudit!
(Elle chancelle et tombe évanouie
entre les bras de Galla)
... ah!
FAUSTA
(se précipite vers son aïeule)
Ma mère!
(elle va pour l'embrasser, mais
s'arrête dans son élan)
Non! je veux rester forte...
(au Souverain Pontife)
Votre victime attend... Pontife... c'est l'instant!
(Tout le monde sort silencieux, tragique. Fausta
passe devant son aïeule qui, revenant à elle, tend
vers sa fille des bras qui ne savent où se diriger,
puisque l'aveugle ne peut rien apercevoir de
l'effroyable spectacle qui défile devant elle. Fabius,
Posthumia et Galla restent seuls. Posthumia tend
l'oreille
)
FABIUS
(s'approchant doucement de Posthumia
et se raidissant contre la douleur qui le
torture; à voix basse)
Puisqu'il faut que Fausta... notre fille... périsse,
Ah! du moins qu'on l'ensevelisse...
(avec une énergie farouche)
Mais: morte!
POSTHUMIA
(dont la tête se redresse, ses
yeux morts grands ouverts)
Morte? Oui! mais comment?
FABIUS
(lui glissant un poignard dans la main)
Lève-toi; Porte-lui ce poignard.
POSTHUMIA
(qui s'est levée, prenant
l'arme, d'une voix assurée)
Donne.
(Elle tend la main; et, se redressant résolue,
farouche, à Galla qui s'approche, elle dit:)
Allons, conduis-moi.
LA FOULE
(au dehors - cris de mort)
A mort la Vestale coupable!
A mort la misérable!
A mort! à mort!
(Rideau)
...à mort! à mort! à mort!
ACTE CINQUIÈME
Entr'acte Vocal
VOIX
(derrière le rideau)
O Vesta, O Vesta, par qui Rome
est la ville sacrée!
O Vesta! O Vesta! O Vesta!
Celle qui de ton nom fut un jour honorée,
Même indigne de toi,
nous paraît sainte encor:
Par la fange souillé, l'or est toujours de l'or.
Nous ne porterons pas une main sacrilège
Sur le coupable front que ta flamme protège:
Intacte comme au jour où la reçut l'autel,
Nous la déposerons dans ton sein immortel,
Dans la féconde nuit de temple de la Terre
Et l'enfant ne sera puni que par sa Mère!
O Vesta! O Vesta! O Vesta!
(Rideau)
(Le champ scélérat. Une heure avant le jour;
premières clartés du matin. Le Souverain
Pontife est entouré du collège pontifical.
Fausta couverte d'un long voile noir, est
agenouillée immobile et silencieuse près de
l'entrée du tombeau. Des licteurs l'environnent;
des fossoyeurs gardent le tombeau. Fabius
est mêlé à la foule des Sénateurs. La Grande
Vestale est au milieu des Vestales. Peuple
tout à l'entour)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(aux Prêtres)
Avez-vous fait dresser dans le sépulcre un lit?
LES PRÈTRE
Tout est dans le tombeau.
LE SOUVERAIN PONTIFE
Avez-vous descendu,
comme je vous l'ai dit,
Une table? et du pain?
et de l'eau? l'urne à l'huile?
Une jatte de lait?
et la lampe d'argile?
LES PRÈTRES
Tout est dans le tombeau
comme vous l'avez dit.
LENTULUS
(paraissant l'épée à la main)
Place!
FAUSTA, LA GRANDE VESTALE, FABIUS
LE SOUVERAIN PONTIFE, LA FOULE
Lentulus!
LENTULUS
Place! C'est moi! C'est moi!
Je viens punir un prêtre!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Emparez-vous du traître.
LENTULUS
Le traître a su donner aux Romains son sang, lui,
Et vous ne leur donnez, vous, que le sang d'autrui!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Elle est jugée.
LES PRÈTRES
Il faut qu'elle périsse!
LENTULUS
(à la foule, suppliant)
Peuple! Peuple!
(adjurant la foule)
Moi seul j'ai de Vesta fais pâlir le flambeau,
Moi seul j'ai mérité d'entrer dans ce tombeau!
Elle est ma victime et non point ma complice.
Moi seul j'ai mérité d'entrer dans ce tombeau.
LE SOUVERAIN PONTIFE
Qu'importe! elle set souillée.
LES PRÈTRES
Il faut qu'elle périsse!
LENTULUS
(emporté)
C'est ainsi que vos Dieux
sont justes ici bas!
SOUVERAIN PONTIFE, PRÈTRES
Leurs sévères arrêts ne se discutent pas!
LENTULUS
O préjugés maudits
qui me ferment votre âme!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(implacable)
Vestale, levez-vous!
(Fausta obéit. Le Souverain
Pontife s'approche d'elle)
... quittez ce voile infâme;
(Il lui ôte le voile que l'enveloppe
presque tout entière)
Descendez à l'autel où le Déesse attend.
(Il lui montre la tombe)
FABIUS
(avec anxiété)
Quoi? déjà?
LE SOUVERAIN PONTIFE
Le jour vient: c'est son dernier instant.
LENTULUS
(éperdument)
A moi! Hommes de cur, à moi!
On ne peut me la prendre!
Et, seul contre vous tous, je saurai la défendre!
FAUSTA
(résignée)
Ami, ne trouble pas les rites de la Mort;
Vis, tu me pleureras.
LENTULUS
(sanglotant)
Ton sort sera mon sort.
(Le jour vient complètement
pendant cette scène)
FAUSTA
(sur le bord de la tombe)
Laisse-moi dans la tombe entrer calme et sereine;
Respecte à cet autel la Vestale romaine;
Elle y devient auguste.
Elle y devient auguste.
O paternelles lois!
Puisqu'un crime et les Dieux
ont voulu que je sois,
Vivante: la Défaite, et, morte: la Victoire,
(bien chanté)
J'accepte comme un don cette heure expiatoire.
(avec âme)
L'amour n'est plus pour moi qu'un songe
et qu'un remord.
Ah! Je suis toute à Vesta! je sui toute à la Mort!
L'amour n'est qu'un songe!
Puisqu'un crime et les Dieux
ont voulu que je sois,
Vivante: la Défaite, et morte: la Victoire,
J'accepte comme un don cette heure expiatoire.
Je suis à Vesta! ah!
L'amour n'est plus pour moi qu'un songe
et qu'un remord!
Ah! je suis toute à Vesta! toute à Vesta!
Je suis à la Mort! Je suis toute à Vesta!
Je suis à la Mort! à Vesta!
FABIUS
(éperdu)
O ma fille! Hélas! infortunée!
Sans retour vous l'avez condamnée!
O ma fille, O ma fille infortunée!
Vous l'avez condamné!
Ma fille! Hélas! vous l'avez condamnée!
Ma fille! Hélas!
Elle est toute à Vesta! toute à la Mort!
O ma fille! O ma fille!
sans retour, sans retour
vous l'avez condamnée!
Elle est à la Mort! Elle est toute à Vesta!
Elle est à la Mort, à Vesta!
LENTULUS
L'amour n'est plus pour moi qu'un éternel remord!
un éternel remord!
Elle est tout à Vesta!
Elle est à la Mort!
Elle est à la Mort!
Elle est à Vesta!
Elle est à Vesta! Elle est toute à Vesta!
L'amour n'est plus pour moi qu'un songe
et qu'un remord!
Ah! Elle est toute à Vesta! toute à Vesta!
Elle est à la Mort! Elle est à Vesta!
Elle est à la Mort! à Vesta!
LE SOUVERAIN PONTIFE
Elle est toute à la Mort!
Elle est toute à Vesta!
Elle est toute à Vesta! Elle est toute à la Mort!
Elle est toute à Vesta! Elle est à la Mort!
à la Vesta!
LES PRÈTRES
Elle est toute à Vesta! à Vesta!
Elle est toute à Vesta!
LA GRANDE VESTALE
Elle est toute à Vesta! Elle est toute à la Mort!
Ah! Elle est toute à Vesta!
toute à Vesta!
Elle est toute à la Mort! Elle est toute à Vesta!
Elle est à la Mort! à Vesta!
LES VESTALES, SÉNATEURS
Elle est toute à Vesta! à Vesta! à la Mort!
Ah! Elle est toute à Vesta! toute à Vesta!
Elle est toute à la Mort! à Vesta! à Vesta!
LES PRÈTRES
Elle est toute à la mort!
Elle est toute à Vesta! Elle est toute à Vesta!
Elle est toute à la Mort! Elle est toute à Vesta!
Elle est à la Mort! à Vesta!
LA FOULE
L'amour n'est plus pour eux qu'un songe
et qu'un éternel remord!
Ah! Elle est toute à Vesta!
Elle est toute à la Mort!
A Vesta! à Vesta!
POSTHUMIA
(appuyée sur Galla, accourt éperdue)
J'ai droit d'approcher
faites place à sa mère
Laissez-moi l'embrasser avant qu'on ne l'enterre!
Je veux toucher son front.
FAUSTA
Ma mère!
POSTHUMIA
(dirigée par la voix de Fausta, elle va
se jeter dans ses bras)
C'est sa voix!
Je veux lui dire adieu pour la dernière fois!
LE SOUVERAIN PONTIFE
(aux licteurs)
Qu'on les sépare!
(Les licteurs s'approchent des deux femmes)
POSTHUMIA
(cachant sa fille dans les plis de sa robe)
Grâce! Une dernière larme!
Un dernier mot! et puis...
(Elle entraîne sa fille un peu à l'écart, et
cherchant dans les plis de sa robe le
poignard; à voix basse)
Ecoute. Prends cette arme!
FAUSTA
(à mi-voix)
Je ne puis
je n'ai pas les mains libres.
POSTHUMIA
(qui vient de chercher à délier les mains de
Fausta, se désespérant)
Ah! Dieux! Dieux! Comme faire?
Oh! si j'avais mes yeux!
Mais ne puis-je?
(déclamé)
Non! Horreur! pitié terrible!
(Malgré ses efforts, Posthumia ne peut se
détacher du cou de Fausta ni empêcher
que ses sanglots n'éclatent avec violence)
Embrasse ta mère
Encor!
FAUSTA
(l'encourageant au meurtre)
Courage!
POSTHUMIA
(livide, effrayante, cherchant l'endroit
où bat le cur de son enfant)
Est-ce
ici
la place?
De ton cur?
FAUSTA
(d'une voix étouffée)
Oui
là.
POSTUMIA
(la frappant au cur d'un
coup soudain, déclamé)
Mon enfant!
(Fabius s'est élancé et reçoit
dans ses bras la Vestale)
LE SOUVERAIN PONTIFE
Qu'avez-vous fait?
POSTHUMIA
J'ai tué mon enfant!
TOUS
Horreur!
POSTHUMIA
(en jetant le poignard aux pieds de
Souverain Pontife)
Etes-vous satisfait?
TOUS
Grands Dieux!
(Une nuit subite, un coup de tonnerre précédé
d'un fulgurant éclair, jettent la terreur dans la
foule qui s'enfuit en grand désordre. Le
Souverain Pontife, les Vestales, les Prêtres,
Lentulus et Fabius sont seuls restés. Le jour
reparaît peu à peu, mais il reste faible)
VOIX DIVINES
(dans l'Empyrée)
Intacte comme au jour où la reçut l'autel,
Nous la déposerons dans ton sein immortel,
Dans la féconde nuit du temple de la Terre.
... au jour où la reçut l'autel,
Dans la féconde nuit du temple de la Terre.
(Les fossoyeurs ont pris dans les bras de Fabius
le corps de Fausta qu'ils emportent doucement
dans la tombe)
LENTULUS
(au moment où le corps passe devant lui)
Fausta! Je veux te suivre!
(Il veut se frapper de son épée)
FABIUS
(l'arrêtant)
Non! Ce n'est pas ainsi qu'un soldat
se délivre d'un remords!
En Romain marchez vers l'ennemi
(Fabius et Lentulus, l'un près de l'autre, assistent,
immobiles, écrasés de douleur, à la cruelle
cérémonie de l'ensevelissement)
LE SOUVERAIN PONTIFE
(impassible)
De sommeil de la mort par sa mère endormi,
Que l'enfant de Vesta
pour toujours disparaisse!
LA GRANDE VESTALE
VESTALES, PRÈTRES
O Vesta! O Vesta! O Vesta!
(Tout est fini. Le Souverain Pontife, les Vestales,
les Prêtres s'éloignent lentement, suivis de
Fabius et de Lentulus atterrés. Silence. Solitude.
Posthumia et Galla sont seules. La vieille aveugle
se lève et s'avance vers le tombeau à tâtons)
POSTHUMIA
(les bras tendus)
C'est par là qu'est mon enfant... par là...
Le tombeau... le voilà!
(douloureux et très expressif)
Oh! parmi tes bourreaux ne me laisse pas seule,
Fausta! Fausta! Ma fille aimée!
(émouvant)
Ouvre, ouvre, c'est ton aïeule!
(Au moment où Posthumia descend dans le
tombeau et va disparaître, des cris de joie
éclatent au loin)
LA FOULE
(au loin)
Des soldats!
Des aigles!
Des soldats! toute une légion!
...toute une légion!
(Bientôt, une foule en délire envahit le champ)
Ce sont nos vétérans!
Nos vétérans!
Le consul Scipion! Le consul!
Le consul! Scipion! Gloire!
(Les jour est éclatant. La foule acclame
l'armée victorieuse qui paraît au fond)
Vesta l'emporte!
et la tombe est féconde!
Vesta l'emporte!
(Au fond apparaît le Consul Scipion, à cheval,
entouré de ses légionnaires, couverts de sang,
de poussière, et brandissant leurs armes. Les
aigles romaines dominent ce triomphe)
Hannibal est vaincu!
Rome commande au monde!
Rome commande au monde!
Gloire! Vesta l'emporte!
Hannibal est vaincu!
Hannibal est vaincu!
Gloire à Vesta!
|
PRIMER
ACTO
(Foro de Roma, en el año 216 a.C.
Delante de la curia de Tullus Hostilius
a la que se accede por escalinatas y un
pórtico de columnas. Adolescentes, mujeres,
viejos y niños, están diseminados por toda
la escena. La tristeza y la angustia, invaden
a la muchedumbre)
LA MULTITUD
¡Oh, días tristes! ¡Oh, días tristes! ¡Oh, días
tristes
¡El Universo, envidioso, se crece
ante nuestra derrota y da gracias a los dioses!
¡Ay! ¡Oh, días tristes! ¡Oh, días tristes!
¡Nuestras murallas se derrumbarán!
¡Veremos a nuestros hijos sacrificados!
¡Veremos a nuestras mujeres cautivas!
¡Nuestra augusta Roma en manos del extranjero!
¡Oh Rómulo, oh dioses, protegednos!
¡Nuestras murallas se derrumbarán!
¡Veremos a a nuestros hijos sacrificados!
¡Oh Rómulo, oh dioses, protegednos!
¡Nuestras murallas se derrumbarán!
¡Veremos a a nuestros hijos sacrificados!
¡Oh Rómulo, oh dioses, protegednos!
(Caius, tribuno del pueblo, acompañado
por lictores, cruza la plaza. Algunos se
dirigen a él con ansiedad)
¿Es cierto, Caius? Que Aníbal...
CAIUS
(responde dolorosamente
a la multitud, al pasar)
¡Ha vencido!
LA MULTITUD
¡Cielos! ¿Nuestros hijos?
CAIUS
¡Ya no viven!
LA MULTITUD
¿Nuestros cónsules?
CAIUS
¡Han caído!
LA MULTITUD
¿Varrón? ¿Lucio Emilio?
CAIUS
¡Sí, los dos!
(Caius se aleja)
LA MULTITUD
¡Los dos!
(toda la multitud exclama
con explosión de dolor)
¡Un bárbaro ha hecho de nuestro dolor su gloria!
¡Ay! ¡Ay!
(La muchedumbre afligida se lanza
gimiendo sobre las escalinatas del templo.
Aparece Posthumia apoyada en Galla)
POSTHUMIA
(a Galla)
¿Qué es este lugar, Galla?
GALLA
La curia Hostilia.
POSTHUMIA
(para sí)
¿Puede el Senado soportar que una
muchedumbre envilecida venga junto
a su templo para ultrajar con sus llantos la
constancia de Roma y sus atroces sufrimientos?
Al templo de Vesta llevemos nuestras lágrimas,
nuestras plegarias y oraciones, Galla.
(con ímpetu)
¡Ellas también son armas!
(con un gesto de partida)
¡Al templo de Vesta!
(Posthumia pasa despacio y desaparece.
Las mujeres se inclinan a su paso)
TENORES
(señalando a Posthumia)
Pero ¿quién es esa ciega?
UN ANCIANO
(de entre la multitud)
Creo que se llama Posthumia.
UN GRUPO DE MUJERES
(sopranos)
De la antigua casa de Scaurus.
VIEJOS
(barítonos)
Se la ve a menudo en la casa de las vestales.
OTRO GRUPO DE MUJERES
(sopranos)
Dicen que, esta noche, las vírgenes
han dejado apagar la llama sagrada.
LA MULTITUD
(todas las voces)
¡Oh, qué terrible presagio!
¡Qué sacrilegio increíble!
¡Oh dioses, protegednos!
¡Oh, días tristes!
UN ANCIANO
(entre la multitud)
¿Por qué satisfacer el deseo
de nuestros verdugos?
¡Luchar sin esperanza de salvar la vida!
LA MULTITUD
Luchar sin esperanza... de salvar la vida...
¡Sí!
UN ANCIANO
Ganemos los montes Albanos...
mientras que los caminos estén
FABIO
(tras unos instantes, entra Fabio
con calma y gravedad)
¿Escucháis a este cobarde?...
¿Y os llamáis romanos?
¡Fuera de aquí los que dicen
que hay que abandonar la ciudad
y evitar el combate
como un rebaño servil!
¿Se puede ser un gran pueblo
y sentirse derrotado?
¿Acaso no están los ríos teñidos
de las lágrimas de las viudas
y de la sangre de los caídos?
Donde esté yo,
Aníbal no pasará.
No pasará
(enérgico e impetuoso)
si vosotros me ayudáis.
(se oyen gritos. Los senadores y los
decenviros aparecen en las escaleras)
LA MULTITUD
(sopranos, con ansiedad)
¡Escuchad!
¡Escuchad!
¡Ah! ¡Mirad! ¡Mirad! ¡allí!
(los gritos se prolongan
hasta la entrada de Léntulo)
¡Mirad!
¡Mirad!
¡Escuchad!
(Léntulo llega corriendo, sin armas, cubierto
de polvo y sangre, con la cabeza descubierta)
FABIO
(yendo hacia él)
¡Tú, Léntulo, estás vivo!
¿De dónde vienes?
¿De dónde vienes?
LÉNTULO
(jadeante)
De las riberas del río Aufidus,
porque es allí dónde Aníbal sació su odio.
Aún más que en la batalla del lago Trasimeno.
Sobre la llanura y los montes había tantos muertos
amontonados que se oyó gritar a los asesinos:
"¡basta!"
LA MULTITUD
(la multitud conmovida se apiña)
¡Horror!
LÉNTULO
¡Júpiter es testigo
de que yo luché para merecer
tener una tumba
en aquellos campos de muerte!
No pude obtenerla y, sólo,
vengo aquí como único sobreviviente
para deciros:
"¡excepto yo, todos están muertos!"
(tendiendo el puño hacia el enemigo invisible)
¡Miserables!
(Fabio se cubre la cara con su manto.
Los senadores y decenviros imitan su gesto)
LA MULTITUD
(con desesperación)
¿Qué suerte terrible
nos reserva el destino?
FABIO
(Calmando el ímpetu
de la multitud desesperada)
En medio de la desgracia
la calma es casi una virtud.
¡Pensad en Lucio Emilio!
LÉNTULO
(con ardor)
¡Lucio Emilio, un héroe! Ayer noche,
como un espectro iluminado por el rayo,
lo vi ensangrentado... sentado en una piedra,
contemplando la derrota... parecía a mis ojos
más grande en su desgracia
¡que el mayor de los dioses!
(murmullos de admiración)
Veinte heridas no podían empañar
la ardiente llama que brillaba en sus ojos,
donde se reflejaba su alma:
"Ve a Roma dijo,
Ve a las murallas que serán
asaltadas por los bárbaros
por la torpeza de mis manos!
¡Reforzarlas! ¡Expulsadlos de Roma!
Y si han de caer, imitad a Lucio Emilio:
¡La gloria de los romanos vencidos, es morir!
Me alejó con un gesto y lo vi cubrir
su figura varonil con su toga andrajosa
para esperar... inmóvil, sin miedo
a la muerte.
FABIO
(con solemnidad)
Seguiremos tu ejemplo, noble Lucio Emilio,
cuando mañana al amanecer
descubramos que Aníbal acampó
ante nuestras murallas.
FABIO, SENADORES, DECENVIROS
Cuando al amanecer de mañana
descubramos que Aníbal ha acampado
ante nuestras murallas.
LÉNTULO
(enérgico)
¡No! Los soldados de Cartago,
cuando yo venía hacia aquí,
se dedicaban al pillaje.
FABIO
(en un arrebato)
¡Así pues, tendremos un respiro!
SENADORES, DECENVIROS, LA MULTITUD
¡Sí! ¡Sí!
FABIO
¡El vencedor de hoy
puede ser el derrotado de mañana!
LÉNTULO, SENADORES,
DECENVIROS. LA MULTITUD
(exaltados)
¡Oh! ¡Sí! ¡Sí!
FABIO
(con fervor, a los senadores)
Si no hay suficientes romanos disponibles...
¡liberad a vuestros esclavos!
¡Emancipad a los más fuertes, los mejores,
los más valientes!
SENADORES, DECENVIROS
(con ansiedad)
Pero, ¿cómo armarlos?
¡No nos queda una espada! ¡Ni un escudo!
FABIO
(inspirado)
¡Pero las cadenas rotas,
las rejas de los arados, los grilletes,
los martillos o las palancas
pueden transformarse en
dardos, espadas y lanzas!
Y en cuanto a los escudos...
¡pidámoselos a los dioses!
Los templos están llenos de ellos
depositados por nuestros antepasados!
LÉNTULO
(con ímpetu)
¡Oh, gracias, Fabio!
(a Fabio, con entusiasmo)
¡Tu entusiasmo en sus corazones,
enciende una llama!
¡Tu entusiasmo, tu entusiasmo
enciende una llama!
FABIO
(ferviente)
¡Mi entusiasmo en sus corazones, mi entusiasmo
en sus corazones se enciende como una llama!
¡Mi entusiasmo arde en ellos como una llama!
SENADORES, DECENVIROS
(a Fabio y Léntulo)
¡Ambos nos salvaréis!
¡Sois nuestra salvación!
¡Vuestro entusiasmo ha encendido
en nuestro corazón una llama!
¡Sois nuestra salvación!
¡Vuestro entusiasmo ha encendido
en nuestro corazón una llama!
¡Ambos sois nuestra salvación!
LA MULTITUD
(a Fabio con entusiasmo)
¡Eres nuestra salvación! ¡Nuestra salvación!
¡Tu entusiasmo ha enardecido
en nuestro corazón una llama!
¡Eres nuestra salvación!
¡Tu valor ha soplado sobre
nuestro corazón como una llama!
¡Eres nuestra salvación!
LÉNTULO
¡Oh, Fabio!
¡Tu valor va a salvarnos!
FABIO
¡Mi valor os salvará!
SENADORES, DECENVIROS, LA MULTITUD
¡Oh Fabio, eres nuestra salvación!
SUMO SACERDOTE
(aparece sobre las escalinatas)
¡El oráculo ha hablado!
LA MULTITUD
(religiosamente repite las
palabras del Sumo Sacerdote)
El oráculo ha hablado.
FABIO
¿Y qué ha revelado?
LÉNTULO, FABIO
SENADORES, DECENVIROS
Gran pontífice, ¿qué has leído
en las planchas de bronce?
SUMO SACERDOTE
(dando a conocer el oráculo)
Del león africano quebrantarás la garra
y Marte hará resplandecer tu espada herrumbrosa,
cuando el fuego de Vesta, mancillado por un
crimen, haya recuperado su diáfano resplandor
y brille sobre el altar profanado por otro fuego.
Y el fuego sacrilegio ha sido el fuego de Venus."
FABIO, SENADORES, DECENVIROS
MULTITUD EXCEPTO LÉNTULO
¡Por fin se revelan los secretos
de nuestros infortunios!
SUMO SACERDOTE
¡El altar protector de Roma
ha sido objeto de un crimen!
FABIO
(haciendo un gesto de juramento)
¡Pero que Vesta se apacigüe! Tendrá su víctima.
LÉNTULO
(para si, con temor)
¡Qué! ¡Oh, dioses!
FABIO
(al Sumo Sacerdote)
Danos el nombre de la culpable.
LÉNTULO
(aparte, aterrado)
¡Desdichada!
SUMO SACERDOTE
(observando a Léntulo)
¿Por qué esa turbación y estremecimiento?
(a Léntulo)
Léntulo...
Tú tienes una hermana entre las nueve vestales...
LÉNTULO
(rápidamente, con seguridad)
Su nombre no está registrado
en las páginas fatales...
SUMO SACERDOTE
(siempre observando todo a su alrededor)
El nombre de la culpable, no fue revelado...
FABIO
(con ímpetu)
¡Hay que descubrirlo!
(a los senadores)
¡Suspended los debates!
No podemos quedarnos en la ciudad mancillada.
Pontífice: ¡ve y abre el Altar de la Patria,
pongo en tus severas manos
la venganza de los dioses y la de los romanos!
(atardece)
SENADOR DECENVIROS, LA MULTITUD
¡Muerte, muerte a la culpable vestal!
¡Muerte a la virgen infame! ¡Muerte a la vil vestal!
(rodeado de antorchas es transportado el cuerpo de
Lucio Emilio completamente descubierto; sus ropas
hechas jirones están empapadas de sangre. Una
multitud de esclavos acompaña al cuerpo que es
transportado por varios de ellos)
FABIO
¡Romanos!... ¡Mirad al resplandor de las antorchas
pasar el cuerpo ensangrentado y glorioso
del Cónsul Lucio Emilio, héroe en la derrota!
(a los senadores y decenviros)
¡Ay! Su alma de soldado
no está acostumbrada a las lágrimas,
pero su corazón se estremecerá
si todos gritamos: ¡a las armas!
SENADORES, DECENVIROS
¡A las armas! ¡Fabio, condúcenos a la batalla!
(Fabio está situado cerca del cuerpo de
Lucio Emilio, dominando a la multitud)
FABIO
(con entusiasmo)
¡Sí, vamos a vengarte y te dedicaremos
la muerte de la culpable! ¡A muerte!
SENADORES, DECENVIROS, LA MULTITUD
(con violencia)
¡Muerte! ¡Muerte! ¡Muerte!
¡Muerte a la miserable sacrílega! ¡sin piedad!
LÉNTULO
(aparte, llorando)
¡Ay! ¡nuestro amor es tan ferviente
y tan culpable!
¡Tan culpable! ¡Es tan culpable, ay!
SUMO SACERDOTE
Sí, ¡sin piedad venguemos este crimen
abominable! ¡sin piedad!
LA MULTITUD
¡Muerte! ¡a la sacrílega, a la desgraciada!
¡A la sacrílega, a la desgraciada!
¡Muerte! ¡Muerte! ¡Muerte!
(mientras Fabio muestra a todos la toga
ensangrentada de Lucio Emilio, las maldiciones
de la multitud se hacen aún más terribles)
¡Muerte!
LÉNTULO
¡Ay!
TODOS
¡Muerte!
SEGUNDO ACTO
(Atrio del templo de Vesta. Se oye el canto
lejano de las vírgenes vestales. Es de mañana)
VOZ DE LAS VESTALES
(a lo lejos)
¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!
(el Sumo Sacerdote entra, seguido por
Fabio, da una orden al esclavo que los ha
guiado que se aleja inmediatamente)
FABIO
(a Lucio)
¿Entonces, si tus ojos descubren a la culpable,
sin temblar aplicarás la ley de nuestros ancestros?
SUMO SACERDOTE
¡Su vida la reclama el cielo, es inevitable!
No sabemos más que lo que el Oráculo ha dicho,
pero pronto todo será revelado.
Rasgaré el velo de la incertidumbre
e identificaré a la culpable.
¡La tierra estremecida
recibirá a su víctima!
FABIO
(turbado, para sí)
¡Grandes dioses!
SUMO SACERDOTE
(sorprendido)
¿Su suerte te interesa?
(recordando)
Una de las vestales es tu hija...
FABIO
(dulcemente)
No... sin embargo... Mi ternura
se complace en darle ese nombre...
Yo la aprecio como un padre...
Tú lo sabes, es la hija de mi hermano.
SUMO SACERDOTE
¿Tiemblas porque crees que es ella?
FABIO
(levantando la cabeza)
¡Eso sería un ultraje!
Mucho conozco mi sangre
para osar dudar de ella...
SUMO SACERDOTE
(con frialdad)
¿Tener compasión
por la suerte de una infiel?
¡Recuerda, somos romanos!
¡No te olvides de Vesta y su gloria mancillada...
¡Vesta, ella es nuestra patria!
¡Vesta, ella es nuestro destino!
¡Vesta, Vesta, es nuestra patria!
¡Roma, en el fuego sagrado de estos trípodes,
forja el acero de su grandeza!
¡Nuestros guerreros, saben que los dioses
están de su lado, ellos lanzarán
contra Aníbal las armas más mortales!
FABIO
¡Sí, tienes razón! Me someto a tu voluntad.
SUMO SACERDOTE
Tenemos que calmar la ira de los cielos.
¡Y sólo pensar en Vesta!
FABIO, SUMO SACERDOTE
¡Vesta es el destino! ¡Vesta es la patria!
¡Vesta, Vesta, Vesta es la patria!... ¡Es la patria!
(Entran las vestales entre las que se
encuentran Fausta y Junia)
SUMO SACERDOTE
(viendo llegar a las vestales)
Aquí llegan las vestales...
(solemnemente)
¡Oh, Apolo, sublime adversario de la noche
ancestral,
tú, que atraviesas la tierra y penetras el abismo!
¡Dígnate ayudarme!
¡Derrama tu luz sobre el crimen!
¡Hazlo resurgir de la arcana oscuridad!
¡Apolo, dígnate ayudarme!
LA GRAN VESTAL
(al Sumo Sacerdote)
Obedeciendo tus órdenes,
aquí estamos ante ti,
venerado pontífice.
SUMO SACERDOTE
(severo y solemne)
¿A qué se debe que delante de mí,
tiemblas, y palideces?
LA GRAN VESTAL
¿Y quien no temblaría?
¡Si de tu frente sagrada surgen
amenazantes destellos!
SUMO SACERDOTE
Júpiter nos castiga y Roma es su víctima.
Todos nuestros males provienen de un crimen.
Los dioses lo han revelado.
LA GRAN VESTAL
(con terror)
¡Los propios dioses! ¡Habla!
¿Cuál es ese crimen abominable?
SUMO SACERDOTE
¡Un sacrilegio!
LAS VESTALES
(excepto Fausta y Junia que
escuchan palpitantes)
¡Dioses!
LA GRAN VESTAL
¿Y quién es la culpable?
SUMO SACERDOTE
Una de vosotras.
LAS VESTALES
¿Una de nosotras? ¡Qué horror!
SUMO SACERDOTE
Apolo os acusa.
LA GRAN VESTAL
¡Ah! ¡Bajo su nombre, probablemente,
un malvado os ha engañado, Pontífice!
SUMO SACERDOTE
Una de vosotras ha faltado a sus votos
y ha recibido en este templo a un mortal.
LAS VESTALES
¡Acude presto poderosa Vesta,
ven y confunde la impostura!
Madre virgen, tú sabes si un ardor impuro
alguna vez en nuestros corazones
ha alterado nuestra fe...
LA GRAN VESTAL
(anhelante)
¿Pero cuál es...
la sacerdotisa acusada?
Fausta, lirio puro, ¿eres tú?
¿O tú, Junia, apenas salida de la infancia?
JUNIA
(turbada)
¿Yo? ¿Yo? ¡Misericordia!
FAUSTA
(corre a abrazarla)
¡Hermana!
JUNIA
No pude, ni debí...
Pueden acusar...
La culpable,
(cae de rodillas)
¡soy yo!
SUMO SACERDOTE
¿Es posible? ¿Tú, la culpable?
¡Tú, niña cándida!
FABIO
¡Con esa mirada tan límpida!
JUNIA
(a la Gran Vestal; dulce y resuelta)
Déjame... yo hablaré...
El sol se estaba poniendo...
yo estaba en el bosque sagrado...
Las sombras de la tarde envolvieron la imagen
de mármol del dios que, bajo el gran árbol,
alegremente lleva un arco.
Suspiré...
De pronto, alguien a mis pies, murmuró
con una voz más dulce que la flauta de Pan
oída sobre el mar:
"¡Es tu turno de ser feliz, sé feliz!
¡Sólo se vive una vez y la vida se pierde
sin la caricia del amor!
¿Qué puedes esperar del sacrificio?
¡Si los dioses supiesen de tu suplicio,
te dirían que no debes vivir y morir...
sin disfrutar la dulzura de tener una pareja...
de ser dos para sufrir! "
La voz se silenció ante mis lágrimas...
pero su encanto siguió resonando en mi alma...
Entonces... sentí como una brisa
acariciando mis cabellos...
Me puse a llorar...
mi corazón se llenó de inquietud...
Estaba sola... y allí, el dios misterioso,
ahora triste y sombrío,
parecía amenazarme...
Era como si su mano en la sombra...
buscara en la aljaba una flecha
para atravesarme el pecho...
(se detiene)
SUMO SACERDOTE
(atento)
¡Continúa!
JUNIA
(pura e inocentemente)
¡Vesta alejó de mis ojos,
la impura visión que me había profanado!
SUMO SACERDOTE
(invadido por un pensamiento terrible)
Por lo tanto tu delito...
¿fue solamente un sueño?
GRAN VESTAL
¡Oh, corazón casto!
FABIO
¡Oh, candidez divina!
SUMO SACERDOTE
(suavemente)
¡Niña... cálmate!
Que la culpable, teniendo como ejemplo
tu honradez, se avergüence de su silencio
y se acuse a sí misma finalmente. ¿Eres tú?
(interroga a las vestales)
¿Eres tú? ¡Es inútil, ninguna responde!
GRAN VESTAL
(con sinceridad)
¡Ninguna es culpable!
LAS VESTALES
¡Venerable Pontífice,
en nuestros corazones renace la esperanza
y podemos dar gracias a Vesta,
la madre divina y tierna!
(se disponen a retirarse del lugar)
SUMO SACERDOTE
(las detiene con un gesto)
¡Vestales, permaneced aquí!
Aún debéis escucharme.
Me han dicho de una desgracia
que tengo que haceros saber.
De vosotras,
¿cuál es la hermana de Léntulo?
GRAN VESTAL
Junia.
SUMO SACERDOTE
Junia, tu hermano ya no vive.
JUNIA
(desesperada. cayendo de rodillas)
¡Mi hermano!
FAUSTA
(lanzando un grito desesperado)
¡Léntulo!
SUMO SACERDOTE
(Implacable, mirando fijamente a Fausta)
Está muerto.
FAUSTA
(se deja caer en los brazos de
dos vestales, exclamando)
¡Ah!
(se desmaya)
SUMO SACERDOTE
(aparte, terrorífico)
¡Es ella!
FABIO
(anhelante y pálido)
¡Dioses! ¡Fausta! ¡Mi hija! ¿Culpable?
LA GRAN VESTAL, VESTALES
(en voz baja)
¡Diosa, calma tu ira
y no nos niegues
tu mano misericordiosa y maternal!
SUMO SACERDOTE
(se acerca a Fabio)
¡Fabio, cálmate!... ¿Podía yo haberlo sabido?...
Decidamos ahora, lo que debemos hacer.
FABIO
(con sublime entereza)
¡Cumple con tu deber!
(baja lentamente el telón)
ACTO TERCERO
(El bosque sagrado. Al fondo a la derecha,
el templo. En primer plano, a la izquierda,
un pozo de amplio borde ;a la derecha, la
puerta de bronce de una cueva subterránea.
Finaliza el día, con una hermosa claridad
que permanece todo el acto. Se lleva a cabo
la escena de purificación del templo de
Vesta con ritos religiosos y danzas sacras.
La Gran Vestal preside la ceremonia. La
luz se va lentamente disipando. Un galo
aparece jadeante, mostrando una alegría
febril; comienza su canto de victoria y
odio)
EL GALO
¡Pueblos conquistados, levantad la cabeza!
¡Roma está llorando!
¡Roma ha sido derrotada!
¡Despertad con un grito de triunfo
de rebelión y de esperanza,
ha llegado el día de la venganza!
¡Breno se ha reencarnado en Aníbal!
GALLA
(Esclava gala, saliendo del templo)
¿Cantas?
EL GALO
¡Cuando Roma sucumba,
las almas de nuestros antepasados
se estremecerán en sus tumbas!
(radiante y feroz)
¡Galla, regocíjate!
¡La sangre romana corre y nosotros somos galos!
GALLA
¡Cómo puedo regocijarme cuando mi señora
va a perder a su niña!
EL GALO
¿Su niña?
GALLA
La sacerdotisa... Fausta, ella es la abuela...
¡Ay!
EL GALO
(con alegría feroz)
¡Su nieta aún vive y no perecerá!
GALLA
Pero, ¿quién puede salvarla?
EL GALO
(radiante)
Yo.
GALLA
¿Y cómo?
EL GALO
Su castigo no es seguro...
Aún hay dudas... un grito es sólo un indicio...
Debe existir una evidencia
y Léntulo está muerto...
Lo dijo el propio Pontífice.
Pero yo que aún estoy vivo y que fui testigo
del crimen, podría contarlo todo...
¡Pero yo mataría al sacerdote con mis propias
manos y estoy dispuesto a sufrir el martirio
antes que entregar a la vestal a los romanos!
GALLA
¡Qué! ¿Sacrificarte por una extranjera?
EL GALO
De su destino depende
de la suerte de la guerra.
La salvación de los romanos está
en que ella muera.
¡Eso han dicho y yo lo creo!
GALLA
¡Ya voy comprendiendo!
EL GALO
(ebrio de alegría)
¡Estalla con el grito mi odio!
¡Tengo dos hijos, dos héroes,
en el ejército africano!
Les verás victoriosos
porque nada va a apaciguar a los dioses;
(maldiciendo)
Este templo permanecerá impuro,
(con ímpetu feroz)
Si la vestal vive,
¡dentro de dos días, Aníbal entrará en Roma!
(enfervorizado)
¡Dos días sólo, dos días!
¡Y su ira arrasará esta ciudad!
Dos días...
¡Dos días más y estos palacios y este templo
serán reducidos a cenizas ardientes,
de las que surgirá la libertad!
¡Qué lentas pasan las horas!
¡Dos días!
¡Dos días aún! ¡Dos días!
GALLA
(Ansiosa, mirando hacia el templo)
¡Roma dejará de ser poderosa!
EL GALO
No, Galla, Roma finalmente debe morir...
y después... después...
(con una feroz expresión de la felicidad)
No veremos aquí... más que piedras dispersas,
y allí abajo muerte y soledad...
El sombrío Tíber fluyendo como siempre...
pasando lívido, abrevando a los cuervos
que esconden a sus crías
¡en la profundidad de las grandes tumbas!
GALLA
(con temor)
¡Ah, contén tu coraje!
¡Una tormenta puede estallar sobre ti!
EL GALO
(radiante)
¡Que así sea! Que la tormenta estalle.
GALLA
(con tristeza)
¡Adiós!
EL GALO
(con pena)
Ve con Posthumia...
(Galla sale)
¡Para destruir a los romanos,
debemos salvar a Fausta!
Nada puede oponerse al designio
de un gran hombre.
(transfigurado y radiante)
¡Oh, mis hijos! ¡Qué esperanza!
¡Oh, mis hijos! ¡Qué esperanza!
¡Galia, Galia, mi patria,
ya puedo verte!
¡Oh, mis hijos! ¡Qué esperanza!
(fuera de sí)
¡Pueblos conquistados, levantad la cabeza!
¡Roma está llorando,
Roma está derrotada!
¡Despertad con un grito triunfal
de rebelión y esperanza!
¡Ha llegado el día de la venganza!
¡Breno se ha reencarnado en Aníbal!
¡En Aníbal!
LÉNTULO
(entando en escena)
¡Vestapor!
EL GALO
(sobresaltado se da vuelta)
¿Quién me llama?
(asombrado)
¡Léntulo! ¡Estás vivo!
LÉNTULO
¡Para mi vergüenza! ¿Y ella?
EL GALO
¡Aún está viva!
LÉNTULO
(con alegría y energía)
¡Ah, quiero salvarla...
¡Salvarla de la muerte!
EL GALO
Léntulo, estás ante la hora suprema.
¿Vas a dejar
que el sacerdote vierta
su sangre, la tuya y la de ella?
LÉNTULO
(con ímpetu)
¡Perdería el universo por salvarla!
¡La amo!
EL GALO
(con humildad fingida)
El esclavo se pone a tu disposición...
LÉNTULO
(toma las manos de Vestapor)
¡Amigo, dame tu mano!
EL GALO
(señalando la puerta de bronce)
Yo la sacaré de ese oscuro subterráneo;
y cuando las puertas de bronce se cierren,
antes de que Lucius pueda abrirlas,
¡estaréis en el Monte Palatino!
LÉNTULO
(radiante)
¡Allí estaremos a salvo,
y mañana saludaremos la aurora!
¡Ve entonces, ve, corre y búscala!
EL GALO
¡Tú la arrancarás de la tortura y la muerte!
(corre hacia el templo, luego, se detiene
y con una alegría que procura contener)
Y tú, Vesta, para venganza de tu crimen,
¡que Aníbal sea el sacerdote y Roma la víctima!
(el galo entra en el templo, mientras
que Léntulo lo observa)
LÉNTULO
(a solas, conmovido)
¡Voy a verla! ¡Todo mi ser se estremece
de ternura y esperanza!
¡Voy a verla!
¡Fue en este bosque sagrado, entre estos
árboles solitarios que compartíamos
nuestros sueños de amor!
En el crepúsculo, ella venía...
¡Oh, momentos de gloria!
La naturaleza extasiada era nuestra cómplice...
(se enfervoriza)
¡Y la perfumada fragancia de las flores
intoxicaba con su aroma delicioso
el amor que se despertaba
en la profundidad de nuestros corazones!
(melodioso)
¡Noche maravillosa, yo te saludo!
¡Qué instante misterioso cuando la veía,
las horas se alargaban
y nuestras almas aprendieron
a triunfar sobre el destino!
¡Yo te saludo, noche maravillosa!
VOZ DE LAS VESTALES
(a lo lejos)
¡Ah! ¡Ah!
LÉNTULO
(escuchando emocionado)
¡Es la plegaria de la noche!
¡Su voz pura se mezcla con el coro
de las vírgenes tutelares por última vez!
Mañana estaremos lejos de este
recinto sagrado, mañana y siempre
se entregarán nuestras almas
sólo a los deseos... ¡a la magia del amor!
¡Noche maravillosa, yo te saludo!
¡Instante misterioso
cuando la vea nuevamente!
¡Horas espléndidas!
¡Ah, te saludo,
admirable noche!
(Vestapor reaparece en el fondo, trae de
la mano a Fausta que muestra inquietud)
FAUSTA
(a Vestapor)
¿A dónde me llevas?
LÉNTULO
(se acerca)
¡Fausta!
(Vestapor se aleja y desaparece)
FAUSTA
(con alegría frenética)
¡Cielos! ¿Tú?
¡Estás vivo! ¡Ah!
LÉNTULO
¡Oh, Fausta!
FAUSTA
¡Léntulo!
LÉNTULO
¡Oh, felicidad embriagadora!
FAUSTA
¡Una felicidad llena de amenazas!
¿Debo agradecer a los dioses
que la permiten?
LÉNTULO
¡Fausta! ¡Fausta! Deja que mi aliento
acaricie tus cabellos...
FAUSTA
(anhelante)
¡Ah, márchate! ¡Márchate! ¡Eso quiero!
No desafiemos a la misericordia de cielo.
Él no permitirá que mi falta quede sin castigo.
LÉNTULO
(con ardor)
¡No, tú no eres culpable por amar!
¡Oh, Fausta! ¡Fausta! ¿Qué tipo de juramento
pronunció tu boca para dedicar
tu juventud a este culto tan cruel?
Un sacerdote te eligió
y te hizo cautiva aquí.
¡Fue el juramento de los otros
el que te entregó a los dioses!
¡Tú no eres culpable de amar! ¡Oh, Fausta!
¡No! ¡Tú no eres culpable de amar!
FAUSTA
(con sinceridad)
Ellos me recibieron en su sagrada mansión.
Soy venerada como una hija de Roma,
he disfrutado de dicho honor...
¡Y he traicionado al altar!
¡Mi velo ha sido mancillado!
LÉNTULO
(desolado)
¿Tu amor no fue más que piedad?
FAUSTA
(con infinita ternura)
No, mi amor fue un amor real
y por eso muero de remordimiento.
LÉNTULO
¡Lo crees!
FAUSTA
(con un tierno impulso)
¡Vete, todavía te amo!
¡Te he amado en la vergüenza
y en el pecado, y siempre te amaré! ¡Siempre!
Te vi... Léntulo... y desde entonces
sólo el amor ha reinado en mi alma.
¡La sierva de los dioses
se transformó en una mujer!
¡No me arrepiento de nada... de nada!
¡Cerca de ti mi destino luce
como un dorado amanecer
y las caricias de tu mano
dan a mi vida toda la felicidad del mundo!
LÉNTULO
(abrazándola)
¡Oh Fausta, Venus nos protege!...
¡Y sus palomas, sobre nuestras frentes,
abrirán sus alas de nieve!
Sigamos su amable consejo...
¡Oh, Fausta! ¡Ven! ¡Huyamos!
FAUSTA
(desesperadamente)
¡Yo! ¿Huir?
LÉNTULO
¡Oh, Fausta! ¡Ven! ¡Huyamos!
¡Venus nos libera!
Permanecer aquí significa morir...
FAUSTA
¡Yo! ¿Huir?
LÉNTULO
¡Debes vivir!
FAUSTA
No...
LÉNTULO
¡Ven! ¡Ven!
FAUSTA
(resistiéndose)
Pero... mi amor perverso...
¡Ha causado nuestra derrota
a manos de Aníbal!
¡Quiero expiar mi culpa!
LÉNTULO
(suplicante)
¡Piensa en el horrible martirio!
FAUSTA
Pienso en lo que soy... en lo que fui al nacer...
hija de Fabio
LÉNTULO
(con arrebato)
La gloria de su sangre
en honores inmortales pagó el sacrificio...
¡Piensa en la horrible muerte!
En una tumba... subterránea...
FAUSTA
(con los ojos muy abiertos
por la terrible visión)
¡Ah! ¡Cállate! ¡Por piedad!
LÉNTULO
(continua)
Una tumba... una lámpara que ilumina
sólo durante unas cuantas noches...
FAUSTA
¡Tengo miedo!
LÉNTULO
(insistiendo)
Allí, en un rincón, un tazón lleno de leche...
FAUSTA
¡Cállate! ¡Sálvame!
¡Tengo miedo! ¡Léntulo!
LÉNTULO
(continua cruelmente)
Y un mendrugo de pan...
¡Que parece un insulto para el hambre!
FAUSTA
¡Léntulo! ¡Sálvame! ¡Tengo miedo!
LÉNTULO
¡Ven! ¡Ven!
FAUSTA
¡Sí!
(tras avanzar unos pasos se detiene)
¡No! ¡no!
LÉNTULO
(aterrorizado)
¿Qué?
FAUSTA
(se debate consigo misma)
Si temblé ante la horrible muerte, Léntulo,
es porque soy mujer...
(irguiéndose)
Pero también soy una vestal,
también soy romana...
¡Roma y Vesta fortalecieron mi alma!...
LÉNTULO
(desesperado)
Pero para eludir el tormento,
sólo hay un camino...
FAUSTA
(con intención)
¿Tú crees?
LÉNTULO
(con asombro y admiración)
¡Dioses! ¿Tú deseas...
¿Quisieras que mi mano...
(hace un gesto de suicidarse,
con entusiasmo)
¡Sea! Estoy de acuerdo: ¡moriremos juntos!
FAUSTA
(dejándose caer en los brazos de Léntulo)
¡Sí, sí, tú me amas!
FAUSTA, LÉNTULO
(sumidos en un arrebato sublime)
¡Caigamos en los brazos
de las espantosas Parcas!
¡Que nuestro amor nos una,
que nada nos separe por toda la eternidad!
¡Caigamos en los brazos
de las espantosas Parcas!
¡Y que por toda la eternidad nada nos separe!
¡Nada, nada debe separarnos!
EL GALO
(llega apresurado)
¡Vamos! ¡Todo está listo!
LÉNTULO
(decidido)
¡Nos quedaremos aquí!
¡Para expiar la ofensa!
FAUSTA, LÉNTULO
¡Nos uniremos en la muerte!
FAUSTA
Y consagrados a Roma.
FAUSTA, LÉNTULO
¡Una doble víctima!
EL GALO
(febril, suplicante)
¡Huyamos! ¡El sacerdote va a llegar!
¡Salvaros! ¡Todavía hay tiempo!
¡Ahí afuera está el amor,
una aurora de felicidad interminable!
FAUSTA
(sin fuerzas)
¡Léntulo!
EL GALO
(Tratando de aterrorizarlos,
recordándoles el terrible castigo
que les espera a las vestales culpables)
Descender a lo profundo de la tumba, ¡vivos!
(Fausta escucha conmocionada)
Que Fausta te llame, desesperada...
LÉNTULO
(torturado)
¡Oh, qué tormento... inhumano!
EL GALO
Vivirá muchos días envidiando a los muertos,
LÉNTULO
¡Qué terrible tormento!
EL GALO
Y antes de morir, agotada,
tendrá que soportar la sed, el hambre, la falta
de aire y de cualquier sonido de esperanza.
(a Fausta)
¡y Léntulo morirá a causa de la tortura!
FAUSTA
(aterrorizada, pensando en Léntulo)
¡Horror!
(cediendo, a Léntulo, muy declamado)
¡Arranca de mi frente el velo que nos condena!
¡Léntulo, tú vivirás! ¡Me resistía en vano!
¡Templo, castidad, adiós! ¡El amor no es infame,
no me arrepiento de nada!
LÉNTULO
¡Oh, Fausta!
EL GALO
¡Huid!
FAUSTA, LÉNTULO
(en éxtasis)
¡Cerca de ti, mi destino se ilumina
con un amanecer dorado,
y la caricia de tu mano
da a mi vida toda la felicidad del mundo!
¡La felicidad, la felicidad del mundo!
¡Ven! ¡Ven!
EL GALO
(aparte)
¡Oh, Vesta!
¡Oh Vesta, gracias a ellos
tu gloria se desvanece!
Los derrotados levantarán su cabeza.
¡Roma sucumbirá por este crimen!
¡Huid! ¡Huid! ¡Huid!
(Fausta y Léntulo se meten en la cueva
subterránea y desaparecen. Con alegría,
después de verlos desaparecer en la cripta)
¡La vestal está a salvo, mi tarea está cumplida!
(empuja la puerta que cierra la entrada)
¡Rueda sobre tus goznes, puerta de bronce!
(el Sumo Sacerdote acompañado por los
lictores y torturadores aparece y es testigo
de la fuga de la vestal y de la actitud del galo)
SUMO SACERDOTE
(a los lictores, para que
persigan a Fausta y Léntulo)
¡Detened a esos miserables!...
EL GALO
(con sublime valor)
¡Demasiado tarde, sacerdote romano!
(El Sumo Sacerdote ordena a los
esbirros que arresten al Galo que
acaba de tirar la llave en el pozo.
Capturado, Vestapor grita de dolor,
mientras que los torturadores le
quiebran los brazos)
ACTO CUARTO
(Interior de la curia Hostilia. El senado está en
sesión. El Sumo Sacerdote desciende de la tribuna y
permanece apoyado contra la estatua de Bruto,
mientras que Fabio, en su sitio, está sentado,
pálido, abatido, con la cabeza entre las manos)
LOS SENADORES
(por grupos)
Mirad a Fabio...
Gran e infortunado y hombre...
Fabio...
Fabio...
¡Mirad a Fabio!
Gran y desafortunado hombre
desafortunado hombre...
hombre infeliz...
Que llora por su hija... y llora por Roma.
¡Oh, funestos destinos! ¡Funestos destinos!
¡Funestos destinos!
¡Oh, ira de los dioses! ¡Ira de los dioses!
¡Ira de los dioses!
¿Abatiréis a este glorioso soldado?
¡Mirad... Mirad... Mirad a Fabio!...
FABIO
(se pone de pie y camina hacia el hemiciclo
del senado, suplicando por Fausta)
¡No! Mi corazón se revela y se niega a creer
que mi sangre, mi hija, haya mancillado
tanta gloria. Que ella ofreció su vida,
por la traición de sus votos,
que ella, por desgracia, ha condenado a su patria.
SUMO SACERDOTE
(severo y terrible)
Sin embargo, ella es culpable...
FABIO
(todavía resistiéndose a la acusación)
¡No! ¡No! Mi hija es incapaz
de cometer semejante delito. ¡No!
SUMO SACERDOTE
¡La sacrílega huyo del templo
junto con su seductor!
FABIO
(con voz entrecortada)
¡Grandes dioses! ¡Qué deshonor!
SENADORES
(siempre-entre ellos, murmurando)
¡Hombre desdichado!
Fabio... Fabio...
Fabio... Fabio...
Mirad a Fabio...
¡Hombre desdichado!
SUMO SACERDOTE
Y el esclavo galo que protegía su fuga
murió al ser torturado.
FABIO
(desesperado)
¡Ah! Morir en este momento
sería mi alegría.
VOZ DE FAUSTA
(a lo lejos y acercándose)
¡Padre! ¡Padre!
(lanzándose a los brazos de Fabio)
¡Padre! ¡Aquí estoy!
FABIO
(radiante)
¡Mi hija! ¡Al fin... te vuelvo a ver aquí!
(suplicando con ternura, vehemente)
Diles que se equivocaron,
diles que no eres culpable,
que tu alma de niña no fue capa
de traicionar tu juramento.
Diles que están equivocados...
diles que están equivocados...
que no eres culpable.
Afligiéndome por mi honor
me estaba apresurado demasiado...
SUMO SACERDOTE
(avanzando impasible, a Fabio)
¡Escruta a fondo este corazón!
Pongo en tus manos mi autoridad y su vida.
Que Fausta se acuse o se justifique:
¡Juzga! ¡Absuelve! ¡Decide su destino!
(Fabio quiere hablar; Lucius se
pone de pie y se dirige la sala)
En el tribunal sagrado espero tu informe.
Sea cual fuere, te creeremos Fabio.
(Todos salen lentamente siguiendo al Sumo
Sacerdote, las cortinas se cierran, y Fabio
y Fausta permanecer a solas)
FAUSTA
(abrazando a Fabio)
¡Padre!
FABIO
(la estrecha contra sí)
¡Hija! ¡Mi niña! ¡Mi niña!
¡Oh, mi Fausta tan querida!
¡Oh, mi Fausta!
¡Ve! No te preocupes más,
mi esperanza te defiende
y debes ver en mis ojos
el afecto más tierno.
FAUSTA
(temblorosa, emocionada)
¡Ante tu voz siento crecer
el remordimiento que me oprime!
He venido a morir.
FABIO
(aterrorizado)
¿Morir?
Entonces, ¿has violado tus deberes?
¿Tu juramento?
FAUSTA
(baja la cabeza, con la voz quebrada)
¡Padre mío... lo confieso!
Mi corazón ya no es puro.
¡Merezco la muerte!
FABIO
¿Qué dices?
FAUSTA
(desesperada)
Ardo por un amor culpable.
Merezco la muerte,
yo soy la vestal mancillada...
¡Infiel a sus dioses, fatal para su patria!
(conmocionada)
¡Sí! ¡Escuchando su voz, me olvidé de todo!
¡Y por verlo feliz, lo he sacrificado todo!
Pero cuando de Roma y de ti me acordé,
rechacé su amor...
y he regresado voluntariamente.
¡Para salvaros a todos
correré hacia la muerte!
¿Qué esperan... qué buscan?
¡Yo soy la vestal mancillada!
FABIO
(en un ataque de ira)
¡La hija de Fabio!
¿Tú, una vestal, una sacerdotisa?
Tú, por quien Roma expira en atroz angustia.
¿Cómo has traicionado tu nombre?
¿Tu sangre?
¡A nuestros dioses!
¿Las cunas de los niños?
¿Las tumbas de los antepasados?
¿Y todas las virtudes confiadas a tu cuidado?
¿Y toda la grandeza prometida a los romanos?
Por ti, el país cae bajo el yugo de los vencedores
y llora por sus hijos,
su gloria y sus desgracias.
¡Triunfan los enemigos!
¡Triunfan! ¡Los enemigos de mi raza sagrada!
¡Triunfan los enemigos!
La corona de gloria, se diluye a mis pies.
¡La frente de Fabio se cubre de deshonor!
¡Nuestro nombre, que fue glorioso,
se transforma en una palabra de terror!
Sobre ti, que perdiste a Roma: ¡Anatema!
¡Maldita seas!
FAUSTA
(sin fuerza, balbuceante)
Es la hora... suprema...
No me rechaces más, ¡ay!
no me niegues el último regalo que a tus pies...
FABIO
(enternecido)
¿Qué quieres? ¡Habla!
FAUSTA
(se arroja a los pies
de Fabio que la)
¡Tu perdón!
FABIO
(con sublime emoción)
¿Sabrás morir como se debe?
¿Me lo prometes hija mía?
FAUSTA
(qué se ha levantado, y muestra
una expresión radiante)
¡Los Fabios no tienen cobardes en su familia!
En tus brazos reencuentro mi alma de romana;
con paso firme marcho
al encuentro de la pena merecida.
FABIO
(vibrando de emoción)
¡En mis brazos ahora, oh Fausta,
eres realmente una romana!
¡Ve, camina con paso firme
al encuentro de la pena!
¡En mis brazos! ¡En mis brazos!
¡Ah, en mis brazos!
FAUSTA
¡Con paso firme marcho hacia el castigo!
¡En tus brazos! ¡En tus brazos!
¡Ah! ¡en tus brazos!
(los Senadores, seguidos de lictores y
precedidos por el Sumo Sacerdote, entran
en la sala y vuelven a sus asientos)
SUMO SACERDOTE
(en medio del silencio)
¡Escuchemos a Fabio!
FABIO
(pálido, temeroso)
Distinguidos jueces, augusto Lucio,
La virgen, cuyo crimen reveló el oráculo,
la impía, está ante nosotros.
¡Aquí tenéis a la víctima!
SENADORES
(entre ellos)
¡Oh, qué coraje!
¡Oh, desdicha!
SUMO SACERDOTE
(a Fausta)
¿Eres tú?
FAUSTA
(decidida)
¡Sí!
SUMO SACERDOTE
(sombrío e indignado)
¡Tú!
FAUSTA
¡Yo misma!
SUMO SACERDOTE
(terrible)
¡Arrodíllate!
Sacrílega enemiga de nuestros dioses
¡Que tu frente se cubra con el velo de la infamia!
(el Sumo Sacerdote pone sobre la cabeza
de Fausta, que está de rodillas, un velo negro)
SENADORES
Sacrílega enemiga de nuestros dioses ¡Que tu
frente sea cubierta con el velo de la infamia!
SENADORES, SUMO SACERDOTE
¡De rodillas! ¡De rodillas!
(Posthumia parece sostenida por Galla)
FABIO
(viéndola)
¡Posthumia!
FAUSTA
(lanza un grito sin levantarse)
¡Abuela!
POSTHUMIA
(a Galla)
¿Es ella? Guíame.
¿Dónde estás?
(las manos de Posthumia tratan
de encontrar a su nieta)
Reconozco tu voz...
Finalmente te encontré...
¿Quién te ha traído, a esta hora,
a este siniestro palacio?
¡Ah! ¿Quieres que muera de angustia?
¡Callas! ¿No me abrazas?
Te he buscado en vano...
en vano te abrí mis brazos para...
FAUSTA
¡Oh!
POSTHUMIA
(estrechando sobre su corazón
a Fausta, que se abraza a ella)
¡Niña mía!
¿Qué es este velo... que me impide besarte?
¡Quítalo... quítatelo!
FAUSTA
No me atrevo... ¡No puedo!
POSTHUMIA
¿Por qué?
(cambiando de tono)
¡Tu rostro está helado!
¡Y escucho sollozos! ¡ah! ¿Qué sucede?
Pero... no estamos solos...
¡No! ¿Ese murmullo?
¿Quién nos está escuchando?
¡Hablad, os lo suplico!
FABIO
(dulcemente y con tristeza)
¡Posthumia!
POSTHUMIA
¡Cielos! ¿Tú?
FABIO
(con la voz quebrada por el dolor)
Hay que resignarse a esta desgracia,
ya nada la puede salvar.
POSTHUMIA
(estremeciéndose)
¿Salvar? ¡Se trata de mi niña!
FABIO
Se trata del honor de toda la familia.
POSTHUMIA
¡Del honor!
¡Acaba, no me atormentes!
FABIO
(en voz baja)
¡La vestal es infame: ama a Léntulo!
POSTHUMIA
¿Quién se atreve a decir eso?
FAUSTA
(con voz firme y resignada)
Yo.
SUMO SACERDOTE
(a Posthumia, que ha quedado anonadada)
¡Tu nieta es culpable
y debe sufrir el castigo inevitable!
POSTHUMIA
(con un supremo esfuerzo)
¡Qué! ¡Tienes corazón para quitármela así!
SUMO SACERDOTE
¡La ley no tiene corazón!
POSTHUMIA
(se arrastra a los pies de Lucius)
¡Ten piedad de mi alma!
¡Escucha mi llanto, soy su abuela!
¡Entrégame a mi pequeña! ¡Salva a mi niña!
(diversas reacciones de los senadores)
FABIO
Insistes en vano,
Roma lo prohíbe.
POSTHUMIA
(enérgica e implorante)
¡Roma que por sus antepasados
tantas veces fue salvada!
FABIO
¡Roma a cuyos dioses, con el incesto, desafió!
POSTHUMIA
(hoscamente)
¡Y qué me importa Roma! ¡Protege a mi niña!
(estrechando a Fausta contra ella)
¡Este corazón que ahora estrecho
y que una vez palpitó junto a mí!
SENADORES
¡Es horrible!
¡Miedo!
¡Es una criminal!
¡Una criminal!
POSTHUMIA
(desesperada)
¡Piedad! ¡Piedad, piedad!
(implorando al azar)
Pero no es por ella,
sino que es por mí que pido...
¡Ay, vieja y sin ojos!
Cuando oigo su voz me parece ver
el resplandor de los cielos.
Dormida en sus brazos,
noto mucho menos mi dolor...
¡Si pierdo a mi Fausta,
pierdo la vida dos veces!
¿Los dioses quieren sangre?
Pues bien, Sumo Sacerdote, pues bien,
tómala de su origen y vierte toda la mía
¡Piedad! ¡Piedad! ¡Piedad!
(extendiendo sus brazos hacia donde
intuye que están los senadores)
¡En nombre de vuestros hijos:
ella tiene la misma juventud!
¡En nombre de vuestras madres:
yo tengo las mismas arrugas!
¡por el Dios Quirino
y por su madre Rea!
(cada vez más excitada)
¡Por la santa piedad que Júpiter creó!
¡Por el rayo sagrado que brilla en sus ojos!
¡Por todos mis pesares!
(en un esfuerzo supremo)
¡Otorgadle la gracia a mi niña!
(palpitante)
¡Gracia! ¡Gracia! ¡Gracia! ¡Gracia!
SUMO SACERDOTE
(impasible, a los senadores)
¡Votad! Que vuestra integridad decida
su destino. con plena libertad.
(El Sumo Sacerdote consulta al Senado.
Posthumia trata de adivinar, escuchando.
Los jueces votan con la seña del "Pollice
Verso", es decir, bajando su pulgar para
votar a favor de la muerte)
SUMO SACERDOTE
Recogí los votos.
¡Uno sólo juez votó "gracia"!
POSTHUMIA
(perdida)
Pero, ¿y los demás?
SUMO SACERDOTE
¡Que se haga justicia!
POSTHUMIA
¿Y cómo? ¿Con su muerte?
¡Ah! ¡Hablad!
SUMO SACERDOTE
¡Con su muerte!
POSTHUMIA
(con los brazos estirados hacia Lucius)
¡Asesino!
FAUSTA
(con resignación)
¡Merezco mi destino!
POSTHUMIA
(furiosa, angustiada, tratando en vano
de alcanzar al Sumo Sacerdote)
¡Monstruo! Al igual que los dioses
me robaron la luz,
tú me arrancas las entrañas.
Deshonras los altares con tus manos
manchadas con la sangre de mi estirpe.
¡Maldito seas!
(agitando los brazos)
¡Maldito seas! ¡Maldito seas! ¡Maldito seas!
(se tambalea y cae inconsciente
en brazos de Galla)
¡Ah!
FAUSTA
(se precipita hacia su abuela)
¡Abuela!
(va con intención de abrazarla,
pero se detiene en seco)
¡No! Debo permanecer fuerte...
(al Sumo Sacerdote)
¡Tu víctima espera... Pontífice... es la hora!
(todos salen en silencio. Fausta pasa
delante de su abuela que, volviéndose,
tiende sus brazos hacia ella sin saber a
dónde va, porque, ciega, no puede ver
nada del espectáculo atroz que se desarrolla
ante ella. Fabio, Posthumia y Galla quedan
a solas. Posthumia intenta escuchar)
FABIO
(Se acerca lentamente a Posthumia y,
superando el dolor que lo tortura, le
habla en voz baja)
Dado que él ordena que nuestra niña muera,
¡ah! al menos que la entierren...
(con feroz energía)
¡Pero muerta!
POSTHUMIA
(alza la cabeza con
los ojos muy abiertos)
¿Muerta? ¡Sí! Pero ¿cómo?
FABIO
(poniéndole una daga en la mano)
Levántate y entrégale esta daga...
POSTHUMIA
(que se ha levantado, toma
el arma, con voz firme dice)
¡Dámela!
(tiende la mano y resueltamente
le dice a Galla, que se le ha acercado)
¡Vamos, guíame!
LA MULTITUD
(en el exterior gritos mortales)
¡Muerte a la culpable vestal!
¡Muerte a la miserable!
¡Muerte! ¡Muerte!
(baja el telón)
¡Muerte! ¡Muerte! ¡Muerte!
ACTO QUINTO
Entreacto Vocal
VOZ
(detrás del telón)
¡Oh Vesta, oh Vesta, para quien Roma
es la ciudad sagrada!
¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta!
¡Ella que un día fue honrada con tu nombre,
aunque indigna de ti,
todavía es sagrada para nosotros!
¡Ensució con fango el oro, para siempre el oro!
Nosotros no levantaremos una mano sacrílega
sobre la cabeza culpable que tu llama protege.
¡Intacta, como el día en que ella fue llevada al altar,
la vamos a depositar en tu seno inmortal,
en la fecunda noche del templo de la Tierra!
¡La niña sólo será castigada por su madre!
¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta!
(Se alza el telón)
(Campo de las ejecuciones. Una hora
antes del amanecer. El Sumo Sacerdote
está rodeado por sus acólitos. Fausta,
cubierta con un largo velo negro,
está arrodillada inmóvil y en silencio,
cerca de la entrada de la tumba.
Los lictores la rodean. Fabio está
entre los senadores. La Gran Vestal
rodeada por las vestales. Todo el
pueblo alrededor)
SUMO SACERDOTE
(a los acólitos)
¿Está preparado el lecho sepulcral?
LOS SACERDOTES
Todo está dentro de la tumba.
SUMO SACERDOTE
¿Han bajado todo
lo que he ordenado?
¿Una mesa? ¿Y el pan?
¿El agua? ¿La vasija con aceite?
¿Un tazón de leche?
¿La lámpara de barro?
LOS SACERDOTES
Todo está en la tumba
como habéis ordenado.
LÉNTULO
(aparece espada en mano)
¡Dejadme pasar!
FAUSTA, LA GRAN VESTAL, FABIO,
SUMO SACERDOTE, LA MULTITUD
¡Léntulo!
LÉNTULO
¡Abrid paso! ¡Soy yo! ¡Soy yo!
¡He venido a castigar a un sacerdote!
SUMO SACERDOTE
¡Arrestad al traidor!
LÉNTULO
¡El traidor dio a los romanos su propia sangre,
y tú sólo quieres darle la sangre de otros!
SUMO SACERDOTE
Ella fue juzgada.
LOS SACERDOTES
¡Ella debe perecer!
LÉNTULO
(a la multitud, suplicante)
¡Pueblo! ¡Pueblo!
(Implorando la multitud)
Yo hice apagar la llama de Vesta,
¡sólo yo merezco entrar en esta tumba!
Ella es mi víctima y no mi cómplice.
¡Sólo yo que merezco entrar en la tumba!
SUMO SACERDOTE
¡Sea como fuere! Ella se ha mancillado.
LOS SACERDOTES
¡Ella debe perecer!
LÉNTULO
(irritado)
¿Es así como los dioses
hacen justicia aquí, en la tierra?
SUMO SACERDOTE, SACERDOTES
¡Las severas leyes no se discuten!
LÉNTULO
¡Oh, malditos prejuicios
que encerráis en vuestra alma!
SUMO SACERDOTE
(implacable)
¡Vestal, ponte de pie!
(Fausta obedece. El sumo
Sacerdote se acerca a ella)
Quítate ese infame velo.
(se quita el velo que la
envuelve casi en su totalidad)
¡Desciende al altar donde la diosa espera!
(le señala la tumba)
FABIO
(con ansiedad)
¿Qué? ¿Ya?
SUMO SACERDOTE
Se acerca el día, amanece.
LÉNTULO
(desesperadamente)
¡A mí! ¡Hombres valerosos, a mí!
¡No me la podréis arrebatar!
¡Solo, frente a todos, la defenderé!
FAUSTA
(resignada)
Amigo, no perturbes los rituales de la muerte.
¡Vive, debes llorarme!
LÉNTULO
(sollozando)
Tu suerte será mi suerte.
(amanece completamente
durante esta escena)
FAUSTA
(al borde de la tumba)
Déjame entrar a la tumba calma y serena.
Respeta en este altar a la Vestal romana.
Aquí, ella recobrará su dignidad.
Aquí, ella recobrará su dignidad.
¡Oh, las leyes de la patria!
Tras el crimen, los dioses desean que yo
transite por la vida, la derrota
la muerte y el triunfo.
(melodiosamente)
Acepto como un don esta expiación.
(con sentimiento)
El amor es ahora sólo
un sueño y un remordimiento.
¡Ah! ¡Soy toda de Vesta! ¡Soy de la muerte!
¡El amor es sólo un sueño!
Tras el crimen, los dioses desean que yo
transite por la vida, la derrota
la muerte y el triunfo.
Acepto como un don la expiación.
¡Soy de Vesta! ¡Ah!
El amor es ahora sólo
un sueño y un remordimiento.
¡Ah! ¡Soy de Vesta! ¡Toda de Vesta!
¡Soy de la muerte! ¡Soy toda de Vesta!
Soy de la muerte! ¡De Vesta!
FABIO
(desesperado)
¡Oh, mi hija! ¡Ay! ¡Qué desgracia!
¡Sin apelación la han condenado!
¡Oh, mi hija, mi desafortunada hija!
¡La habéis condenado!
¡Mi hija! ¡Ay! ¡La habéis condenado!
¡Mi hija! ¡Ay!
¡Ella es toda de Vesta! ¡De la muerte!
¡Oh, mi hija! ¡Oh, mi hija!
¡Sin retorno, sin retorno,
la habéis condenado!
¡Ella es de la muerte! ¡Ella es toda de Vesta!
¡De la muerte, de Vesta!
LÉNTULO
¡El amor es ahora sólo
un remordimiento eterno!
¡Ella es totalmente de Vesta!
¡Es de la muerte!
¡Es de la muerte!
¡Es de Vesta!
¡Ella es de Vesta! ¡Totalmente de Vesta!
¡El amor es ahora sólo
un remordimiento eterno!
¡Ah! ¡Ella es toda de Vesta! ¡Toda de Vesta!
¡Es de la muerte! ¡Es de Vesta!
¡Es de la muerte! ¡De Vesta!
SUMO SACERDOTE
¡Ella es toda de la muerte!
¡Ella es toda de Vesta!
¡Ella es toda de Vesta! ¡Es toda de la muerte!
¡Ella es toda de Vesta! ¡Es de la muerte!
¡Es de Vesta!
LOS SACERDOTES
¡Ella es totalmente de Vesta! ¡De Vesta!
¡Ella es totalmente de Vesta!
LA GRAN VESTAL
¡Ella es toda de Vesta! ¡Es toda de la muerte!
¡Ah! ¡Ella es totalmente de Vesta!
¡Toda de Vesta!
¡Es toda de la muerte! ¡Ella es toda de Vesta!
¡Es de la muerte! ¡De Vesta!
LAS VESTALES, SENADORES
¡Ella es toda de Vesta! ¡De Vesta! ¡De la muerte!
¡Ah! ¡Ella es toda de Vesta! ¡Toda de Vesta!
¡Es toda de muerte! ¡De Vesta! ¡De Vesta!
LOS SACERDOTES
¡Ella es toda de la muerte!
¡Ella es toda de Vesta! ¡Ella es toda de Vesta!
¡Es toda de la muerte! ¡Ella es toda de Vesta!
¡Es de la muerte! ¡De Vesta!
LA MULTITUD
¡El amor es ahora para ellos sólo
un remordimiento eterno!
¡Ah! ¡Ella es toda de Vesta!
¡Es toda de la muerte!
¡De Vesta! ¡De Vesta!
POSTHUMIA
(apoyada en Galla, entra exaltada)
Tengo el derecho de acercarme a ella...
¡Dejadme pasar!...
¡Dejadme besarla antes de que sea enterrada!
Quiero tocar su frente.
FAUSTA
¡Mamita!
POSTHUMIA
(se guía por la voz de Fausta,
ella cae en sus brazos)
¡Es su voz!
¡Quiero decirle adiós por última vez!
SUMO SACERDOTE
(a los lictores)
¡Separadlas!
(los lictores se acercan a ellas)
POSTHUMIA
(ocultando a Fausta con su capa)
¡Gracia! ¡Una última lágrima!
¡Una última palabra! Y luego...
(ella lleva a Fausta un poco aparte y,
buscando entre los pliegues de su vestido,
la daga; le susurra)
Escucha. ¡Tome este arma!
FAUSTA
(suavemente)
No puedo... tengo las manos atadas.
POSTHUMIA
(procura desesperada desatar
las manos de Fausta, sin éxito)
¡Ah! ¡Dioses! ¡Dioses! ¿Qué hacer?
¡Oh, si tuviera mis ojos!
Pero no puedo...
(declamado)
¡No! ¡Horror! ¡Terrible piedad!
(a pesar de sus esfuerzos, Posthumia no
se puede separar del cuello Fausta ni
impedir que su llanto brote violentamente)
¡Bésame... una vez más!
FAUSTA
(Animándola a que la mate)
¡Valor!
POSTHUMIA
(lívida, temerosa, buscando
El latido del corazón de Fausta)
¿Es... aquí... es este el lugar?
¡De tu corazón?
FAUSTA
(en voz baja)
Sí... ahí.
POSTHUMIA
(la hiere en el corazón con un golpe
repentino del puñal, declamado)
¡Mi niña!
(Fabio se lanza hacia ellas y
toma en sus brazos a la vestal)
SUMO SACERDOTE
¿Qué has hecho?
POSTHUMIA
¡Matar a mi niña!
TODOS
¡Horror!
POSTHUMIA
(lanza la daga a los pies
Del Sumo Sacerdote)
¿Estás satisfecho?
TODOS
¡Grandes dioses!
(repentinamente todo se oscurece, suena un
trueno precedido por un relámpago, que
provoca terror entre la multitud que huye en
gran desorden. El Sumo Sacerdote, las vestales,
los sacerdotes, Léntulo y Fabio quedan a solas.
La luz vuelve a aparecer poco a poco)
VOZ DIVINA
(desde los cielos)
Intacta como el día en que la recibimos en el altar,
vamos a depositarla en tu seno inmortal,
en la fecunda noche del Templo de la Tierra.
... en que la recibimos en el altar,
en la fecunda noche del Templo de la Tierra.
(los sepultureros toman de los brazos de
Fabio en cuerpo de Fausta y lo depositan
en la tumba)
LÉNTULO
(cuando el cuerpo pasa por delante de él)
¡Fausta! ¡Quiero seguirte!
(Intenta clavarse su espada)
FABIO
(deteniéndolo)
¡No! ¡No es así como un soldado
se libera de sus remordimientos!
Un romano lo hace enfrentando al enemigo...
(Fabio y Léntulo, asisten inmóviles
y abrumados por el dolor a la ceremonia
del entierro)
SUMO SACERDOTE
(impasible)
¡Enviada por su abuela al letargo de la muerte,
permitamos que la hija de Vesta
desaparezca para siempre!
GRAN VESTAL, VESTALES
SACERDOTES
¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta! ¡Oh, Vesta!
(Todo ha concluido. El Pontífice, las vestales
y los sacerdotes se marchan lentamente,
seguidos por Fabio y Léntulo. Silencio.
Posthumia y Galla quedan a solas. La
anciana ciega camina a tientas hacia la tumba)
POSTHUMIA
(con los brazos extendidos)
Es ahí donde está mi niña... ahí...
¡La tumba... aquí está!
(dolorosa y expresivamente)
¡Oh, entre tus verdugos no me dejes sola!
¡Fausta! ¡Fausta! ¡Mi amada niña!
(conmovida)
¡Abre, abre, es tu abuela quien te llama!
(en el momento en que Posthumia
desciende a la tumba y desaparece,
se oyen gritos de júbilo a la distancia)
LA MULTITUD
(A lo lejos)
¡Soldados!
¡Las águilas romanas!
¡Soldados! ¡Una legión completa!
¡Una legión completa!
(Pronto, una multitud invade el lugar)
¡Son nuestros veteranos!
¡Nuestros veteranos!
¡El cónsul ¡Escipión! ¡El cónsul!
¡El cónsul! ¡Escipión! ¡Gloria!
(El día se aclara. La multitud aplaude al
ejército victorioso que desfila por el fondo)
¡Vesta ha prevalecido!
¡Y la tumba es fecunda!
¡Vesta ha triunfado!
(al fondo de la escena aparece el cónsul
Escipión, a caballo, seguido de sus
legionarios Las águilas romanas presiden
este triunfo)
¡Aníbal fue derrotado!
¡Roma domina el mundo!
¡Roma impera sobre el mundo!
¡Gloria! ¡Vesta ha triunfado!
¡Aníbal fue derrotado!
¡Aníbal fue derrotado!
¡Gloria a Vesta!
Digitalizado y traducido por:
José Luís Roviaro 2026 |