SIGURD

 

Personajes

 

SIGURD

GUNTHER

HAGEN

BRUNILDA

HILDA

UTA

SACERDOTE

RUDIGER

EL BARDO

Joven héroe

 Rey de los burgundios

Guerrero burgundio

Valquiria

Hermana de Gunther

Aya de Hilda

Sacerdote de Odín

Embajador huno

Un bardo

Tenor

Barítono

Bajo

Soprano

Mezzosoprano

Mezzosoprano

Barítono

Barítono

Bajo

 

 

La acción se desarrolla en Worms, Alemania, en el año 450.

 

ACTE  PREMIER



(Worms, la grande salle du burg de Gunther)

Scène Première

(Les Femmes des guerriers de Gunther,
Uta, Hilda et sa Suite)


FEMMES
Brodons des étendards
et préparons des armes.
Le roi Gunther est las de son repos,
Il veut courir à des exploits nouveaux.
Que de beaux yeux
bientôt vont répandre des larmes!
Victorieux, de gloire et d'or couvert,
Il reviendra, le brave roi Gunther.
Brodons des étendards et préparons des armes.

HILDA
Celui-là seul est heureux
Qui porte un cœur valeureux
Dans la mêlée orageuse
Celle-là seule est heureuse
Que chérit jusqu'à la mort
Un chef courageux et fort.

CHOEUR
Brodons des étendards et préparons des armes!
Entendez-vous le cor au fond des bois?
Le roi Gunther suit un cerf aux abois,
Image des combats,
la chasse en a les charmes,
Le roi Gunther va conquérir encor
Quelques vieux burg, quelque riche trésor;
Brodons des étendards et préparons des armes!

UTA
(à Hilda)
Toujours songeuse et pâle Hilda...
d'où vient ta peine?
Le roi Gunther, ton frère,
accédant à tes vœux
Rejette d'Attila les désirs glorieux,
Et les Huns indomptés ne t'auront pas pour reine;
Tu soupires... Tes yeux sont humides de pleurs,
Parle... dis ta souffrance
ou ta triste pensée
A celle qui demain veut mourir si tu meurs,
Qui, te donnant son lait,
dans ses bras t'a bercée!

HILDA
Ma mère... un songe malgré moi
Me glace d'un mortel effroi.
Jadis, j'ai recueilli dans la forêt prochaine
Un milan voletant à peine,
Et de mes mains je l'ai nourri.
Dans mon rêve j'ai vu s'élancer d'un nuage
Un aigle affamé de carnage,
Frappant l'air d'un lugubre cri.
Je cachais dans mon sein, troublée et frémissante,
le pauvre oiseau tremblant…
De son bec acéré,
Malgré mes vains efforts et mes cris d'épouvante,
L'aigle cruel l'a déchiré.

UTA
Ma fille... Le sommeil est pour moi sans mystère!
Ce milan... c'est un noble époux...
Garde qu'une rivale, un jour, en sa colère
Dans tes bras ne le fasse expirer
sous ses coups.

HILDA
Je veux vivre à jamais sans amour.

UTA
(souriant)
O blashème

HILDA
J'ai refusé le trône d'Attila.
Quel moins digne voudrait
se condamner lui-même
Aux dédains du cœur qui dort là?

UTA
Un héros vient toujours...
et c'est celui qu'on aime.

HILDA
Hé bien, il est venu, ma mère, le héros!
J'aime! et j'aime sans espérance...
Depuis qu'il a paru, j'ai perdu le repos,
J'aime et je meurs de ma souffrance!
Comme le soleil au ciel pur
Soudain vous fait pâlir, astres que la nuit sème,
Tel parmi les vaillants brille celui que j'aime,
Le noble et valeureux Sigurd!
Te souvient-il de ces jours pleins de larmes
Où la victoire ayant trahi nos armes,
Mon père mort en guerrier valeureux,
De nos vainqueurs traînant
la lourde chaîne,
J'étais l'esclave au palais de leur reine,
Servant sa table et tressant ses cheveux?
Un vengeur vint, calme et superbe
Comme un faucheur moissonne l'herbe,
Il allait couchant devant lui
Les guerriers qui n'avaient pas fui.
Sa beauté sévère
Est celle des dieux,
L'éclat de ses yeux
Fait trembler la terre,
Du glaive d'airain
Dont s'arme sa main,
Jaillit un feu sombre;
Par lui, les guerriers
S'endorment sans nombre
Sur leurs boucliers.
Sigurd brisa nos fers,
puis tout sanglant encore
Sans daigner seulement sur nous lever les yeux,
Calme et fier, il reprit son chemin glorieux.
Ma mère, tu connais le mal qui me dévore,
Que rien ne peut apaiser désormais!
Il n'a pas vu que je l'aimais!

LE CHOEUR
(se rapprochant à la fin du récit.)
Fille des rois, que te sert d'être belle?
Pourquoi répandre en secret tant de pleurs?
L'espérance a ton âge, Hilda, souris comme elle!
Souris;
le gai printemps sur ta lèvre est en fleurs.

UTA
La nuit vient, les chasseurs
ont quitté les halliers.
Femmes, il faut céder cette salle
aux guerriers.

CHOEUR
Voilà les étendards, les cuirasses, les armes!
Avec le jour finira le festin;
Le roi Gunther part aux feux du matin.
Nous l'attendrons ici sans pleurs et sans alarmes.
Victorieux, de gloire et d'or couvert,
Il reviendra, le brave roi Gunther

.
Voilà les étendards, les cuirasses, les armes!

(Le chœur sort)

Scène Seconde

(Uta arrête Hilda au moment où elle

allait sortir à la suite du chœur, et la
ramène vivement à l'avant-scène)

UTA
(à Hilda)
Je savais tout, j'avais lu dans ton cœur
Ton amour pour ce fier vainqueur
Tes tourments, ta misère,
Hilda, Sigurd ici bientôt viendra
Et d'un ardent amour bientôt il t'aimera!

HILDA
Dieux!

UTA
Les destins n'ont pas de secrets pour ta mère.


I
Je sais des secrets merveilleux
Jadis appris à nos aïeux
Par les esprits terribles;
Je sais des charmes redoutés
Soumettant à nos volontés
Les êtres invisibles.
J'ai conjuré l'esprit de l'air,
D'aller vers Sigurd au cœur fier
Et de lui porter la pensée
De venir au burg de Gunther.
Il vient, ô pauvre âme blessée,
Le fiancé que tu choisis!
O fleur par l'orage lassce,
Il vient, sèche tes pleurs, souris.

II
Par une belle nuit d'été,
La lune inondant de clarté
Les lacs bordés d'yeuses
En invoquant Freia  trois fois
J'ai cueilli dans l'ombre des bois
Des plantes merveilleuses.
 
Mon art en a su composer
Un philtre où Sigurd va puiser
Les feux d'une ardeur insensée
Qui pour Hilda va l'embraser.
Il vient, ô pauvre âme blessée,
Le fiancé que tu chosis!
O fleur par l’orage lassée,
Il vient, sèche tes pleurs. Souris.

(Fanfares, au dehors)

HILDA
Ah! je tremble!

UTA
Ecoutons.

CHOEUR
(au dehors)
Voilà le fier chasseur,
Voilà le roi Gunther

HILDA
(à Uta qui l’entraîne)
O ma mère, j’ai peur!
 
Scène Troisième

(Le Roi Gunther, Hagen, Un Barde, Rudiger,
Les Envoyés d’Attila, Suite de Gunther, etc.
Valets, portant des flambeaux. Marche.
On apporte des tables)


CHOEUR
Quand on court depuis le matin
Les forêts. Les monts et la plaine,
Il est doux de reprendre haleine
Assis auprès d’un gai festin!
Que les échos des salles hautes
Répètent un joyeux horrah.
Gloire à Gunther, gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés d’Attila!

(Gunther, prenant place sous un dais.
Rudiger et ses compaganons à sa droite
à la place d’honneur)


GUNTHER
J'aime à vir assis à ma table
Avec vous, mes guerriers,
ces chefs pleins de valeur
Envoya vers ma sœur,
Emplissez ma coupe profonde,
Versez l'hydromel à la ronde,
Amis, avec moi buvez tous!
Au roi des Huns, à ses guerriers,
à vous!

CHEOUR
Que les échos des salles hautes
Répètent un joyeux hurrah,
Gloire à Gunther, gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés d'Attila!

HAGEN
(Se levant)
Donnons encor ce soir aux fêtes ;
Pour de nouveaux combats,
nous partirons demain,
voyez à ces parois
briller nos armes prêtes.

CHOEUR
(à Gunther)
De quelles nouvelles conquêtes
Vas-tu nous montrer le chemin?

GUNTHER
A cette table à tous ouverte,
Est-il assis, ce barde aux cheveux blancs,
Que nous avons trouvé traînant ses pas errants,
Un soir, dans les sentiers de la forêt déserte?

CHOEUR
O vieillard, lève-toi
Et marche vers ton roi!

GUNTHER
Barde, prends ta harpe sonore
Et devant les guerriers assis à ce festin,
Au roi Gunther redis encore
Le chant de Brunhild, prisonnière d'Odin.

CHOEUR
Au roi Gunther redis encore
Le chant de Brunhild, prisonnière d'Odin.

BARDE
Il est une île sombre où le sol calciné
Cache des lacs de feu sous des plaines de neige,
Autour d'elle mugit l'Océan déchaîne,
De ses noirs touirbillons la tempête l'assiège.

GUNTHER
C'est là que je veux, mes amis,
Portant la lance et la framée,
Conquérir un trésor sans prix!

CHOEUR
Le froid, le feu, la vuit ni l'onde
N'arrêtent les cœurs généreux,
Nous te suivons au bout du monde,
roi valeureux.

BARDE
Odin, dieu farouche et sévère,
Odin, qui voit dans sa colère
Trembler le monde épouvanté,
Odin, de courroux transporté.
Un jour chassa du ciel une vierge guerrière
Qui, pour combattre sur la terre,
Avait osé quitter le séjour enchanté.

C'était Brunhild, la plus belle ;
Les larmes de ses sœurs intercédant pour elle,
N'ont pu fléchir le dieu cruel!
La Walkyrie est condamnée
A subir notre destinée
En entrant au lit d'un mortel.
 
Qu'un guerrier au cœur fier ses lève,
Qu'il marche hardi vers la grève
Où flamboie un château de feu!
Que brisant tes fers, ô déese!
Il conquière pour sa jeunesse
Une épouse digne d'un dieu.
 
Dans un palais aux murs de flamme
Gardé par un enchantement,
Brunehild, la charmante femme
Attend son époux en dormant.
Des esprits, des monstres terribles
Gardent les bords inaccessibles
Où l'on voit sa prison briller.
Un guerrier, brave entre les braves,
Doit délivrer de ses entraves
La jeune vierge et l'éveiller...
Qu'un guerrier au cœur fier se lève,
Qu'il marche hardi vers là grève
Où flamboie un château de feu!
Que brisant tes fers, ô déesse!
Il conquière pour sa jeunesse
Une épouse digne d'un dieu.

GUNTHER
Je franchirai demain ton gouffre,
ô mer profonde!

CHOEUR
Le froid, le feu, la vuit ni l'onde
N'arrêtent les cœurs généreux,
Nous te suivons au bout du monde,
roi valeureux.

RUDIGER, COMPANGNONS
(se levant)
Prince du Rhin, nous partons dès l'aurore
Et nous devons prendre congé de toi,
Fais cependant que nous puissions encore
Dire à ta sœur les vœux de notre roi.

(Gunther fait une geste, des valets
sortent et emportent les tables)


GUNTHER
Que votre désir s'accomplisse,
Il ne dépendra pas de moi qu'Hilda
Ne sente dans son cœur sa fierté qui fléchisse
Et ne monte joyeuse au trône d'Atilla!!

Scène Quatrième

(Les mêmes, Hilda, Uta, suivantes)

CHOEUR

Salut, salut, à la belle!
Un lys à l'aurore nouvelle
Est moins gracieux et moins pur,
Ses cheveux sont d'or; demi closes,
Ses lèvres sont de jeunes roses
Et ses yeux bleus des fleurs d'azur!

(Rudiger et ses compagnons

fléchissent le genou devan Hilda)

RUDIGER
Le chef des Huns par notre voix,
Belle Hilda, vous implore encore ;
Son empire s'étend des Alps au Bosphore
Et le mond romain vit tremblant sous ses lois.

IRNFRIT
S'il vous plaît d'avoir pour couronne
Le diadème brillant
De l'empereur d'Orient,
Le fier Attila vous le donne!

RUDIGER
Si vous voulez, sur vos hatibs,
Sur vos voiles, ô jeune reine,
Semer les perles, les rubis,
De trésors Rome est encor pleine.

RUDIGER, IRNFRIT
Attila peut pour vous
O beauté sans seconde,
Mettre, en dépouillant le vieux monde,
tous ses trésors à vos genoux.

(Hilda s'avance et va parler, puis, par un
mouvement de pudeur, elle se tourne
vers son frère et se jette
dans ses bras)


GUNTHER
J'aurais voulu qu'Hilda reconnaissante et fière
Eût partagé la fortune guerrière
D'un chef illustre, entre tous redouté,
Il lui plaît de rester vierge
au burg de son frère,
Son vœu doit être respecté.
Emplissez ma coupe profonde,
Versez l'hydromel à la ronde,
Amis, avec moi buvez tous,
Au roi des Huns, à ses guerriers, à vous!

CHOEUR
Que les échos des salles hautes
Répètent un joyeux hurrah,
Fêtons Gunther , fêtons ses hôtes,
Gloire aux envoyés d'Atilla.

(Appel de trompettes. Hagen sort)

LE DEMI-CHOEUR
Le son belliqueux des trompettes
Au pied des murs a retenti!
Quel homme est assez hardi
Pour oser troubler nos fêtes?

HAGEN
(rentant)
Un guerrier, à l'air noble et fier,
Couvert d'une armure éclatante,
Vient vers le vaillant roi Gunther.

HILDA
(à part)
Dieux!

GUNTHER
Devant moi qu'il se présente,
 
Scène Cinquième

(Gunther est devant son trône, sous un
dais avec Hilda à ses côtés, tous ses
guerriers l'entourent, Sigurd entre tout
armé. Appel des trompettes)


SIGURD
Prince du Rhin, au pays de mon père,
Le récit me fut fait qu'à Worms auprès de toi
Sont réunis les meilleurs gens de guerre
Qui jamais servirent un roi!
Je viens te défier, Gunther, et me soumettre
Le comaine opulent don’t le ciel
t'a fait maître,
Car tu veux comme moi, conquérir la beauté
Qu'Odin tient prisonnière en un burg enchanté.

CHOEUR
(entourant Gunther, l'épée haute)
Il faut châtier tant d'audace,
Il faut qu'il meure à cette place,
L'insorlent qui vient jusqu'ici,
Gunther, te féfier ainsi!

GUNTHER
Qui donc es-tu, toi qui m'oses braver,
Avec ces paroles hardles?

CHOEUR
Es-tu digne de voir celui que tu défies
Pour te combattre se lever?

SIGURD
O nobles guerriers, votre épée
D'un sang plus pur ne peut être trempée,
Si vous voulez savoir ma patrie et mon nom,
Je suis Sigurd,
fils du roi Sigemon.

Ensemble

HILDA
Sigurd, le héros invincible
Apparaît encore à mes yeux,
Brillant de la beauté des dieux.
En le voyant calme, insensible,
Je sens défaillir mes esprits,
D'amour et d'effroi je frémis!

GUNTHER, CHOEUR
Sigurd, le héros invincible
Au bras toujours victorieux,
Qui sort de la race des dieux,
Sigurd qui va, calme et terrible,
Moissonnant comme des épis
Les chefs courageux et hardis!

GUNTHER
O fils de Sigemon, Sigurd, chef plein de gloire,
Je n'ai jamais connu la feinte ni la peur,
Mais ton nom est vivant au fond de ma mémoire
Et je veux sans combat te proclamer vainqueur.
O fils de Sigemon, Sigurd, mon héritage
fut un jour au pouvoir d'ennemis inhumains,
Tu secourus alors mon impuissant courage
Et délivras ma sœur captive entre leurs mains.
O fils de Sigemon,
Sigurd, mon noble frèr,
De mes biens, de mon or, je t'offre la moitié,
Auprès de moi prends place
au trône de mon père,
Echangeons un serment d'immortelle amitié!

SIGURD
Je le veux, jurons-nous une amitié sincère.

CHOEUR
Jurez, jurez!

SIGURD, GUNTHER
Nous nous promettons devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Une amitié fidèle et pure,
Je suis à toi, mon frère, et jure
Devant le ciel, devant mes armes, devant tous.

CHOEUR
Ils se promettent devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Une amitié fidèle et pure,
Ils sont amis, et chacun d'eux le jure
Devant le ciel, devant ses armes, devant tous.

HILDA
(à Sigurd, s'approchant une coupe à la
main, suivie de Uta portant une
amphore)

Celle à qui tu sauvas et l'honneur et la vie,
O chef, toujours vainqueur,
Vient, de ses mains, t'offrir cette liqueur,
Sceller la coupe en main le serment qui vous lie!

CHOEUR
Sceller la coupe en main le serment qui vous lie!

GUNTHER
A la ronde, versez l'hydromel parfumé,
Il faut boire à notre hôte aimé.

(Hilda a pris des mains de Uta la coupe
qu'elle a offerte à Sigurd.
Cependant tous les guerriers, la coupe
d'une main, le glaive de l'autre, entourent
Gunther et Sigurd qui, choquant leur
coupe et tendant leurs épées,
ronouvellent leur serment)


RUDIGER
(offrant un bracelet à Hilda)
Avant que nous quittons à jamais ce rivage,
De l'amour d'Attila daignez prendre ce gage ;
S'il le reçoit de vous par quelque messager,
Il vientra vous défendre
ou sinon vous venger.

(Hilda prend le braclet des mans
de Rudiger et l'attache à son bras avec
l'aide d'Uta)


SIGURD
(après avoir vidé la coupe)
Dieux! quel trouble nouveau s'empare
De mon cœur agité,
Ma raison chancelle et s'égare
A l'aspect de cette beauté ;
C'est comme un charme qui m'enchate,
Je vois
Tant d'attriats, de grâce touchante
Pour la première fois.

GUNTHER
Sans fausser le serment d'amitié qui nous lie,
Je veux te disputer le radieux réveil
De la vierge qui dort d'un magique sommeil.

SIGURD
(à Gunther)
Pour conquiér la Walkyrie,
Et briser ses liens, ô roi, si tu le veux,
Dans les mêmes périls
nous combattrons tous deux.
Mais au retour dans ta patrie,
Au sang que près de toi, frère, je verserai,
tu donneras le prix que je réclamerai.

GUNTHER
J'en fais serment d'un cœur sincère,
Et la main dans la main.

SIGURD
Pour conquérir Brunhild la guerrière,
Nous partirons demain.

SIGURD, GUNTHER
Nous nous promettons devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Un amitié fidèle et pure.
Je suis à toi, mon frère, et jure
Devant le ciel, devant mes armes, devant tous.

CHOEUR
Ils se promettent devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Une amitié fidèle et pure.
Ils sont amis et chacun d'eux le jure
Devant le ciel, devant ses armes, devant tous.

(Tous les chefs entourent Sigurd et
Gunther, l'épee haute)

 
 
 
ACTE  DEUXIEME


(Islande)

Premier Tableau

(Un forêt sacré au bord de la mer. Sous un
énorme tilleul consacré à Freia, s'élève un
autel où se célèbre un sacrifice)

Scène Première

(Le Grand-Prêtre d'Odin, Choeur des Prêtres,
Choeur du Peuple. Le grand-prêtre célèbre un

sacrifice, d'autres prêtres l'entourent et prient
avec lui. Le peuple est prosterné autour d'eux)

PRÊTRES
Dieux terribles qui vous plaisez
Dans les nuages embrasés,

PEUPLE
Qu'en vos mains dorme le tonnerre.

PRÊTRES
Dieux farouches don’t les autels
Sont rougis du sang des mortels,

PEUPLE
Laissez fléchir votre colère.

LES PRÊTRES
Dieux cruels qui volez la nuit
Dans un char par la mort conduit,

PEUPLE
Détournez vos yeux de la terre.

GRAND PRÊTRE
Et toi, Freia, déese de l'amour,
Belle épouse d'Odin qui partages son trône,
Des vierges au lever du jour
Ont pour toi, de leurs mains,
tressé cette couronne.
Déesse charmante, reçois
Cette offrande avec un sourire!
Par toi, tout aime et tout respire,
Freia, qui pour miroir prends les lacs
de ces bois.

(Reprise du chœur du
peuple et des prêtres)

Scène Deuxième

SIGURD, GUNTHER, HAGEN
(au dehors)
O Brunhild, ô vierge armée,
Dans un burg de flamme enfermée,
Vers toi, par ce sombre chemin,
Nous marchons le glaive à la main.

(Ils entrent)

GRAND-PRÊTRE
Quels profanes, au fond de ces antres sauvages
Portent leurs pas audacieux?

LE PEUPLE
Bravant notre courroux
et celui de nos dieux,
Quels étrangers ont franchi ces rivages?

SIGURD, GUNTHER, HAGEN
Nous sommes trois guerriers nés
aux pays dy Rhin.
Nous venons conquérir la velle Walkyrie
Qui, dans son palais endormie,
Attend l'époux que lui promit Odin.

PRÊTRES, PEUPLE
Tremblez! Les esprits invisibles
Vont sortir, menaçants, terribles,
Des arbres, des rochers et des lacs de ces bois.
Tremblez! C'est à la mort que
vous marchez tous trois.

GRAND PRÊTRE
Des champs sacrés voilà les bornes
Ceux par qui ces dolmens déjà furent franchis,
Ont semé ces déserts mornes
De leurs os blanchis.

PRÊTRES, LE PEUPLE
Tremblez! Les esprits invisible…

HAGEN, SIGURD, GUNTHER
(s'avançant toujours)
O Brunhild, ô vierge armée…

GRAND PRÊTRE
Eh bien! puisque ici-bas rien ne peut vous
soustaire aux arrêts du destin,
Guerriers qu'anime un espoir téméraire,
Ecoutez les décrets d'Odin!

PRÊTRES, PEUPLE
Ecoutez d'un Dieu terrible
L'arrêt inflexible!

(Tous se prosternent. Les trois

guerriers s'inclinent. Le tonnerre
gronde dans le lointain)

GRAND-PRÊTRE
Un seul de Brunhild rompra l'enchantement.
Un seul peut éveiller la déesse exilé,
Sonnant le cor sacré
dans la sombre vallée,
Un seul, héros au cœur de diamant,
Des esprits infernaux vaincra
la troupe ailée.
Et celui-là plus pur que l'aube d'un beau jour,
vierge de corps et d'âme,
N'aura jamais subi le joug d'aucune femme,
Ni murmuré jamais des paroles d'amour.

PRÊTRES, PEUPLE
Vous savez d'un Dieu terrible
L'arrêt inflexible.

SIGURD
Prêtres, apportez-nous le cor sacré d'Odin,
Un de nous vers le burg
va se mettre en chemin!

(Les prêtres et le peuple

disparaissent parmi les arbres)
 
Scène Troisième

(Sigurd, Gunther & Hagen)

GUNTHER
Lequel de nous va tenter l'aventure?

HAGEN
Qui de nous restera
dans la forêt obscure?

SIGURD
Moi!

HAGEN
Les dieux sont armés
d'inexorables traits.
Que peut contre eux
notre faiblesse!

SIGURD
(à Gunther)
Quand Brunhild sera dans ton palais,
Souviens-toi seulement, Gunther, de ta
promesse et des serments que tu m'as faits.
J'ai fiancée inconnue
Que sur mon cœur devait régner,
Et jamais un mot de ma boche
N'offensa sa fierté farouche ;
C'est moi qu'en ses décrets Odin veut désigner.

HAGEN
(à Gunther)
Celui qui, parvenu près de la Walkyrie
Rendra la déese à la vie,
Deviendra pour jamais son maître, son époux.

GUNTHER
(s'élançant)
Adieu donc, les périls,
je veux les braver tous!

SIGURD
(l'arrêtant)
Un autre amour m'a pris mon âme toute entière,
Brunhild ne me verra pas.
Sous ton casque d'airain, sans lever la visière,
Je la conduirai dans tes bras!

(Mouvement de Gunther)


Par mon amour! mon frère, je te jure,
De te l'amener vierge et pure!

CHOEUR
Toi qui du sein des nuages
Fais dans les orages
Briller ton courroux!
Puissant Odin, Dieu sévère.
Le ciel et la terre
Sont à tes genoux!

HAGEN
(pendant que le roi et Sigurd font
l'échange de leurs casques)

Déjà descend vers nous la blanche théorie,
Elle s'avance
au bruit des chants religieux,
Elle vient apporter le cor mystérieux,
A qui veut délivrer la bell Walkyrie!

SIGURD
Amis, recevez mes adieux.
   
Scène Quatrième

(Les mêmes, Les Prêtres, le Peuple, Le

Grand-Prêtre, apportant le cor sacré)

CHOEUR
Toi qui du sein des nuages,
Fais dans les orages
Briller ton courroux!
Puissant Odin, Dieu sévère,
Le ciel et la terre
Sont à tes genoux!
Dieu qui donne la victoire
Souris dans ta gloire,
A ce guerrier fort
Qui vient, quittant sa patrie,
Pour la Valkyrie,
Affronter la mort!

GRAND-PRÊTRE
Lequel de vous, guerriers,
va marcher plein d'audace Vers le palais de feu?

SIGURD
(ayant sur la tête le casque du roi)
Moi!

GRAND-PRÊTRE
Prends ce cor sacré,
présent de notre Dieu,
Si l'épouvante ne te glace,
Alors qu'autour de toi les esprits vont rugir,
Sonne trois fois ce cor sonore,
D'un lac don’t la flamme dévore,
A ton troisième appel
le palais va surgur.

SIGURD
(prenant le cor)
Donne.

GRAND-PRÊTRE
(à Gunther et à Hagen)
Sur vos vaisseaux, vous, quittez cette rive
Si ce guerrier délivre la captive,
Par les esprits vaincus, jusqu'aux rives du Rhin,
Il sera ramené soudain,
Telle est des dieux la volonté terrible!

HAGEN, GUNTHER
(à Sigurd)
Puisse s'ouvrir pour toi le burg inaccessible!
Puisses-tu triompher des colères d'un Dieu!

GUNTHER
Puisses-tu revenir près de Gunther!

SIGURD
Adieu.

CHOEUR
Toi qui des nuages
Fais dans les orages
briller ton courroux
Puissant Odin, dieu sévère,
Le ciel et la terre
Sont à tes genoux.

(Pendant qui le rideau es baissé, on continue

à entendre le chœur qui s'éloigne. Quand le
rideau se relève, Sigurd est seul)
 
Deuxième Tableaux

(en se relevant, le rideau laisse voir le
Folkranger ou champ des morts. C'est une
plaine lugubre coupée et là par des doimens
et autres pierres druidiques. Au fond, un lac
bordé d'arbres funèbres)

Scène Première

(Sigurd)

SIGURD
(seul)
Le bruit des chants s'étient
dans la forêt immense,
Sous les tilleuls sacrés tout est ombre et siilence,
Et je me sens au cœur l'audace d'un héros!
Pourquoi tarder?…
Que le combat commence!
O cor de ces bois noirs
éveille les échos!
Non! si ma force et mon courage
Succombent dans l'effort,
Si la mort
M'attend dans cette île sauvage,
Esprits gardiens de ces lieux vénérés,
sachez quel nom, redit par votre bouche,
M'éveillera sur ma funèbre couche,
Lorsque j'y dormirai.
Hilda, vierge au pâle sourire,
Jeune lys tremblant sous ses fleurs,
C'est ton doux nom que viendra dire
Sur ma tombe la nuit en pleurs!  
Mais non! point de triste présage,
Mon amour doublera ma force et mon courage,
Elfs, Kobolds, esprits, paraissez tous,
Je viens à vous!

(Il sonne du cor)
 
Scène Deuxième

(Le ciel s'obscurcit, le tonnerre gronde, le vent
fait entendre parmi les arbres des gémissement
sinistres. Trois femmes se montrent au bord du
lac. Elles lavent un vêtement blanc et semblent
se gâter à l'ouvrage)


SIGURD
(aux trois lavandières)
Pourquoi vos yeux sont-ils remplis de larmes,
Jenues filles?
Pourquoi ces vêtements de deuil?
Que lavez-voux à cette onde?

(Les trois nornes se dressent devant Sigurd

et lui font signe que c'est un linceul lavent)

Un linceul!
Pour qui? Parlez!

(Les trois nornes indiquent à Sigurd que
ce linceul lui est destiné)


Pour moi?

(Les trois normes disparaissent dans le lac)


Point de lâches alarmes,
Fantômes qui venez au-devant de mes pas
Vos présages de mort ne m'arrêteront pas!

(Il se prépare à sonner pour la deuxième fois

le cor sacré. À la lueur des éclairs, des
Walkyries armées appaissent de tous côtés et
cherchent à le lui arracher. Sigurd lutte
vaillamment contre elles. Des Kobolds viennent
à leur tour assaillir le héros)

Je vous vaincrai, peuple sans nombre
Des fils de l'ombre.

(Une nué de fantômes et de lutins de tout
sorte se joint aux Walkyries et aux Kobolds
et tourbillonne autour de Sigurd. L'épée à la

main et appuyé contre un rocher)

Arrière, Kobolds, noirs esprits,
Pour le seconde fois, cor sacré, retentis!

(Il sonne du cor)

Scène Troisième

(Le lac paraît baigné pur une clarté plus douce.
Les Walkyries et les Kobolds se sont écartés.
Des Nixes sortent lentement du lac et des
roseaux, pendant que les Elfes viennent des
bois. Elles cherchant, en enlaçant Sigurd dans
leurs bras, à l'entraîner dans leur danses
voluptueuses, à le conduire vers les rochers
pour le précipiter dans le lac. Sigurd résiste.
Une Elfe dérobe le cor et s'enfuit)


SIGURD
(s'arrachant aux Elfes et aux Nixes)
Non, sur moi, comme l'épouvante,
La volupté doit rester impuissante!

(Sigurd cherche à reconquérir le cor d'Odin,

le tonnerre gronde de nouveau, les éclairs
flamboient, les Walkyries, les Kobolds
accourus entourent l'Elfe, cherchant à
écarter Sigurd. Le nuée de fantômes
tourbillonne de nouveau autour du héros,
Sigurd cependant se fraie un passage parmi
les glaives des Walkyries qui se brisent sur
sa poitrine et arrache à l'Elfe le cor sacré)


Retentis dans ces sombres bois,
O cor sacré, pour la troisième fois!

(Les éclats du tonnerre, les sifflements de la

tempête recommencent avec furie. Les trois
Nornes sortent du lac et s'avancent vers
Sigurd. Elles lui montrent le lac qui bouillonne
et bientôt se change en une fournaise ardente

du milieu de laquelle s'élève un palais de feu.
Sigurd, conduit par les trois Nornes au milieu

des Walkyries, des Kobolds, des Elfes qui le
menacent, se dirige vers le lac enflammé, des
montres sortent du lac et marchent vers Sigurd)

Hilda, le lac flamboie et mon cœur bat
De joie
Au combat!

(Au milieu du fracas des éléments, le
Burg grandit de plus en plus et remplit
bientôt tout le théâtre. Sur un signe des

trois Nornes, la muraille s'écroule et
laisse voir une salle du palais magique)
 
Troisieme Tableau

(Une salle d'un palais enchanté)

Scène Unique

SIGURD
(l'épée à la main, conduit par les trois nornes)
Je suis vainqueur! La voilà, c'est elle!
Puissances du ciel, qu'elle est belle!
Quel sourire charmant pare sa lèvre en fleur!
Elle ne verra pas mon visage, et du roi
La noble loyauté ne sers pas trompée,
Et maintenant sous mon épée,
O Brunhild, éveille-toi.

(Il abaisse la visière de son casque)

BRUNHILD
(séveillant. Sigurd se tient

immoble, la visière baissée)
Salut, splendeur du jour,
salut, astre au front pur,
Qui de tes rayons d'or sèmes l'immense azur.
Dieux, abaissez sur nous des regards favorables,
Aux douleurs des humans
montre-vous secourables!
Salut, terre!
Salut, nourrice au sein fécond,
Qui fais croître pour nous
l'épi du froment blond!
Dieux! Que votre bonté nous donne en sa largesse
La force, la raison, le savoir, la sagesse.
 
Mais quel guerrier vaillant et fort,
Bravant pour moi l'affreuse mort,
A, par le pouvoir de ses armes,
De ma prison rompu les charmes?


(à Sigurd)

O mon sauveur silencieux,
La Walkyrie est ta conquête,
Et ne crains pas qu'elle regrette,
Près de toi, le palais des cieux.
 
Les esprits déployant leurs ailes
Vont vers les dermeures mortelles
Bientôt m'emporter avec toi.
Guerrier, prends place auprès de moi.
Brunhild encor vierge et pure,
Pour toi dénouant sa ceinture,
Te la donne en gage d'amour.
À ton foyer, paisible, assise,
Elle vivra fière et soumise,
En t'aimant jusqu'au dernier jour.

(S'endormant dans les bras de Sigurd)


La Walkyrie est ta conquête…

(Elle retombe endormie sur le lit)

SIGURD
(revelant la visière de son casque)
O Gunther!
Mon ami, mon frère,
Tu n'auras pas en vain compté
Sur ma force et ma loyauté!

(Plaçant son épée nue entre Brunhilde et lui)


Glaive, sépare-moi de la vierge guerrière!
Perce mon cœur, ô noble fer,
Si, m'éntendant sur cette couche,
À ce voile sacré je touche.

(Il se place près de Brunhild)

Et vous que j'ai vaincus, Kobolds,
esprits de l'air,
Portez-nous au burg de Gunther!
 
Quartième Tableau

(Aussitôt le palais magique s'engloutit dans
le lac, et le lit qui porte Sigurd et Brunhild,
transformé en nacelle de cristal, flotte à sa

surface, traîné par les trois Nornes changées
en cygnes. Le paysage a perdu sa teinte lugubre,
il est maintenant éclairé par une douce lumière
féerique, les Nixes, les Elfes et les Kobolds
dansant gaiement sur les gazons)
 
 
 
 
ACTE  TROISIEME


(Worms)

Premier Tableau

(Un jardin du burg de Gunther)

Scène Première

(Uta, Hilda)

CHOEUR INVISIBLE
À la voix des esprits de l'air…
O roi, viens dans ce jardin sombre,
Sigurd t'attend ici dans l'ombre!
Sors de ta couche, ô roi Gunther!

(Uta et Hilda paraissent se glissant
avec précaution parmi les arbres)

UTA
Viens, Hilda... ce n'est point une illusion vaine,
Suis-moi... J'entends dans les airs endormis,
Pareils au bruit léger d'un ruisseau sur l'arène,
Les frémissements sourds
des ailes des esprits!
Ne tremble pas, il faut connaître
Quel office mystérieux
Viennent remplir ici ces messagers des dieux,
Dont mon savoir est aussi maître!

HILDA
Je me sens frémir malgré moi
D'une terreur mortelle.
Je veux marcher, je chancelle,
Demi-morte d'effroi.

UTA
Un guerrier vient sous l'épaisse ramure...

HILDA
Gunther!.. Le roi!

UTA, HILDA
Cache-nous, nuit obscure!

CHOEUR INVISIBLE
À la voix des esprits de l'air...
O roi, viens dans ce jardin sombre.
Sigurd t'attend ici dans l'ombre!
Sors de ta couche, ô roi Gunther!
 
Scène Deuxième

(Gunther, puis Sigurd et Brunhild)

GUNTHER
Suis-je donc le jouet d'un rêve?
Non! de confuses voix, m'arrachant au sommeil,
Ont murmuré mon nom!…

(L'aube commence à poindre)

Portant le jour vermeil
À peine à l'Orient se lève…

(Le jour augmente. Burnhild apparaît au
fond du théâtre, endormie. Sigurd debout
à ses côtés)


Grands Dieux!…Sous l'arbi du bouleau,
Dans la clarté de l'aube pâle,
Veillant sur Brunhild, la beauté sans égale,
Sigurd m'est apparu dans le matin nouveau

SIGURD
(descendant vers le roi)
Oui, Sigurd est vainqueur! Gunther!
prends ton armure,
Sitôt que le soleil luira sous la ramure,
Ta belle fiancée, ô roi,
Va s'éveiller et descendre vers toi!
Sous ces ombrages frais de hêtres
et de charmes,
Les esprits vont encor la garder jusqu'au jour…
Le jour veny, te couvrant de tes armes,
Parais…et hardiment réclame son amour!…
J'ai, roi Gunther, gardé la foi jurée,
Songe à tenir aussi ta promesse sacrée,
Quand je vientrai te réclamer le prix
À mes exploits promis!

(Il sort)

Scène Troisième

(Gunther, Brunhild, endormie)

GUNTHER
La voilà donc, la déesse exilée,
Que dans mon cœur dès longtemps j'adorais!
Les dieux jaloux, en vain, dans leurs décrets,
Pour vaincre les démons,
les Elfes, troupe ailée,
Ont désigné Sigurd!…
Brunhild est à moi,
Mes guerriers la verront aux côtés de leur roi.

CHEUR INVISIBLE
Notre tâche est remplie
Le jour luit au ciel bleu,
Toi qui fus Walkyrie,
Adieu!

BRUNHILD
(s'éveillant entre les buissons en fleurs
dans le premier rayon du soleil)

Où me conduit ma destinée?
Et sur quels bords inconnus amenée
Vois-je naître du jour les premières clartés?
D'où vient que mon époux
n'est plus à mes côtés?

CHOEUR
(invisible, se perdant dans l'éloignement)
Notre tâche est remplie,
Le jour lui au ciel bleu,
Toi qui fus Walkyrie,
Adieu!

GUNTHER
(il s'élance vers Brunhild)
Ces bords que vous foulez, reine,
sont votre empire ;
Ces plaines, ces vallons,
ces forêts sont à vous…
Ce vieux burg créneté,
qui dans le Rhin se mire,
Est la palais de votre époux.

BRUNHILD
Cet époux, quel est-il?

GUNTHER
Un guerrier qui vous aime!…

BRUNHILD
Pourquoi ne vient-il pas me conduire lui-même,
Au banquet nuptial
qu'on va dresser pour moi?…

GUNTHER
Cleui qui te ceindra bientôt le diadème,
Brunhild, est à tes genoux…

(Mouvement de Brunhild)

BRUNHILD
(avec doute)
Vêtu de fer, la visière baissée,
C'est toi que vins dans mon palais brûlant,
Toucher mon front
de ton glaive sanglant?
Des noirs esprits la foule terrassée,
C'est toi qui vins, voilé, silencieux,
Comme l'époux que m'ont promis les dieux?

GUNTHER
Vêtu de fer, la visière baissée,
C'est moi que vins dans mon palais brûlant,
Toucher mon front de ton glaive sanglant…
Des noirs esprits la foule terrassée,
C'est toi qui vins, voilé, silencieux,
Comme l'époux que m'ont promis les dieux!

BRUNHILD
Qui donc es-tu, toi qui donnais ta vie
Pour délivrer la Walkyrie?

GUNTHER
Je suis Gunther, Roi des Burgondes,
Prince du Rhin,
Sur les campagnes fécondes,
Que le grand fleuve germain
Baigne de ses eaux profondes,
Tout est soumis à mon secptre d'airain!
Je suis Gunther, Roi des Burgondes,
Prince du Rhin!…

BRUNHILD
Je suis à toi, Gunther, mon époux et mon maître,
Vaillant roi de ce beau pays.
Énchangeons nos serments
entre les mains du prêtre.
Et qui les dieux soient obéis.

GUNTHER
O Brunhild, jamais vierge plus désirée,
N'a d'un époux franchi le seuil joyeux,
Jamais auprès d'une femme adorée
Guerrier ne fut plus radieux!

BRUNHILD
Je suis à toi, Gunther, mon époux et mon maître,
Vaillant roi de ce beau pays.
Énchangeons nos serments
entre les mains du prêtre.
Et qui les dieux soient obéis.

GUNTHER

(Für sich)
Elle est à moi! Je suis l'"epoux, je suis le maître,
D'un trésor qu'un autre a conquis,
Que bientôt nos serments
soient bénis par le prêtre,
tout appartient aux cœurs hardis!

(Ils sortent)
 
Scène Quatrième


(Hilda, Uta, reparaissanr à droite)

HILDA

Il m'aime!.. il m'aime!.. ô ma mère!
Des esprits, des monstres vainqueur,
Il a, pour obtenir mon cœur,
Livré Brunehild à mon frère...
Ma mère... il m'aime!.. ô soleil radieux,
Quelle douce clarté, tu nous verses des cieux!..

UTA

Garde bien le secret terrible
Que nous avons surpris...
Car un pressentiment horrible
A frappé mes esprits.
Je vois devant nous un grand fleuve,
Où le sang coule à flots...
La terre de ses guerriers veuve,
Retentit de sanglots!..

(Elles disparaissent. Le théâtre change)
 
Deuxieme Tableau

(Une large terrasse devant le château de
 
Gunther. À droite, le château avec une porte  
laquelle on arrive par plusieurs marches. À  
gauche, des habitations de paysans et de  
grands arbres. An fond, le Rhin)

Scène Première

(Sentinelles aux portes du château, Guerriers
endormis, Bûcherons, Mariniers se rendant à
l'ouvrage, Chasseurs passant l'épieu sur l'épaule,
pêcheurs chargés de filets, femmes, enfants,
 
avec des faucilles, des corbeilles, etc)

LE CHOEUR
Les premiers feux du matin
Ont doré les flots, du Rhin,
Sur la terre tout s'éveille,
Retournons à nos travaux ;
Sur les champs et sur les eaux
À lui l'aurore vermeille.
 
 
LABOUREURS
Allons charger nos chars
de nos blés jaunissants!

CHASSEURS
Allons au fond des bois
forcer les daims agiles!

MARINIERS
Allons guider sur l'eau la barque
aux larges flancs!

FEMMES
Allons cueillir les fruits
de nos vergers fertiles!..

SOLDATS
(s'éveillant)
Alerte, compagnons!..
le soleil est levé,
Le feu de veille expire... alerte!..

JEUNES FILLES, JEUNES GENS
(se disant adieu)

Au déclin du soleil, la labeur achevé,
Nous reviendrons ici danser sur l'herbe verte...

CHOEUR
Les premiers feux du matin
Ont doré les flots du Rhin,
Sur la terre tout s'éveille,
Retournons à nos travaux,
Sur les champs et sur les eaux
À lui l'aurore vermeille!..

(Ils se séparent, montent dans les
barques, se dirigent de différents côtés)
 
Scène Deuxième

(Hagen sort du château, suivi de guerriers
portant des clairons et des bannières. Il
 
s'arrête au seuil, entouré de son escorte.
Appel de clairons. Les laboureurs, mariners,
 
chasseurs, s'arrêtent et reviennent vers le  
château)

CHOEUR
Le clairon des hérauts sonne!…
Sachons ce qu'il nous ordonne…

HAGEN
Au nom du roi Gunther, peuple, je viens vers toi!
Des dieux maîtres du ciel la bonté souveraine
Donne la Walkyrie à l'amour de ton roi,
Et Brunhild va devenir ta reine,
Semez ces bords de joncs et de rameaux fleuris!
Bientôt apparaîtra la pompe nuptiale…
De Brunhild suivons la marche triomphale,
Peuple, fais retenir les airs de joyeux cris!…

CHOEUR
Semons ces bords de joncs et
de rameaux fleuris!
Bientôt apparaîtra la pompe nuptiale…
De Brunhild suivons la marche triomphale,
Nous ferons retenir les airs de joyeux cris!…

(Appel de clairons. Les hérauts restent

groupés à la porte du burg. Hagen descend
e se mêle à la foule)
 
Scène Troisième

(Une barque parée de fleurs et menée

par des prêtres paraît sur le Rhin)

HILDA

(suivie d'Uta, elle sort du château et

descend vers le chœur des femmes,
groupé sur l'avant-scène)

Mes sœurs, Brunehild va paraître
Et je viens au milieu de vous,
Saluer la beauté dont le roi notre maître,
Va devenir époux!

(Les jeunes filles se rangent autour d'Hilda. Le

cortège commence à sortir du palais. Marche.
Trois appels de clairons. Brunehild paraît,
conduite par le roi, elle est pensive et regarde

à peine autour d'elle)

CHOEUR

Soyez la bienvenue ici,
O reine Brunehild!

GUNTHER, BRUNEHILD
Merci!

(Gunther et Brunehild entourés de leur

cour prennent place sur un trône dressé
devant le burg)

GUERRIERS
(apportant leurs présents de noces)
Nous vous offrons, selon l'usage des Germains,
Ces chevaux, ces armes brillantes,
Il faut - tout est obscur
dans le sort des humains,
Qu'une reine ait des mains vaillantes!

HILDA ET LES FEMMES
(offrant à Brunehild de la laine et des fuseaux)
Recevez, ô reine charmante,
Cette quenouille, ces fuseaux,
Emblême des humbles travaux,
Chers à l'épouse diligente.

(Brunehild embrasse Hilda)

LABOUREURS
(à Brunehild)
Nous vous offrons ce blé semé par notre main,
Emblème des biens véritables...
Reine, auprès de l'épi qui nous donne le pain,
Tous les trésors sont méprisables!

CHOEUR
Soyez la bienvenue ici,
O reine Brunehild!

BRUNEHILD, GUNTHER
Merci!

HAGEN
Des jeux guerriers que le tournoi commence;
Devant le roi Gunther venez combattre ici;
Pour ce combat loyal armez-vous de la lance,
Et prenez le glaive aussi!


Ballet

(Après le ballet, une barque parée de
fleurs et menée par des prêtres paraît
sur le Rhin)


HAGEN
(à Gunther et à Brunhild)
La barque qui vous doit conduire à l'autre rive,
Sous les ombrages chers
à nos dieux vénérés,
Aux bords où vos serments vont être consacrés,
Par les prêtres menée, à cette grève arrive…

GUNTHER
(à Brunhild)
Te plaît-il de me suivre
au bois sacré d'Odin?

BRUNHILD
Oui, j'obéis aux dieux,
maîtres de mon destin!
 
Scène Quatrième

(Sigurd entre à cheval avec

une suite nombreuse)

SIGURD
Roi Gunther, digne fils des héros, tes aïeux,
Brunhild avec toi monte aux autels des dieux.
Confiant dans la foi jurée,
Sigurd vient réclamer la promesse sacrée
Que tu lui fis jadis pour ce jour glorieux!

GUNTHER
Vers nous c'est un dieu qui t'envoie ;
O fils de Sigemon, Sigurd, chef valeureux.

BRUNHILD
Ah, Sigurd!

GUNTHER
Prends ma droite, mon frère,
et l'objet de tes vœux,
Gunther te le donne avec joie.

SIGURD
Le présent qui te peut envers moi délier,
Un plus noble n'est pas aux mains
d'Odin lui-même.
C'est Hilda, c'est ta sœur que j'aime!
Hilda, qui des longtemps
a mon cœur tout entier.

GUNTHER
(à Hilda)
Sigurd te demande à ton frère,
Consens-tu, noble fille, à dégager ma foi
Envers ce chef?

HILDA
Adieu, mon frère, adieu, mon roi,
Hilda suivra Sigurd dans la paix, dans la guerre!

GUNTHER
O Brunhild, prends leurs deux mains
Et réunis-les dans la tienne.

HILDA, SIGURD
(s'énclinant)
Oui…que notre bonheur soit ton ouvrage,
ô reine!

BRUNHILD
Le ciel à vos amours donne d'heureux destins!

(En unissant leurs mains, elle rencontre
celle de Sigurd. Le tonnerre gronde)

 
(à part)


O Sigurd!
quel poison dans mes veines circule!

SIGURD
(à part)
O Brunhild!… Ta main me brûle!

HILDA
(à part)
Quel trouble d'eux s'est emparé?

UTA
Ciel! Le voile fatal s'est-il donc déchiré!

GUNTHER
La foundre au ciel serein
est un heureux présage.

(à Sigurd)


Prends la main que ma sœur
te livre comme un gage,
Et sur l'autre rive du Rhin,
Les ministres sacrés d'Odin
Vont célébrer un double mariage!...

UTA

(à part)
La mort plane sur notre tête.
O jour de sang! O déplorable fête!

CHOEUR

Frappons les airs joyeux
de hurrahs et de cris.
Voici marcher au Rhin la pompe nuptiale.
Chantons de Brunhild la beauté sans égale,
Chantons la fière Hilda don’t Sigurd est éspris.
Devant la marche triomphale,
Eveillez-vous, échos de l'air!
Gloire à Sigurd! Gloire à Gunther!

UTA
(au comble de l'épouvante, à part)
Ah! Je lis dans les cieux!
Leurs destins sont écrits!
Elle plane sur eux,
la mort sanglante et pâle.
Dieux sans pitié, frappez, je vous maudis!
Jetez-moi dans l'ombre infernale,
Armez-vous des traits de l'éclair.
Dieux maudits! Dieux au cœur de fer!

(Uta tombe évanouie et les barques
disparaissent. Le peuple resté sur la

rive agite des rameaux) 
 
 

ACTE  QUATRIEME


(Worms)

Premier Tableau

(Une terrasse du burg de Gunther. Le palais

à gauche. Un perron avec un large escalier
descend des appartements de la reine. Le
dessus du perron forme une sorte de voûte
ou portique. Une large prote donne accès
dans le palais. A droite, des arbres, une
fontaine. Au fond, un chemin. Forêts à
l'horizon.  La fin du jour)

Scène Première

(Les Femmes des Soldats de Gunther
puisent de l'eau à la fontaine. Des

servantes sortent du palais et viennent
y remplir aussi des vases qu'elle portent
sur leurs têtes)


FEMMES DES SOLDATS
Emplissons nos urnes profondes,
Au courant de ces fraîches ondes!…

SERVANTES
Dans nos urnes, allons chercher
L'eau pure, fille du rocher!…

(Les femmes se saluent et s'embrassent.
Les deuc chœurs se trouvent réunis
autour de la fontaine)


FEMMES
(aux servantes)
Pendant que la source jase
En emplissant chaque vase,
Imitons le flot jaseur...
Dites-nous quelques nouvelles,
Vous, les servantes fidèles
De Gunther, notre seigneur!

SERVANTES
Hélas! Tout le palais est rempli de tristesse!..
Les pleurs ont remplacé le rire et l'allégresse.
Un mal mystérieux, cruel, va consumant
La jeune Brunehild, la reine au front charmant!

LES FEMMES
Ni les lances, ni les piques
De ces voûtes magnifiques
Ne chassent le désespoir,
Et les humaines misères,
Plus souvent qu'en nos chaumières,
Dans les palais vont s'asseoir!

SERVANTES
Par de sombres tourments Brunehild écrasée,
Languit comme une fleur dont la tige est brisée.
Sans cesse, elle répand des pleurs silencieux,
Son front pâle est courbé
sous le courroux des dieux!

(Les femmes de Brunehild paraissent sur

la terrasse des appartements de la reine)

FEMMES

La voilà, languissante et se traînant à peine,
Elle vient en ce lieu.

SERVANTES
La voilà... respectons les douleurs de la reine,
Et disons-nous adieu!

(Pendant que Brunehild paraît et
descend lentement à l'avant-scène,
soutenue par ses femmes)


LES DEUX CHOEURS
Que notre tâche est légère!..
Nous passons sur cette terre,
Sans souffrir les maux de ceux
Que pourtant on nomme heureux!
Comme l'oiseau de la haie,
Qu'un peu de soleil égaie
Et qu'un grain de blé nourrit.
Le ciel nous garde, il mesure
La douleur et la froidure
Pour le faible et le petit!

(Les deux chœurs se séparent. Les femmes

des soldats descendent dans la vallée.
Les servantes rentrent dans le palais)
 
Scène Deuxième

(Brunhild, et ses Femmes)

BRUNHILD
Mes filles, menez-moi vers cette source pure
Qui court sous l'épaisse rameur…
Ah! que ne puis-je errer au sein des bois épais,
Sur les monts couronnés par la neige échatante!
La lumière me brûle… et l'ombre m'épouvante!
Où mon cœur éperdu trouvera-t-il la paix?

(Elle tombe accablée sur un banc de rocher.
Les femmes s'empressent autour d'elle)


Eh! Quoi? De ma vaine parure,
Vous voulez encor prendre soin.
Éloignez-vous, je ne veux pour témoin
De mes pleurs que cet antre
où l'eau pleure et murmure.

(Pendant que les femmes s'écartent
avec douleur et respect en rentrant
lentement dans le palais et laissant
Brunhild abîm"ee dans sa souffrance)


CHOEUR
(au dehors)
Que notre tâche est légère!…
Nous passons sur cette terre,
Sans souffrir les maux de ceux
Que pourtant on nomme heureux!
Comme l'oiseau de la haie,
Qu'un peu de soleil égaie
Et qu'un grain de blé nourrit.
Le ciel nous garde... il mesure
La douleur et la froidure
Pour le faible et le petit!

BRUNHILD
O palais radieux de la voûte étoilée!
O demeures du ciel don’t je suis exilée!
Astres qui nous versez
vos rayons purs et doux…
Je n'ose plus, hélas!
lever le front vers vous!…
Un trait inexorable
Brûle mon cœur blessé,
Son poison redoutable
Dans mes os s'est glissé.
Haltetante, égarée,
Je tends les bras vers toi…
Sigurd!… Honte mortelle!
Prends-moi, nuit éternelle!
O terre, engloutis-moi!…
Grand dieu, cruel témoin
du destin qui m'accable,
Détourne de mon front ton courroux redoutable!
Odin! je fus coupable en bravant ta défense,
Quand au combat, malgré toi je volai,
Quand je m'enfuis du ciel et m'armai de la lance
Pour secourir Sigurd
sous le nombre accablé:
Mais considère en ta justice,
Ma faute auprès de mon supplice...
Tu m'as, ô dieu cruel, livrée au roi Gunther,
En donnant à Sigurd mon âme tout entière,
Et tu déchires mon cœur fier,
Par les honteux tourments de l'amour adultère.
Pitié! lance sur moi
La foudre qui dévore.
Pitié! je suis déesse, et ne puis que par toi
Rentrer au néant que j'implore!
Vœux impuissants... hélas!
Le feu du ciel sur moi ne gronde pas!..
Un trait inexorable
Brûle mon cœur blessé.
Son poison redoutable
Dans mes os s'est glissé.
Haletante, égarée, de douleur enivrée,
Je tends les bras vers toi.
Sigurd!.. honte mortelle!
Prends-moi, nuit éternelle,
O terre, engloutis-moi!
 
Scène Tercera

(Hilda, sortant du palais, aperçoit Brunhild,
s'arrête un instant à la considérer avec une
défance jalouse, puis s'approche d'elle)


HILDA
Jeune reine, ma sœur, n'es-tu pas résignée
A vivre parmi nous?
Te verrons-nous toujours de tes larmes baignée?
La terre t'offre en vain
tous ses biens les plus doux,
Un trône… des trésors…

(avec intention)


Et l'amour d'un époux…

BRUNHILD
Hélas!

HILDA
Chasse, ma sœur, ta farouche tristesse.
Que le sourire, enfin, sur tes lèves renaisse.
Le soleil a déjà quitté le ciel d'azur!
Viens, allons dans la plaine,
Voir les jeux des guerriers…
Un chef hardi les mène ; C'est Sigurd!

(Mouvement de Brunhild)

HILDA
(à part)
Elle a frémi!

BRUNHILD
(se soulevant pour fuir)
Dieux puissants!… Je chancelle!

HILDA
(avec une colère contenue,

arrêtant Brunhild)
Au seul nom de Sigurd, la flamme malgré toi
Dans tes yeux mourants étincelle!…
Pourquoi donc ta main tremble-t-elle?
Pourquoi n'oses-tu plus lever les yeux sur moi?
Écoute… Il n'est plus temps de feindre.
Mon courroux…mon mépris sont
las de se contraindre,
Regarde ce tissu fait de soie et d'or pur.

BRUNHILD
Qui t'a fait ce présent?…

HILDA
C'est mon époux Sigurd.

BRUNHILD
(à part)
O trouble!… O lumière fatale!
C'est ma ceinture virginale.
De mes mains mon sauveur voilé
A pris ce tissu constellé…

HILDA
Oui, pour qu'enfin toute espérance
S'éteigne dans ton cœur jaloux,
Sache-le donc ; ta délivirance
Fut l'œuvre de Sigurd, de mon vaillant époux.
C'est lui qui traversant la muraille de flamme
A franchi le seuil redouté,
Pour changer la déesse en femme
Et l'esclavage en liberté.

BRUNEHILD
Le héros que les dieux ont choisi
pou mon maître,
Qui dérobant ses traits
sous le masque d'airain,
Vint m'éveiller le glaive en main,
Le héros que mes yeux n'ont pas su reconnaître,
Ce n'était pas Gunther?

HILDA
C'était le fier Sigurd!
Ce n'était pas Gunther!

BRUNHILD
Sigurd!… C'était Sigurd!
Brunhild encor vierge et pure,
Pour lui dénouant sa ceinture,
La remit en gage d'amour,
En jurant de l'aimer jusqu'a son dernier jour,
Mais alors c'est Sigurd que, tremblante, égarée,
J'ai reçu dans mes bras
et serré sur mon cœur.
Hélas! Je me souviens, à peine délivrée,
Je me suis endormie auprès de mon vainqueur,
Sigurd m'aime… en brisant ma chaîne,
Sigurd pensait peut-être à toi,
Mais la volonté souveraine
Pour jamais le liait à moi!

HILDA
Sigurd m'aime, en brisant ta chaîne,
En te livrant captive au roi,
Sigurd ne voulait, pauvre reine!
D'autre récompense qui moi!

BRUNEHILD
Dieu! à mes pieds la foudre tombe!
Sigurd est mon libérateur, Sigurd!..
et j'appatiens à Gunther l'imposteur!
Que ne puis-je à jamais m'endormir
dans la tombe!

HILDA
(avec hauteur)
O pâle Brunehild, ma sœur!
Oublie une amour dédaignée,
A l'amour du roi résignée
Cache les larmes de ton cœur!

BRUNEHILD
Sigurd t'a révélé ce secret redoutable?

HILDA
Dans un élan d'amour Sigurd m'a tout appris.

BRUNEHILD
Sigurd a pu remplir
ce pacte détestable?

HILDA
Il m'aime!
pour toute autre il n'a que du mépris!

BRUNEHILD
Non! quand j'unis vos mains
d'une horreur inconnue,
Comme moi Sigurd a tremblé!
Et l'éclair menaçant qui jaillit dans la nue
A brillé dans mon cœur troublé.

Sigurd m'aime... en brisant ma chaîne,
Sigurd pensait peut-être à toi,
Mais la volonté souveraine
Pour jamais le liait à moi!

HILDA
Sigurd m'aime, en brisant ta chaîne,
En te livrant captive au roi,
Sigurd ne voulait, pauvre reine!
D'autre récompense qui moi!

(La nuit vient)

HILDA
(effrayée)
Tu portes haut l'orgueil d'un amour adultère!

BRUNEHILD
C'est en me livrant à ton frère,
Que j'ai commis le crime indigne de pardon...
Mes larmes ont pourtant touché le ciel sévère,
Dans l'abîme où je suis,
descend comme un rayon!

HILDA
(furieuse)
Sigurd ne t'aime pas, tu mens!..

BRUNEHILD
(avec beaucoup de noblesse)
Par quel poison
As-tu donc du héros égaré la raison?
Tu pâlis à ton tour... et la honte t'accable!
Pleure sur ton amour coupable!
Pleure sur nous que le ciel doit punir,
Ceux qu'ont unis les dieux,
qui peut les désunir?

HILDA
(terrifiée)
Ah! le froid de la peur s'infiltre dans mes veines!
Ciel! rendez ses menaces vaines!

Scène Quatrième

(Gunther, suivi d'Hagen, sort du palais avec
des valets portant des flambeaux. En voyant

les deux femmes, il s'avance vers elles)

HAGEN
Compagnons!… Parmi les sentiers,
Faites briller les feux et battez les haltiers,
Gunther vont suit!…

(Les valets sortent)

BRUNHILD
Gunther, roi perfide et menteur,
Je foule aux peids ton diadème!
Sigurd est mon libérateur,
Les dieux me l'ont donné…je l'aime!
Tant qu'il vivra, je suis à lui!
Il faut qu'un de vous deux succombe,
Que Sigurd ou toi, dans la tombe,
Dorme avant que le jour ait lui!…

(Brunhild sort menaçante. Un chœur
de chasseurs passe au fond de la scène
avec des épieux et des torches)


HILDA, HAGEN
O terreur mortelle!

GUNTHER
O honte mortelle!

CHEOUR
La nuit sera belle!
Le roi Gunther chasse aux flambeaux!
Que de milliers d'astre nouveaux
La forêt joyeuse étincelle,
La nuit sera belle!
 
Scène Cinquième


HILDA
(se jetant aux peids de Gunther)
Ah! frappe-moi mon frère,
Lave dans mon sang ta colère,
J'ai dit à Brunhild, par la haine égarée,
Que Sigurd l'a comquise…
et qu'il l'a délivrée.

GUNTHER
Malheur sur vous! Malheur sur moi!

HAGEN
(à Hilda)
Allez par le sentier aux tentes de la plaine,
Obtenez de Sigurd qu'à son burg il vous mène…
Partez avant le jour… par les bois, les halliers,
Pressez le pas des cavaliers,
Le roi Gunther saura garder la reine!

(Hilda fait un geste d'adieu à Gunther et
sort à droite, conduite par Hagen)
 
Scène Sixième

GUNTHER
Mon orgueil m'a perdu!…
De quel front soutenir
Ton regard, déesse irritée?
O juste opprobre!… O honte méritée!
Mais que tarde-je
à me punir…

(Il porte la main à son épée)

HAGEN
(revenant et l'arrêtant)
Ce n'est pas toi qui dois mourir,
Sigurd garde mal sa parole!
Dans l'orgueil de son âme folle,
A ta sœur il a dévoilé
Le secret qu'elle a révélé!

(Mouvement de Gunther)


Sigurd est aimé de la reine!
Chaque nuit, son amour en ce lieu la ramène,
Les sombres profondeurs de ce bois ténébreux
N'ont pu le cacher à mes yeux.

(Mouvement de Gunther)


Sigurd va venir, voici l'heure.
Il te trahit… Il faut qu'il meure,
Garde ton serment révéré…
Ton serviteur n'a rien juré!

GUNTHER
A cette trahison crois-tu que je consente?
J'ai trop marché
déjà dans la route glissante,
Qui mène du mensonge aux plus lâches forfaits!

HAGEN
Il aime Brunehild, Gunther... et je le hais
Cet éternel vainqueur
à l'audace insolente!


(montrant la gauche)

Vois... une ombre a glissé
dans les brumes du soir
Gunther, viens sous l'abri de ce portique noir.


(Mettant l'épée à la main)

Sigurd paraît, et voici l'heure,
Il te trahit, il faut qu'il meure...
Garde ton serment révéré...
Ton serviteur n'a rien juré!

(Hagen entraîne Gunther à gauche, sous le

portique. La lune apparaissant derrière le
château éclaire vivement la fontaine et les
arbres qui l'entourent, tandis que le château
et le portique où les deux hommes se cachent
restent plongés dans la nuit)
 
Scène Septième

(Gunther et Hagen, cachés Sigurd)

SIGURD
Un souvenir poignant,
dans mon âme troublée,
Ma fait sentir son aiguillon de fer…
Je te revois toujours, ô déesse exilée,
Subissant dans les pleurs
l'amour du roi Gunther!…
O Brunhild, ô pauvre âme!
N'ai-je bravé l'horreur de ta prison de flamme,
Où du moins le sommeil fermait
tes yeux charmants,
Que pour te voir en proie à ces creuls tourments?
Ah! Quand pourrai-je, infortunée
Don’t mes cruelles mains ont fait la destinée,
voir sur ta lèvre éncore un sourire nouveau
Et t'entendre chanter, en tournant ton fuseau!
 
Scène Huitième

(Brunhild reparaît sur la terrasse et descend
vers Sigurd, elle a quitté sa parure de reine
et porte des fleurs dans son voile)


BRUNHILD
Sigurd! Les dieux dans leur clémence
Vers moi t'ont conduit par la main…

HAGEN
(à Gunther)
Vois!… Brunhild vers lui s'avance!

BRUNHILD
De tes tentes, Sigurd, je prenais le chemin!

(Sigurd recule avec un mouvement de
doute et de crainte devant Brunhild qui
marche vers lui)


Des présents de Gunther
je ne suis plus parée!
Je porte la verveine et la sauge pourprée
Qui brisen les enchantements.
Viens, Sigurd, que crains-tu?…
Viens où la lune éclaire
Et, mirant son front pâle en cette source claire,
Argente ses flots éclatants.

SIGURD
(hésitant)
Pourquoi me conduis-tu près

de cette fontaine, o Brunhild?

BRUNHILD
Sigurd, prends ces fleurs de verveine
Et livre-les au courant de ces flots,
En invoquant Odin, en murmurant ces mots ;

(Effeuillan des fleurs dans la fontaine)


Avec ces fleurs que l'eau traîne en courant,
Avec ces fleurs qui vont aux précipices,
Avec ces fleurs, terribles maléfices,
Tombez, roulez, fuyez dans le torrent!…

SIGURD
Quels magiques liens veux-tu donc que je brise?
Mon âme est-elle soumise
A l'ascendant des noirs esprits?…
Suis-je donc enchanté par un charme?…

BRUNHILD
Obéis!…

SIGURD, BRUNHILD
(Sigurd effeuille des fleurs dans la fontaine,
Brunhild dit l'invocations avec lui)

Avec ces fleurs que l'eau traîne en courant,
Avec ces fleurs qui vont aux précipices,
Avec ces fleurs, terribles maléfices,
Tombez, roulez, fuyez dans le torrent!…

SIGURD
O lumière soudaine,
Don’t l'éclat m'éblouit.
Je portais une chaîne.
Mais tout s'évanouit!
Brunhild, ô déesse,
O présent que les dieux
Ont fait à ma jeunesse, Je t'aime!…

(Gunther fait un mouvement pour se
précipiter vers Sigurd. Hagen l'arrête)


BRUNHILD
Justes cieux!
Un poignard a brillé dans l'ombre!…
Tout est piège en ce palais sombre…
Arme ta main, ô héros,
De ton glaive qui flamboie!

SIGURD
(obéissant)
Oui, ce glaive et Sigurd n'auront plus de repos
Qu'ils ne t'aient reconquis,
trésor qu'Odin m'envoie!

BRUNHILD
(s'inclinant devant Sigurd)
Maître que m'ont donné les dieux,
La Walkyrie est ta conquête,
Et ne crains pas qu'elle regrette
Près de toi les palais des cieux!…

SIGURD
O Brunhild! Le remords me déchire,
Et de bonheur pourtant
mon cœur à son empire!

BRUNHILD, SIGURD
Oublions les maux soufferts,
Pour nous les cieux sont ouverts,
Que nos âmes confondues,
Dans leur ivresse perdues,
Chantent l'hymne solennel
De leur amour éternel!

CHOEUR
(lointain)
La nuit sera belle!
Le roi Gunther chasse aux flambeaux,
Que de milliers d'astres nouveaux
La forêt joyeuse étincelle!

SIGURD
(à Brunhild)
Adieu! Sigurd va te reconquérir!…
Dans un loyal combat, que Gunther

 ou lui tombe!

(Il sort à gauche)

GUNTHER
(sortant du portique, à Hagen)
Frappe! A ce perfide, la tombe!

(Ils se précipitent sur les traces de Sigurd)

BRUNHILD
(reconnaissant le roi)
Gunther! Dieux! Sigurd va mourir!

(Elle s'appuie, chancelante, contre un rocher)
 
Scène Neuvième

(Brunhild tressaille et porte la main à

son cœur comme si elle avait été frappé. 

BRUNEHILD
(se redressant violemment)
Sigurd va mourir!

HILDA
(accourant au cri de Brunehild)
Duit puissant!

BRUNEHILD
Comme un loup altéré de sang,
Ton frère le poursuit dans l'ombre,
Guide-moi dans la forêt sombre,
Dévoilons de Gunther la lâche trahison.
Tu l'aimes... Comme moi tu veux le sauver.

HILDA
Non!
Plutôt que le voir au bras de ma rivale,
Je veux qu'au sein de la nuit infernale
Descende Sigurd, ce héros!
Mais sa mort, par mes mains sera si bien vengée,
Que le Rhin débordant,
en sang verra changée
La pure clarté de ses flots!

BRUNEHILD
O dieux, qui lisez dans mon âme,
O dieux maîtres du ciel vermeil,
Rendez-moi mon palais de flamme,
Rendez-moi mon calme sommeil!

HILDA
Renonce à son amour! jure de l'oublier!
De chasser de ton cœur ta tendresse adultère.
Tu peux sauver Sigurd du courroux de mon frère,
De ces noires forêt,
je sais chaque sentier...

BRUNEHILD
O dieux, qui lisez dans mon âme,
O dieux maîtres du ciel vermeil,
Rendez-moi mon palais de flamme,
Rendez-moi mon calme sommeil!

CHOEUR
(lointain)
La nuit sera belle!
Le roi Gunther chasse aux flambeaux,
Que de milliers d'astres nouveaux
La forêt joyeuse étincelle!
La nuit sera belle!

HILDA
Entends-tu les cors retentir!
L'écho des bois redit des chants de fête,
Et cependant pour nous quel deuil s'apprête!
Celui que nous aimons, Brunehild, va mourir!

BRUNEHILD
Sauve Sigurd!.. et je te jure
De renoncer à lui!
Sauve Sigurd!.. demain de ces bords j'aurai fui!

HILDA
Viens... et tremble d'être parjure!
Viens... là-bas des flambeaux ont lui!

(Tout à coup Brunehild tressaille et porte
la main à son cœur comme si elle avait
été frappée. En même temps, un grand
tumulte éclate au dehors)


BRUNHILD
Il est trop tard…
Sigurd est frappé par Gunther!
J'ai senti dans mon cœur le froid aigu du fer?
Sigurd meurt!…

(avec joie)

Et je meurs!
Les dieux me font mourir,
moi, la femme qu'il aime.
Mourir du coup qui l'a frappé!
Le glaive de Gunther
de mon sang est trempé.

HILDA
(au désespoir)
Sigurd! Sigurd!
 
Scène Dixième

(Les mêmes, Sigurd mourant, apporté par
ses compagnons. Les Femmes, précédées
de Uta sortant du palais)


LE CHOEUR
O douleur! O colère!
Un traître a de Sigurd marqué l’heure dernière…
Il est tombé, le guerrier fort,
Sigurd est mort! Sigurd est mort!

SIGURD
Portez-moi, compagnons, là-bas…
où les étoiles sur mon front pâlissant
pourront briller sans voiles!
Je veux revoir le ciel une dernière fois!

BRUNHILD
Je meurs avec toi!

LE CHOEUR
O douleur! O colère!
Un traître a de Sigurd marqué k;heure dernière…
Il est tombé, le guerrier fort,
Sigurd est mort! Sigurd est mort!
 
Scène Oncième

(Les mêmes, Gunther

 et Hagen qui ont paru
depuis un moment au fond de la scène.
Suite de Gunther)


GUNTHER
De nos pères, suivant l'usage,
Formez pous eux un bûcher de feuillage…
Le meurtrier sera puni…si je suis roi!

HILDA
Les dieux te frappent donc,
le meurtrier, c'est toi!

LE CHOEUR

Gunther!

GUNTHER

Ah! Maudite! Insensée!

HILDA
Frappe, que de tes mains
je tombe aussi percée.

(Gunther recule)


Va! Bientôt les dieux irrités
Lanceront sur toi leur tonnerre.
Des extrémités de la terre,
Veindront les vengeurs souhaités,
D'Attila les hordes sauvages
Apporteront sur ces rivages
La mort, l'esclavage, la faim,
Et j'aurai la suprême joie,
Te voyant à ces maux en proie,
De rire alors de ton destin!

HAGEN
(prêt à la frapper)
Meurs avant de remplir
cette menace impie!

(Gunther retient Hagen.
Uta se jette au-devant d'Hilda)


HILDA
(à Uta)
Ma mère! O toi qui m'as nourrie,
Entends ta fille…

UTA
Me voilà!
Que veux-tu de moi? Pauvre Hilda!

HILDA
(remettant son bracelet à Uta)
Porte ce bracelet au vengeur!
Attila!

(Uta disparaît, Hilda se tue)

LE CHOEUR
O prodige!

Parmi la flamme qui s'élance,
Siqurd et Brunhild von vers le ciel immense!
 
Deumième Tableau


Apothéose

(Sigurd et Brunhild montent lentement,
portés sur un arc-en-ciel, vers loe paradis
d'Odin qui s'est ouvert pour eux)


SIGURD ET BRUNEHILD
Oublions les maux soufferts,
Pour nous les cieux sont ouverts,
Que nos âmes confondues,
Dans leur ivresse perdues,
Chantant l'hymne solennel
De leur armour éternel.
Astre, soyez-nous propices,
Souriez, ô dieux complices,
Aux noces de deux époux
Dès longtemps liés par vous!

CHOEUR
Oubliez le mains soufferts,
Pour vous les cieux sont ouverts,
Que vos âmes confondues,
Dans leur ivresse perdues,
Chantant l'hymne solennel
De leur armour éternel.

(Au fond du théâtre, sous les nuages de

l'apothéose on voit, au milieu de lueurs
sanglantes, Attila, appuyé sur son épée,
se dressant au milieu des cadavres des

guerriers burgondes)


 
 

ACTO  PRIMERO


 
(En Worms, gran sala del castillo de Gunther)
 
Escena Primera
 
(Las mujeres de los guerreros de Gunther,
Uta, Hilda y demás)

 
MUJERES
Bordemos las banderas
y preparemos las armas.
El rey Gunther está harto de estar ocioso
y quiere correr hacia nuevas hazañas.
¡Cuántos hermosos ojos
pronto derramarán lágrimas!
Victorioso, cubierto de gloria y oro,
regresará el valiente rey Gunther.
Bordemos las banderas y preparemos las armas.
 
HILDA
Solo es feliz aquel
que tiene un corazón valiente
en el torbellino del combate.
Sólo es feliz aquel
que valora la muerte,
un jefe valiente y fuerte.
 
CORO
¡Bordemos banderas y preparemos las armas!
¿Escucháis el corno en el fondo del bosque?
El rey Gunther persigue a un ciervo acorralado,
como una imagen del combate
la caza tiene sus encantos.
El rey Gunther va a conquistar
algunas viejas fortalezas con tesoros valiosos.
¡Bordemos banderas y preparemos las armas!
 
UTA
(a Hilda)
Hilda, siempre estás pensativa y pálida...
¿De dónde surge tu pena?
El rey Gunther, tu hermano,
accede a tus deseos,
rechaza las pretensiones de Atila.
Los indómitos hunos no te tendrán por reina.
Suspiras... tus ojos están llenos de lágrimas,
habla... narra tu sufrimiento
o tus tristes pensamientos
a quien mañana, morirá si tú mueres,
a quién, dándote de mamar,
en sus brazos te meció.
 
HILDA
Madre... a pesar mío,
un sueño mortal me paraliza.
Hace tiempo recogí en un bosque cercano
un milano que apenas podía volar
y con mis manos lo alimenté.
En mi sueño, vi un águila ansiosa de sangre,
que se lanzaba desde una nube,
quebrando el aire con un grito lúgubre. 
Escondí al milano en mi pecho, preocupada
y estremecida, el pobre pajarito temblaba...
El águila cruel con su pico afilado,
a pesar de mis vanos esfuerzos
y mis gritos de terror, lo destrozó.
 
UTA
Hija mía... ¡el sueño no es un misterio para mí!
Ese milano... es un noble esposo...
Ten cuidado que un día, un rival furioso,
en tus brazos no lo haga morir
bajo sus golpes.
 
HILDA
Quiero vivir para siempre sin amor.
 
UTA
(sonriendo)
¡Oh, qué blasfemia!
 
HILDA
Rechacé el trono de Atila.
¿Quién menos digno quisiera
condenarse a sí mismo a sufrir el desdén
del corazón que duerme en mi pecho?
 
UTA
Siempre llega un héroe...
y ese es al que amamos.
 
HILDA
Sí, madre, él ha llegado, ¡el héroe!
¡Yo lo amo! Y lo amo sin esperanza...
Desde que apareció, he perdido la calma.
¡Lo amo y muero por mi sufrimiento!
Como el sol en el cielo puro
que hace palidecer a los astros que pueblan
la noche, tal entre los valientes brilla el hombre
que amo, ¡el noble y valeroso Sigurd!
¿Recuerdas aquellos días llenos de lágrimas
cuando la victoria no favoreció a nuestras armas
y mi padre murió como un valiente guerrero?
¿Cuando nuestros vencedores
nos aherrojaron con pesadas cadenas?
¿Cuando fui esclava en el palacio de su reina,
sirviendo su mesa y trenzando sus cabellos?
Un vengador vino, calmo y magnífico,
como un segador que cosecha la mies.
Ante él se inclinaban
los guerreros que no habían huido.
Su severa belleza
es la de los dioses
y el resplandor de sus ojos
hace temblar la tierra.
De la espada de bronce
con la que se arma su mano,
brota un fuego lóbrego;
por él, incontables guerreros
duermen
sobre sus escudos.
Sigurd rompió nuestros grilletes,
y luego, aún ensangrentado
y sin dignarse siquiera a mirarnos,
tranquilo y orgulloso, siguió su camino glorioso.
¡Madre, tú conoces el mal que me devora
y que nada puede mitigar!
¡Él no supo que yo lo amaba!
 
EL CORO
(acercándose hacia el final de la historia)
Hija de reyes, ¿de qué te sirve ser bella?
¿Por qué en secreto derramas tantas lágrimas?
¡La esperanza a tu edad, Hilda, sonríe como ella!
Sonríe;
La feliz primavera está en flor sobre tus labios.
 
UTA
Llega la noche, los cazadores
han abandonado los matorrales.
Mujeres, debemos ceder esta sala
a los guerreros.
 
CORO
¡Aquí están las banderas, las corazas y las armas!
Con el día acabará la fiesta.
El rey Gunther partirá con la aurora.
Lo esperaremos aquí sin lágrimas y sin temor.
Victorioso, con gloria y cubierto de oro,
regresará el valiente rey Gunther

.
¡Aquí están las banderas, las corazas y las armas!
 
(El coro sale)

Escena Segunda

(Uta detiene a Hilda cuando va a salir
siguiendo al coro y la conduce nuevamente
al escenario)

 
UTA
(a Hilda)
Lo sabía todo, había leído en tu corazón
tu amor por este orgulloso conquistador,
tus tormentos y tu miseria.
Hilda, Sigurd, pronto vendrá
y, con un amor ardiente, ¡te amará!
 
HILDA
¡Dioses!
 
UTA
El futuro no tiene secretos para tu madre.

I 
Conozco los secretos maravillosos
que fueron enseñados a nuestros antepasados
por los terribles espíritus.
Conozco los temibles encantamientos
que someten nuestra voluntad
a los seres invisibles.
He conjurado al espíritu del aire
para que vaya hasta donde está Sigurd,
con su orgulloso corazón, y le lleve la idea
de que debe venir a la fortaleza de Gunther.
Ya viene ¡oh, pobre alma herida!
el novio que tú elegiste.
¡Oh, flor abrumada por la tormenta,
él viene, seca tus lágrimas y sonríe!

II 
En una hermosa noche de verano,
cuando la luna inundaba con su claridad
los lagos bordeados de robles,
invoqué a la diosa Freia tres veces
recolectando plantas mágicas
a la sombra del bosque.
 
Mi arte fue capaz de preparar
un filtro que a Sigurd aportará el fuego
de un ardor desesperado
que por Hilda se encenderá.
Ya viene, ¡oh, pobre alma herida!
el novio que elegiste.
¡Oh, flor abrumada por la tormenta,
ya llega, seca tus lágrimas y sonríe!
 
(fuera se oyen fanfarrias)
 
HILDA
¡Ah! ¡Tiemblo!
 
UTA
Escuchemos.
 
CORO
(afuera)
¡Aquí está el arrogante cazador,
aquí está el rey Gunther!
 
HILDA
(a Uta quien la abraza)
¡Oh madre, tengo miedo!

Escena Tercera

(Rey Gunther, Hagen, Un bardo, Rudiger,
Los embajadores de Atila, el séquito de

Gunther, mozos con antorchas. Marcha.
Traen mesas sobre el escenario)

 
CORO
Cuando se han recorrido desde la mañana
los bosques, las montañas y las llanuras,
es dulce recuperar el aliento
sentados en un alegre festín.
Que los ecos de los altos montes
repitan un feliz hurra.
¡Gloria a Gunther, gloria a sus huéspedes,
gloria a los enviados de Atila!
 
(Gunther toma asiento bajo un dosel;
Rudiger y sus compañeros a su derecha,
en el sitial de honor)

 
GUNTHER
Me satisface sentarme a la mesa
con vosotros, valerosos guerreros,
dignos emisarios
enviados a mi hermana.
¡Llenad mi copa
y verted aguamiel a toda la rueda!
¡Amigos, bebed todos conmigo!
¡Por el rey de los hunos, por sus guerreros,
por todos nosotros!
 
CORO
Que los ecos de los altos montes
repitan un feliz hurra.
¡Gloria a Gunther, gloria a sus huéspedes,
gloria a los enviados de Atila!
 
HAGEN
(levantándose)
¡Por esta noche, divirtámonos!
¡Mañana marcharemos
hacia nuevos combates!
¡Observad como en estas paredes
brillan listas nuestras armas!
 
CORO
(a Gunther)
¿Hacia qué nuevas conquistas
nos señalarás el camino?
 
GUNTHER
En esta mesa, a todos abierta,
¿está sentado el bardo de pelo blanco
que anoche encontramos
perdido en pleno bosque?
 
CORO
¡Oh anciano, levántate
y acércate a tu rey!
 
GUNTHER 
Poeta, toma tu arpa y,
frente a los guerreros que asisten a esta fiesta, 
para el rey Gunther vuelve a cantar
la canción de Brunilda, la prisionera de Odín.
 
CORO
¡Canta para el rey Gunther la canción
de Brunilda, la prisionera de Odín!
 
BARDO
Es una isla sombría, donde el suelo calcinado
esconde lagos de fuego bajo llanuras nevadas;
alrededor de ella, ruge el océano desenfrenado,
que con negros torbellinos y tormentas, la asedia.
 
GUNTHER 
¡Ahí es donde quiero, amigos míos,
que llevéis vuestras lanzas y escudos
para conquistar un tesoro sin precio!
 
CORO
El frío, el fuego, la noche y las olas
no detendrán a los corazones generosos.
¡Te seguiremos hasta el fin del mundo,
valeroso rey!
 
BARDO
Odín, dios feroz y severo.
Odín, que hace con su cólera
temblar el mundo horrorizado.
Odín, impulsado por su ira,
expulsó del cielo a una virgen guerrera que,
para luchar en la tierra,
osó abandonar su morada celestial.
 
Era Brunilda, la más bella.
¡Las lágrimas de sus hermanas, que intercedían
por ella, no pudieron doblegar al cruel dios!
La Valquiria está condenada
a sufrir nuestro destino
y compartir la cama de un mortal.
 
¡Que un guerrero de corazón altivo se levante
y camine osado hacia la orilla
donde se enciende un castillo de fuego!
¡Que rompa tus cadenas, oh diosa!
Él conquistará con su juventud,
una esposa digna de un dios.
 
En un palacio con paredes de llamas,
custodiada por un hechizo,
Brunilda, la encantadora mujer,
espera a su esposo mientras duerme.
Espíritus y monstruos terribles
vigilan los límites inaccesibles
de su luminosa prisión.
Un guerrero, valiente entre los valientes,
debe liberar a la joven virgen
de sus cadenas y despertarla...
¡Que un guerrero con un corazón altivo se levante
y avance audazmente hacia la playa,
donde arde un castillo de fuego!
¡Que rompa tus cadenas, oh diosa!
Él conquistará con su juventud,
una esposa digna de un dios.
 
GUNTHER
¡Mañana cruzaré tu golfo,
oh mar profundo!
 
CORO
El frío, el fuego, la noche y las olas
no detendrán a los corazones generosos.
¡Te seguiremos hasta el fin del mundo,
valeroso rey!
 
RUDIGER, COMPAÑEROS
(levantándose)
¡Príncipe del Rin, saldremos al amanecer
y debemos despedirnos de ti,
pero antes, permítenos transmitirle a tu hermana
los deseos de nuestro Rey!
 
(Gunther hace un gesto, los criados
salen y retiran las mesas)

 
GUNTHER 
Que vuestro deseo se cumpla,
no depende de mí sino de lo que Hilda sienta.
¡Que el orgullo se doblegue en su corazón
y que acepte ascender, feliz, al trono de Atila!

Escena Cuarta
 
(Los mismos, Hilda, Uta y séquito)
 
CORO
¡Salud, salud a la bella doncella!
Un lirio, en el nuevo amanecer,
es menos agraciado y menos puro.
Su cabello es de oro.
Sus labios, rosas frescas,
y sus ojos azules, flores celestiales.
 
(Rudiger y sus compañeros
flexionan una rodilla ante Hilda)
 
RUDIGER
¡En nombre del caudillo de los hunos,
te imploramos, bella Hilda!
Su imperio abarca desde los Alpes hasta el Bósforo
y el mundo romano tiembla bajo sus designios.
 
IRNFRIT
¡Si aceptas tener como corona
la brillante diadema
del Emperador del oriente,
el altivo Atila te la otorga!
 
RUDIGER
Si lo deseas, ¡oh, joven reina!
podrás sembrar sobre tus vestidos
perlas y rubíes,
pues Roma aún está colmada de tesoros.
 
RUDIGER, IRNFRIT
Atila puede poner a tus pies
¡oh, bella dama! 
todos los tesoros que existen
en el viejo mundo.

(Hilda se adelanta y va a hablar
pero, con un gesto de modestia, se
vuelve hacia su hermano y se arroja
en sus brazos)

 
GUNTHER 
Hubiera querido que Hilda,
agradecida, quisiera compartir la fortuna
de un ilustre caudillo temido por todos,
pero ella prefiere permanecer virgen
en el burgo de su hermano
y su deseo debe ser respetado.
¡Llenad mi copa
y verted aguamiel a toda la rueda!
¡Amigos, bebed todos conmigo!
¡Por el rey de los hunos y sus guerreros!

CORO
Dejad que los ecos de las altas cumbres
repitan un alegre hurra,
¡gloria a Gunther, gloria a sus huéspedes,
gloria a los enviados de Atila!
 
(Llamada de trompeta, Hagen sale)
 
MEDIO CORO
¡Un sonido belicoso de trompeta
ha sonado al pie de las murallas!
¿Qué hombre es lo suficientemente audaz
como para osar a perturbar nuestra fiesta?
 
HAGEN
(reingresando)
Un noble y altivo guerrero,
cubierto con una deslumbrante armadura,
viene a ver al valiente rey Gunther.
 
HILDA
(aparte)
¡Dioses!
 
GUNTHER 
¡Que ante mí, se presente!

Escena Quinta

(Gunther está frente a su trono, bajo un dosel,
con Hilda a su lado, todos sus guerreros lo
rodean, Sigurd entra completamente armado.
Suenan las trompetas)
 
SIGURD
Príncipe del Rin, en el país de mi padre
me dijeron que en Worms, junto a ti,
se reúnen los mejores guerreros
que jamás hayan servido a un rey.
Vengo a desafiarte, Gunther,
y lo hago en la tierra de la que eres señor.
Tanto tú como yo queremos conquistar
a la belleza que Odín tiene prisionera
en un castillo encantado.
 
CORO
(rodeando a Gunther, con las espadas en alto)
¡Es necesario castigar tanta audacia!
¡Es necesario que muera aquí mismo
este insolente que aquí,
Gunther, para desafiarte!
 
GUNTHER 
¿Quién eres, que te atreves a desafiarme
con esas duras palabras?
 
CORO
¿Eres digno de ponerte frente
a aquel a quien desafías?
 
SIGURD
¡Oh, nobles guerreros,
vuestra espada
con una sangre más pura
no puede ser empapada!
¡
Soy Sigurd, hijo del rey Sigmund!
 
Concertante
 
HILDA
Sigurd, el héroe invencible,
se presenta nuevamente ante mis ojos,
brillando con la belleza de los dioses.
Al verlo sereno, imperturbable,
siento que mi espíritu se desvanece,
me estremezco de amor y de terror.
 
GUNTHER, CORO
Sigurd, el héroe invencible,
con su brazo siempre victorioso,
surgido de la raza de los dioses.
¡Sigurd que va, sereno y terrible,
segando como espigas
a caudillos valientes y audaces!
 
GUNTHER 
¡Oh, Sigurd, hijo de Sigmund,
el rey
glorioso!
Yo nunca he conocido el miedo,
pero tu nombre está vivo en mi memoria
y quiero sin combatir proclamarte vencedor.
Sigurd, hijo de Sigmund, un día mi heredad
estuvo en poder de enemigos despiadados,
entonces tú liberaste mi reino
y rescataste a mi cautiva hermana.
¡Oh, Sigurd, hijo de Sigmund,
mi noble hermano!
De mis bienes, de mi oro, te ofrezco la mitad.
¡Comparte conmigo el trono de mi padre,
hagamos un juramento de amistad inmortal!
 
SIGURD
Yo así lo quiero, juremos una amistad sincera.
 
CORO
¡Jura, jura!
 
SIGURD, GUNTHER 
Prometemos ante los dioses
que castigan el perjurio,
una amistad fiel y duradera.
Soy para ti un hermano; lo juro
ante el cielo, ante mis armas y ante todos.
 
CORO
Prometen ante los dioses
que castigan el perjurio,
una amistad fiel y duradera.
Son hermanos; y cada uno de ellos lo jura
ante el cielo, ante sus armas y ante todos.
 
HILDA
(se aproxima a Sigurd, poniéndole
una copa en la mano; la sigue Uta

con un ánfora) 
Aquella a quien salvaste el honor y la vida,
¡oh, héroe victorioso!
te ofrece de sus manos este licor,
para que selles copa en mano tu juramento.
 
CORO
¡Sellad, copa en mano, vuestro juramento!
 
GUNTHER 
¡Servid a todos aguamiel perfumada!
¡Bebamos a la salud de nuestro amado invitado!
 
(Hilda ha tomado de las manos de Uta la
copa que le ofreció a Sigurd. Mientras

tanto, todos los guerreros, con una copa
en una mano y la espada en la otra, rodean
a Gunther y Sigurd que, chocando sus copas
y extendiendo sus espadas, renuevan su
juramento)
 
RUDIGER
(ofreciendo un brazalete a Hilda)
Antes de que dejemos esta tierra para siempre,
del amor de Atila dígnate recibir esta prenda.
Si él lo recibe devuelto por ti,
llevado por algún mensajero,
vendrá a defenderte o, de lo contrario, a vengarte.
 
(Hilda toma el brazalete de manos
de Rudiger y lo coloca en su brazo
con la ayuda de Uta)

 
SIGURD
(después de vaciar su copa)
¡Dioses, qué nueva perturbación se apodera
de mi corazón agitado!
Mi razón se estremece y se pierde
ante la presencia de esta belleza.
Es como un hechizo que me atrapa.
Por primera vez,
veo tantos atractivos
de impactante gracia.
 
GUNTHER 
Sin menoscabar el juramento que nos une,
quiero disputarte lealmente el radiante despertar
de la virgen que duerme su sueño mágico.
 
SIGURD
(a Gunther)
Para conquistar a la Valquiria
y romper sus ataduras, ¡oh, rey!
si quieres, contra los mismos peligros
pelearemos ambos.
Pero al regresar a tu patria,
por la sangre que junto a ti, hermano, derramaré,
tú me darás la recompensa que yo reclame.
 
GUNTHER 
¡Lo juro con un corazón sincero,
y estrechando tu mano!
 
SIGURD
Para conquistar a Brunilda, la guerrera,
partiremos mañana.
 
SIGURD, GUNTHER 
Prometemos ante los dioses
que castigan el perjurio,
una amistad fiel y duradera.
Soy para ti un hermano; lo juro
ante el cielo, ante mis armas y ante todos.
 
CORO
Prometen ante los dioses
que castigan el perjurio,
una amistad fiel y duradera.
Son hermanos; y cada uno de ellos lo jura
ante el cielo, ante sus armas y ante todos.
 
(Todos los guerreros rodean a Sigurd
y Gunther, con la espada en alto)

 
 

ACTO  SEGUNDO


(Islandia)
 
Cuadro Primero

(Bosque sagrado al borde del mar. Bajo un
enorme tilo consagrado a Freia, se levanta
un altar donde se celebra un sacrificio)
 
Escena Primera

(El Sumo Sacerdote de Odín, sacerdotes y
pueblo. El Sumo Sacerdote celebra un sacrificio,
otros sacerdotes lo rodean y oran con él.
El pueblo se postra alrededor)

 
SACERDOTES
¡Dioses terribles que moráis
en las nubes ardientes!
 
PUEBLO
En cuyas manos duerme el trueno.
 
SACERDOTES
¡Dioses feroces cuyos altares
se enrojecen con la sangre de los mortales!
 
PUEBLO
¡Dejad que su ira amaine!
 
SACERDOTES
¡Dioses crueles que voláis por la noche
en un carro conducido por la muerte!
 
PUEBLO
¡Alejad vuestros ojos de la tierra!
 
SUMO SACERDOTE
¡Y tú, Freia, diosa del amor,
bella esposa de Odín que compartes su trono!
Las vírgenes, al amanecer, ha tejido para ti,
esta corona trenzada
por sus propias manos.
¡Diosa amorosa,
recibe esta ofrenda con una sonrisa!
Gracias a ti, todo ama y vive,
¡Freia, que por espejo tomas
los lagos de estos bosques!
 
(Continúa el coro del
pueblo y los sacerdotes)

Escena Segunda

SIGURD, GUNTHER, HAGEN
(fuera de escena)
¡Oh Brunilda! ¡Oh, virgen guerrera,
encerrada en una morada de fuego!
Hacia ti, por este oscuro camino,
marchamos empuñando la espada.
 
(Entran)
 
SUMO SACERDOTE
¿Qué audaces conducen sus sacrílegos pasos
hasta las profundidades de estas guaridas salvajes?
 
EL PUEBLO
Desafiando nuestra ira
y la de nuestros dioses,
¿qué extranjeros han franqueado estas costas?
 
SIGURD, GUNTHER, HAGEN
Somos tres guerreros procedentes
de los países del Rin.
Venimos a despertar a la bella Valquiria que,
dormida en su palacio,
está esperando al esposo que Odín le prometió.
 
SACERDOTES, PUEBLO
¡Temblad!
Os enfrentaréis a los espíritus invisibles,
amenazadores y terribles,
de los árboles, las rocas y los lagos de los bosques.
¡Temblad! ¡Camináis hacia vuestra muerte!
 
SUMO SACERDOTE
Estos dólmenes marcan el límite
de los campos sagrados.
Podéis comprobar como están sembrados
con los huesos de los que osaros traspasarlo.

SACERDOTES, PUEBLO
¡Temblad! Espíritus invisibles...
 
HAGEN, SIGURD, GUNTHER 
(siguen avanzando)
¡Oh Brunilda, oh virgen guerrera!..
 
SUMO SACERDOTE
¡Pues bien! Puesto que aquí abajo
nada puede escapar de los dictados del destino;
¡guerreros temerarios,
escuchad los decretos de Odín!
 
SACERDOTES, PUEBLO
¡Escuchad la orden inflexible
de un dios terrible!
 
(Todos se postran. Los tres
guerreros se inclinan, el
trueno ruge a la distancia)
 
SUMO SACERDOTE
Sólo uno romperá el hechizo de Brunilda.
Sólo uno puede despertar a la diosa exiliada,
haciendo sonar el cuerno sagrado
en el valle oscuro.
Sólo uno, un héroe con el corazón de diamante,
podrá derrotar a la tropa alada
de los espíritus infernales.
Y ese héroe, más puro que el alba
de un hermoso día, virgen de cuerpo y alma,
jamás ha estado bajo el yugo de una mujer,
ni jamás ha murmurado palabras de amor.
 
SACERDOTES, PUEBLO
Esta es la inflexible orden,
de un dios terrible.
 
SIGURD
¡Sacerdotes, traed el cuerno sagrado de Odín,
uno de nosotros avanzará
hasta la morada de Brunilda!
 
(Los sacerdotes y el pueblo
desaparecen entre los árboles)

Escena Tercera

(Sigurd, Gunther y Hagen)
 
GUNTHER 
¿Quién de nosotros intentará la aventura?
 
HAGEN
¿Quién de nosotros se quedará
en el bosque oscuro?
 
SIGURD
¡Yo!
 
HAGEN
Los dioses están armados
con dardos inexorables.
¿Qué puede hacer nuestra debilidad
contra ellos?
 
SIGURD
(a Gunther)
Cuando Brunilda esté en tu palacio,
recuerda, Gunther, la promesa
y juramentos que me hiciste.
Me comprometí con alguien sin saber
que en mi corazón debía reinar;
y nunca una palabra de mi boca
ha ofendido su orgullo arrogante.
Yo soy el elegido por Odín.
 
HAGEN
(a Gunther)
El que se aproxime a la Valquiria
y la devuelva a la vida,
se convertirá para siempre en su esposo.
 
GUNTHER 
(reaccionando vehementemente)
¡Adiós, entonces, yo quiero enfrentar
todos los peligros!
 
SIGURD
(deteniéndolo)
Otra mujer me ha arrebatado el alma,
Brunilda no me verá.
Con tu casco de bronce,
sin levantar la visera, yo la traeré a tus brazos.

(Gunther se estremece)

¡Por el amor que te profeso, hermano mío!
Te lo juro, yo te traeré a la virgen y pura!
 
CORO
¡Tú, que desde el seno de las nubes
haces que en medio de la tormenta
brille tu cólera!
¡Poderoso Odín, dios severo!
¡El cielo y la tierra
están de rodillas ante ti!
 
HAGEN
(Mientras el rey y Sigurd
se intercambian sus cascos)
Ya viene hacia nosotros la blanca comitiva
que avanza guiada por el sonido
de las canciones religiosas.
Traen el cuerno misterioso
que debe liberar a la bella Valquiria.
 
SIGURD
¡Amigos, adiós!

Escena Cuarta

(Los anteriores, los sacerdotes, pueblo,
Sumo Sacerdote, trayendo el cuerno sagrado)

 
CORO
¡Tú, que desde el seno de las nubes,
en medio de la tormenta,
haces brillar tu ira!
¡Poderoso Odín, dios severo!
El cielo y la tierra 
se arrodillan ante ti.
¡Dios, que otorgas la victoria,
sonríe desde tu gloria,
a este fuerte guerrero que viene,
dejando su tierra natal,
por la Valquiria,
enfrentando a la muerte!
 
SUMO SACERDOTE
¿Cuál de vosotros, guerreros,
caminará audazmente hacia el palacio de fuego?
 
SIGURD
(teniendo en su cabeza el casco de Gunther)
¡Yo!
 
SUMO SACERDOTE
Toma este cuerno sagrado,
regalo de nuestro dios.
Si el terror no te congela,
mientras que a tu alrededor rugen los espíritus,
haz sonar tres veces este cuerno...
Entonces, del fondo de un lago
al que devoran las llamas,
surgirá el palacio.
 
SIGURD
(tomando el cuerno)
Dámelo.
 
SUMO SACERDOTE
(a Gunther y Hagen)
En vuestras naves abandonaréis estas playas.
Si este guerrero libera a la cautiva,
será devuelto de inmediato,
por los espíritus derrotados, a las orillas del Rin.
¡Tal es la voluntad terrible de los dioses!
 
HAGEN, GUNTHER 
(a Sigurd)
¡Que puedas abrir la inaccesible fortaleza!
¡Que puedas triunfar sobre la ira de un dios!
 
GUNTHER 
¡Que regreses junto a Gunther!
 
SIGURD
¡Adiós!
 
CORO
¡Tú, que desde el seno de las nubes,
en medio de la tormenta,
haces brillar tu ira!
¡Poderoso Odín, dios severo!
El cielo y la tierra 
se arrodillan ante ti.
 
(Mientras baja el telón, el coro continúa
su canto. Cuando se levanta de nuevo

el telón, Sigurd está solo)
 
Cuadro Segundo

(Cuando se levanta el telón, se ve el
“Folkranger” o campo de los muertos.
Es una llanura lúgubre, ocupada por
dólmenes y otras piedras druídicas. Al fondo,
un lago bordeado de árboles funerarios)
 
Escena Primera

(Sigurd)
 
SIGURD
(solo)
El sonido de los cantos se extingue
en el inmenso bosque,
bajo los tilos sagrados.
Todo es sombra y silencio
y siento en mi corazón la audacia de un héroe.
¿Por qué demorarnos?..
¡Que comience la lucha!
¡Cuerno, de estos negros bosques
despierta los ecos!
¡No! Si mi fuerza y mi valor
sucumben en el esfuerzo,
si la muerte me espera en esta isla salvaje,
los espíritus de estos lugares venerados
saben qué nombre, repetido por su boca,
me despertará en mi lecho fúnebre
cuando allí duerma.
¡Hilda, virgen de sonrisa pálida,
joven flor de lirio tembloroso!
¡Es tu dulce nombre el que, sobre mi tumba,
repetirá, llorando, la noche!  
¡Pero no, nada de tristes presagios!
Mi amor redoblará mi fuerza y coraje.
¡Elfos, kobolds, espíritus, apareced todos!
¡Marcho contra vosotros!
 
(hace sonar el cuerno)

Escena Segunda

(El cielo se oscurece, los truenos retumban
el viento emite gemidos siniestros entre
los árboles, Tres mujeres aparecen al borde
del lago, lavan una prenda blanca
y parecen no tener prisa)

 
SIGURD
(a las tres lavanderas)
¿Por qué vuestros ojos
están llenos de lágrimas, muchachas?
¿Por qué estas prendas de luto?
¿Qué lavan ustedes en esas aguas?

(Las tres Nornas se colocan frente a Sigurd
y le hacen ver que están lavando un sudario)

¡Un sudario!
¿Para quién? ¡Hablad!

(Las tres Nornas hacen ver a
Sigurd que el sudario es para él)

¿Para mí?

(Los tres Nornas desaparecen en el lago)

No me arredran
los fantasmas que preceden mis pasos,
¡sus presagios de muerte no me detendrán!

(Se prepara para hacer sonar por segunda
vez el cuerno sagrado. A la luz del rayo,
valquirias armadas aparecen por todos lados
e intentan arrebatarle el cuerno. Sigurd lucha
valientemente contra ellas. Los kobolds
llegan pos su parte a atacar al héroe)

¡Os venceré, innumerable pueblo
de los hijos de las sombras!

(fantasmas y duendes de todo tipo
se unen a las valquirias y kobolds
girando alrededor de Sigurd, el cual, 

espada en mano se apoya en una roca)
 
¡Atrás, kobolds, espíritus negros!
Por segunda vez, cuerno sagrado, ¡resuena!
 
(hace socar el cuerno)

Escena Tercera

(El lago es iluminado por una tenue luz.
Las valquirias y los kobolds se han alejado.
Los espíritus de las aguas, nixes, van saliendo
lentamente del lago y de entre las cañas,
mientras que los elfos llegan desde el bosque,
tratando de atrapar a Sigurd entre sus brazos.
Intentan guiarlo con voluptuosas danzas a la
orilla del lago para precipitarlo en él.
Sigurd se resiste, un elfo roba el cuerno y huye)

 
SIGURD
(desprendiéndose de los elfos y nixes)
¡No, conseguiréis nada,
tanto el terror como el placer me son indiferentes!

(Sigurd intenta recobrar el cuerno de Odín. Truena
y relampaguea de nuevo. Valquirias y kobolds
corren alrededor del elfo que posee el cuerno,
tratando de alejar a Sigurd. El enjambre de
fantasmas está girando alrededor del héroe de
nuevo. Sigurd, sin embargo, se abre camino a
través de las espadas de las valquirias que se
rompen contra su pecho y logra arrebatar el
cuerno sagrado al elfo)


¡Suena en estos bosques sombríos,
sagrado cuerno, por tercera vez!

(La tormenta arrecia su furia. Las
Nornas avanzan hacia Sigurd y le
señalan el lago que está burbujeando
y que pronto se convierte en un horno
ardiente en medio del cual se levanta
un palacio de fuego. Sigurd, conducido
por las tres Nornas entre valquirias, kobolds
y elfos que lo amenazan, se dirige
hacia el lago en llamas. Los monstruos
salen del lago y caminan hacia Sigurd)


Hilda, el lago arde y mi corazón late
con alegría!
¡Al combate!
 
(En medio del fragor de los elementos, la
fortaleza crece cada vez más y pronto
ocupa toda la escena. A una señal de las
Nornas, la muralla se derrumba y deja
ver una sala del palacio mágico)


Cuadro Tercero

(Salón del palacio encantado
)
 
Escena Única
 
SIGURD
(espada en mano, guiado por las Nornas)
¡Soy el vencedor! ¡Ahí está ella!
¡Poderes del cielo, qué bella es!
¡Qué sonrisa encantadora muestra su labio en flor!
Ella no verá mi cara,
y la noble lealtad hacia el rey no será traicionada.
¡Brunilda,
despierta bajo mi espada!
 
(Baja la visera de su casco)
 
BRUNILDA
(despertándose. Sigurd permanece
inmóvil, con la visera del casco bajada)
¡Salud, esplendor del día!
¡Salud, estrella de la frente pura,
que con rayos dorados
siembras el inmenso azul!
¡Dioses, miradnos con ojos favorables!
Apiadaros del dolor de los humanos.
¡Salud tierra!
¡Salud, nodriza de pecho fecundo,
que haces crecer la espiga del rubio trigo!
¡Dioses! Que vuestra bondad nos otorgue,
en su generosidad,
fuerza, razón, conocimiento y sabiduría.
 
Pero, ¿qué guerrero, valiente y fuerte,
desafiando por mí la terrible muerte,
de mi prisión ha roto el hechizo
con el poder de su brazo?

(a Sigurd)

¡Oh, mi salvador silencioso,
la Valquiria es tu conquista,
y no temas que extrañe,
cerca de ti, el palacio celestial!
 
Los espíritus que extienden sus alas
hacia las moradas mortales
pronto van llevarme contigo.
Guerrero, toma un lugar junto a mí.
Brunilda, virgen y pura,
ha desatado su espada
y te la dona como muestra de amor.
Ella vivirá, tranquila y feliz, en tu casa;
ella vivirá, orgullosa y sumisa,
amándote hasta el último día.

(se adormece en los brazos de Sigurd)

La Valquiria es tu conquista...
 
(se queda dormida)

SIGURD
(levantando la visera de su casco)
¡Oh, Gunther!
¡Mi amigo, mi hermano,
no has confiado en vano
en mi fuerza y mi lealtad!

(colocando su espada entre Brunilda y él mismo)

¡Espada, sepárame de la virgen guerrera!
Perfora mi corazón, ¡oh, noble acero!
si sobre este manto
toco el sagrado velo.

(se coloca junto a Brunilda)

¡Y vosotros, a quienes he vencido,
kobolds y espíritus del aire,
¡llevadme a la fortaleza de Gunther!

Cuadro Cuarto
 
(Inmediatamente el palacio mágico se hunde
en el lago y el lecho que soporta a Sigurd y 
Brunilda, se transforma en una cápsula de cristal
que flota en su superficie, arrastrada por las
Nornas convertidas en cisnes. El paisaje ha
perdido su tono sombrío, ahora está iluminado
por una suave luz de cuentos de hadas. Los nixes,
elfos y kobolds bailan alegremente)
 


ACTO  TERCERO


(En Worms)
 

Cuadro Primero

(Un jardín en la fortaleza de Gunther)
 
Escena Primera
 
(Uta e Hilda)
 
CORO INVISIBLE
A la llamada de los espíritus del aire...
¡Oh, rey, ven a este jardín oscuro,
Sigurd te espera en la umbría!
¡Sal de tu lecho, rey Gunther!
 
(Uta e Hilda parecen deslizarse
con cautela entre los árboles)

 
UTA
Ven, Hilda ... no es una vana ilusión.
¡Sígueme!... Oigo en el aire dormido,
como el ligero sonido de un arroyo en la arena,
como el temblor apagado
de las alas de los espíritus.
No temas, debemos saber
qué misterioso cometido vienen a cumplir 
estos mensajeros de los dioses,
a los
que conozco muy bien.
 
HILDA
A mi pesar, me siento invadida
de un terror mortal.
Quiero caminar,
pero me tambaleo del espanto.
 
UTA
Un guerrero viene bajo el espeso follaje...
 
HILDA
¡Gunther!.. ¡El rey!
 
UTA, HILDA
¡Escondámonos, la noche es oscura!
 
CORO INVISIBLE
A la llamada de los espíritus del aire...
¡Oh, rey, ven a este jardín oscuro,
Sigurd te espera en la umbría!
¡Sal de tu lecho, rey Gunther!

Escena Segunda

(Gunther, luego Sigurd y Brunilda)
 
GUNTHER 
¿Soy el juguete de un sueño?
¡No! Voces confusas, arrebatándome del sueño,
murmuraron mi nombre.
 
(comienza a amanecer)

El día amanece rosado
por oriente...

(El día avanza. Brunilda aparece
en el fondo de la escena, dormida,
Sigurd de pie junto a ella)


¡Grandes dioses!.. Bajo el abedul,
a la luz del pálido amanecer,
velando sobre Brunilda, de belleza sin igual,
Sigurd se me presenta en la nueva mañana.
 
SIGURD
(acercándose al rey)
¡Sí, Sigurd ha triunfado! ¡Gunther!
¡Toma tu armadura!
Tan pronto como el sol brille,
bajo el follaje, tu hermosa prometida ¡oh, rey!
se despertará y vendrá a ti.
Bajo la sombra fresca de las hayas
los espíritus la guardarán
hasta que llegue el día...
Cuando amanezca, cúbrete con tus armas,
preséntate... ¡y reclama con valentía su amor!..
¡Yo, rey Gunther, he mantenido la fe jurada!
Pienso que cumplirás tu promesa sagrada,
cuando venga a reclamar
el premio prometido por mi hazaña.
 
(se marcha)

Escena Tercera

(Gunther y Brunilda, dormida)
 
GUNTHER 
¡Ahí está, la diosa exiliada, a quien
mi corazón amó durante mucho tiempo!
Los dioses han decretado
que Sigurd sea el vencedor
de los demonios, elfos
y tropas de espíritus alados,
Brunilda es mía
y los guerreros la verán junto a su rey.
 
CORO INVISIBLE
Nuestra tarea ha sido cumplida.
Ya el día brilla en el cielo azul.
A ti, que fuiste una Valquiria,
¡adiós!
 
BRUNILDA
(despierta entre los arbustos florecidos
ante el primer rayo del sol)

¿A dónde me conduce el destino?
¿En qué playas desconocidas
veo nacer las primeras luces del día?
¿Cómo es que mi esposo
ya no está a mi lado?
 
CORO
(invisible, que se pierde en la distancia)
Nuestra tarea ha sido cumplida.
Ya el día brilla en el cielo azul.
A ti, que fuiste una Valquiria,
¡adiós!
 
GUNTHER 
(corre hacia Brunilda)
Estas tierras que pisas, reina,
son tu imperio.
Estas llanuras, estos valles,
estos bosques son tuyos...
Esta antigua fortaleza almenada,
que se refleja en el Rin,
es el palacio de tu esposo.
 
BRUNILDA
Ese esposo, ¿quién es?
 
GUNTHER 
¡Un guerrero que te ama!..
 
BRUNILDA
¿Por qué no viene él mismo
a llevarme al banquete de bodas
que va a organizar para mí?
 
GUNTHER 
Él, que pronto te ceñirá la corona,
Brunilda, está de rodillas ante ti...
 
(Brunilda se agita)
 
BRUNILDA
(con duda)
Vestido con armadura, con la visera baja,
¿fuiste tú que viniste a mi palacio en llamas,
tocando mi frente
con la espada ensangrentada?
¿Venciste a la multitud de espíritus negros?
¿Eres tú quien vino, velado y silencioso,
como el novio prometido por los dioses?
 
GUNTHER 
Vestido con armadura, con la visera baja,
yo fui a tu palacio en llamas,
tocándote la frente con mi ensangrentada espada...
Superando la multitud de espíritus negros
fui yo quien acudió, velado y silencioso,
como el marido que te prometieron los dioses.
 
BRUNILDA
¿Quién eres, quién eres que arriesgaste tu vida
para liberar a la valquiria?
 
GUNTHER 
¡Soy Gunther, rey de los burgundios,
príncipe del Rin!
En los campos fértiles,
que el gran río alemán
baña con sus aguas profundas,
todo está sometido a mi corona de bronce.
¡Soy Gunther, rey de los burgundios
príncipe del Rin!..
 
BRUNILDA
¡Soy tuya, Gunther, mi esposo y señor,
valiente rey de este hermoso país!
Intercambiemos nuestras promesas
en presencia del sacerdote,
para así los dioses sean obedecidos.
 
GUNTHER 
¡Oh Brunilda, nunca una virgen más deseada
tuvo un esposo que cruzara el umbral con alegría!
¡Nunca una mujer guerrera
fue más radiante!
 
BRUNILDA
¡Soy tuya, Gunther, mi esposo y señor,
valiente rey de este hermoso país!
Intercambiemos nuestras promesas
en presencia del sacerdote,
para así los dioses sean obedecidos.
 
GUNTHER
(Para sí)
¡Ella es mía! Soy esposo y señor
de un tesoro que otro ha conquistado.
Pronto nuestros juramentos
serán bendecidos por el sacerdote,
¡todo pertenece a los corazones audaces!
 
(salen)

Escena Cuarta

(Hilda e Uta, reaparecen por la derecha)
 
HILDA
¡Él me ama! ¡Él me ama! ¡Oh, madre!
El venció a los espíritus y monstruos
para conquistar mi corazón,
entregando a Brunilda a mi hermano...
Madre... ¡él me ama..! ¡Oh, sol radiante, 
qué dulce claridad derramas desde el cielo!...
 
UTA
Guarda bien el terrible secreto
que acabamos de conocer...
Porque un horrible presentimiento
ha golpeado mi mente.
Veo ante nosotras un gran río,
donde fluye la sangre ...
¡La tierra resuena con sollozos
de las viudas de los guerreros!..
 
(ambas salen, la escena cambia)

Cuadro Segundo 

(Gran terraza frente al castillo de Gunther.
(A la derecha, el castillo con una puerta a
la que se accede por varios escalones.
A la izquierda, viviendas de campesinos
y grandes árboles. Al fondo, el Rin)

 
Escena Primera

(Centinelas a las puertas del castillo, guerreros
dormidos, leñadores, marineros que van a
trabajar, cazadores que pasan con sus jabalinas
al hombro, pescadores cargados de redes,
Mujeres, con hoces y canastas, niños, etc)

 
CORO
Las primeras luces de la mañana
han dorado las olas, del Rin.
Sobre la tierra todo se despierta,
regresamos a nuestro trabajo.
Sobre los campos y las aguas,
brilla un rojo amanecer.
 
LABRADORES
¡Carguemos nuestros carros
con trigo dorado!
 
CAZADORES
¡Vayamos al profundo bosque
para cazar ágiles venados!
 
MARINOS
¡Vayamos a navegar
por el ancho río!
 
MUJERES
¡Vayamos a recoger los frutos
en nuestros fértiles huertos!..
 
SOLDADOS
(despertando)
¡Alerta, compañeros!..
El sol ya está alto,
la luz de las antorchas está expirando... ¡alerta!..
 
NIÑAS, JÓVENES
(despidiéndose)
A la caída del sol, terminada la labor, 
volveremos a bailar sobre la hierba verde...
 
CORO
Las primeras luces de la mañana
han dorado las olas, del Rin.
Sobre la tierra todo se despierta,
regresamos a nuestro trabajo.
Sobre los campos y las aguas,
brilla un rojo amanecer.
 
(Se separan, suben a los botes,
van hacia diferentes lados)


Escena Segunda

(Hagen sale del castillo, seguido por guerreros
que llevan clarines, estandartes y banderas.
Se detiene en el umbral, rodeado por su escolta,
Los clarines suenan tocando atención.
Los labradores, marineros y cazadores,
se detienen y regresan al castillo)

 
CORO
¡El clarín de los heraldos suena!..
¡Vayamos a enterarnos de lo que sucede!...
 
HAGEN
¡Vasallos, hablo en nombre del rey Gunther!
La bondad soberana de los dioses,
señores del cielo, otorgó el amor
de la Valquiria a nuestro rey.
¡Brunilda se convertirá en nuestra reina!
¡Esparcid juncos y ramas florecidas!
Pronto aparecerá el cortejo nupcial...
¡Que el pueblo haga oír sus gritos de alegría!
 
CORO
¡Esparzamos juncos y ramas en flor!
Pronto aparecerá el cortejo nupcial...
Sigamos la marcha triunfal de Brunilda,
colmando el aire
con nuestros gritos de alegría.
 
(Sonido de clarines. Los heraldos se
agrupan en la puerta del castillo

Hagen baja y se mezcla con la multitud)
 

Escena Tercera

(Un barco adornado con flores y gobernado
por sacerdotes, aparece en el Rin)

 
HILDA
(seguida de Uta, abandona el castillo
y desciende hasta al coro de mujeres,
agrupadas en el escenario)

Hermanas, Brunilda aparecerá
y yo iré en medio de vosotras para saludar
a la bella guerrera que se convertirá
en la esposa de nuestro rey y señor.
 
(Las doncellas se reúnen alrededor de Hilda.
El cortejo comienza a salir del palacio.
Marcha. Tres toques de clarín. Brunilda
aparece guiada por el rey, está pensativa y
apenas mira a su alrededor)
 
CORO
¡Te damos la bienvenida,
reina Brunilda!
 
GUNTHER, BRUNILDA
¡Gracias!
 
(Gunther y Brunilda, rodeados por
su corte, toman su lugar en un trono
erigido frente al castillo)

 
GUERREROS
(trayendo sus regalos de boda)
Os ofrecemos,
según la costumbre germana,
caballos y refulgentes armas.
Nuestra reina siempre tendrá
nuestras armas a su disposición.
 
HILA, MUJERES
(Ofrecen a Brunilda husos y ovillos de lana)
Recibe, ¡oh, encantadora reina!
estas lanas y estos husos,
símbolos de los apreciados trabajos
de una esposa diligente.
 
(Brunilda besa a Hilda)
 
LABRADORES
(a Brunilda)
Os ofrecemos trigo sembrado con nuestras
manos, símbolo de bienes concretos y reales...
¡Reina, frente a la espiga que nos da el pan
todos los demás tesoros son despreciables!
 
CORO
¡Se bienvenida,
reina Brunilda!
 
BRUNILDA, GUNTHER 
¡Gracias!
 
HAGEN
Que comiencen los torneos caballerescos;
Delante del rey Gunther vengan a lidiar aquí;
¡Para este justo combate, ármense con la lanza
y tomen la espada también!
 
Ballet
 
(Después del ballet, un barco adornado
con flores y gobernado por sacerdotes
aparece en el Rin)

 
HAGEN
(a Gunther y Brunilda)
La barca que los debe llevar a la otra orilla,
bajo las sombras de nuestros venerados dioses,
donde vuestros juramentos
serán consagrados, por los sacerdotes,
ya llegó...
 
GUNTHER 
(a Brunilda)
¿Te complace seguirme
al bosque sagrado de Odín?
 
BRUNILDA
¡Sí, obedezco a los dioses,
señores de mi destino!

Escena Cuarta

(Sigurd entra a caballo
seguido de una gran comitiva)
 
SIGURD
Rey Gunther, hijo digno de tus ancestros heroicos,
Brunilda contigo sube a los altares de los dioses.
¡Confiado en la fe jurada,
Sigurd viene a reclamar la promesa sagrada
que una vez hiciste para este día glorioso!
 
GUNTHER 
Los dioses te envían.
¡Oh, hijo de Sigmund, Sigurd, valiente caudillo!
 
BRUNILDA
¡Ah, Sigurd!
 
GUNTHER 
Toma mi mano derecha, hermano mío,
lo que pidas,
Gunther te los entregará con alegría.
 
SIGURD
El presente que puede complacerme,
el más noble,
no está en manos del propio Odín.
Es Hilda, ¡es tu hermana a quien amo!
Hilda, que desde hace mucho tiempo
tiene todo mi corazón.
 
GUNTHER 
(a Hilda)
Sigurd te pide por esposa,
¿estás de acuerdo, noble muchacha,
de que cumpla mi promesa con este caudillo?
 
HILDA
¡Adiós, hermano mío, adiós, mi rey,
Hilda seguirá a Sigurd en la paz y en la guerra!
 
GUNTHER 
¡Oh Brunilda, toma sus dos manos
y júntalas a las tuyas!
 
HILDA, SIGURD
(se inclinan)
Sí...
¡Que nuestra felicidad sea obra tuya, reina!
 
BRUNILDA
¡Que el cielo dé un feliz destino a vuestro amor!

(Al unir las manos de Sigurd
e Hilda, ruge un trueno)

(Para sí)

¡Oh, Sigurd!
¿Qué veneno circula por mis venas?
 
SIGURD
(Para sí)
¡Oh, Brunilda!.. ¡Tu mano me quema!
 
HILDA
(Para sí)
¿Qué turbación se apodera de ellos?
 
UTA
¡Cielos! ¡Se ha roto el velo fatal!
 
GUNTHER 
El trueno en el cielo sereno
es un augurio feliz.

(a Sigurd)

Toma la mano que mi hermana
te da como prenda.
En la orilla opuesta del Rin,
los ministros sagrados de Odín
celebrarán un doble matrimonio...
 
UTA
(Para sí)
La muerte pende sobre nuestras cabezas.
¡Oh, día de sangre! ¡Oh, funesta fiesta!
 
CORO
¡Hagamos resonar en los aires
hurras y gritos de alegría!
¡Ya se dirige hacia el Rin el cortejo nupcial!
¡Cantemos la belleza incomparable de Brunilda!
¡Cantemos a la altiva Hilda, a quien Segur ama!
¡Que avance el cortejo triunfal!
¡Que despierte, ecos en el aire!
¡Gloria a Sigurd! ¡Gloria a Gunther!
 
UTA
(en el colmo de su temor, para sí)
¡Ah, lo puedo leer en el cielo!
¡Sus destinos están escritos!
La muerte se cierne sobre ellos,
sangrienta y pálida.
¡Dioses impíos, yo os maldigo!
¡Arrojadme a las sombras infernales,
clavadme dardos y rayos!
¡Dioses malditos! ¡Dioses de corazón de hierro!
 
(Uta cae inconsciente, las barcas
desaparecen mientras que la gente,

en la orilla, agita ramos de flores)
 
 

ACTO  CUARTO


(En Worms)
 
Cuadro Primero

(Una terraza en la fortaleza de Gunther.
El palacio a la izquierda, un porche con
amplia escalera que desciende desde
los alojamientos de la reina. En la parte

superior del porche que forma una especie
de pórtico, una puerta da acceso al palacio.
Árboles y una fuente. Al fondo, un camino.
Bosques en el horizonte. Atardecer)
 

Escena Primera
 
(Las esposas de los soldados sacan
agua de la fuente. Los sirvientes
salen del palacio y vienen también
a llenar cántaros que llevan sobre sus
cabezas)
 
MUJERES DE LOS SOLDADOS
¡Llenemos nuestros cántaros
en la corriente de estas frías aguas!
 
SIRVIENTES
¡Llenemos nuestros cuencos
con el agua pura que nace de la roca!

(Las mujeres se saludan y
se besan, los dos coros se
reúnen alrededor de la fuente)
 
MUJERES
(a los criados)
Mientras el agua de la fuente
corre llenando los cántaros,
imitemos la corriente que fluye ...
Vosotros, que sois servidores
de nuestro señor Gunther,
¡c
ontadnos las últimas novedades!
 
SIRVIENTES
¡Ay, todo el palacio está lleno de tristeza!
El llanto ha sustituido a la risa y la alegría.
Un mal misterioso y cruel está consumiendo
a la joven Brunilda, la reina encantadora.
 
MUJERES
¡Ni las lanzas ni las picas
de estas magníficas salas
anulan semejante amargura!
La miseria humana se asienta
más a menudo en los palacios
que en las cabañas.
 
SIRVIENTES
Agobiada por oscuros tormentos,
Brunilda languidece como una flor de tallo roto.
¡Constantemente solloza en silencio
y su rostro pálido está doblegado
bajo la ira de los dioses!
 
(Las damas de Brunilda aparecen en la
terraza de las habitaciones de la reina)
 
DAMAS
¡Allí viene!
Lánguida y apenas arrastrando los pies...
 
SIRVIENTES
¡Ahí está ella!... 
Respetemos sus pesares, saludándola.
 
(Brunilda aparece y desciende
lentamente hacia el frente de la escena,
apoyada por sus damas de compañía)


LOS DOS COROS
¡Nuestra labor es liviana!
¡Pasamos por esta tierra,
sin sufrir los males de los que
se llaman dichosos!
Como el pájaro en el seto,
deja que un poco de sol te ilumine
y te alimente un grano de trigo.
¡El cielo nos guarda,
midiendo el dolor y el frío
para los débiles y desamparados!
 
(Los dos coros se separan. Las esposas de
los soldados descienden al valle y las
doncellas regresan al palacio)

Escena Segunda
 
(Brunilda y sus damas de compañía)
 
BRUNILDA
Hijas mías, llevadme a esa fuente de agua pura
que corre bajo el espeso follaje...
¡Ah, no puedo pasear por los tupidos bosques
ni por las montañas coronadas de nieve!
¡La luz me quema... y la sombra me espanta!
¿Dónde hallará paz mi corazón angustiado?

(cae abrumada en un banco de piedra.
Las damas se apresuran a su alrededor)


¡Oh! ¿Qué? ¿De mi vano cuerpo
todavía queréis ocuparos?
Alejaros, sólo quiero testigo
de mis lágrimas esta fuente,
donde el agua llora y murmura.
 
(las mujeres se alejan con dolor y
respeto y entran lentamente en el
palacio, dejando a Brunilda abismada
con su sufrimiento)

 
CORO
(fuera de escena)
¡Nuestra labor es liviana!
¡Pasamos por esta tierra,
sin sufrir los males de los que
se llaman dichosos!
Como el pájaro en el seto,
deja que un poco de sol te ilumine
y te alimente un grano de trigo.
¡El cielo nos guarda,
midiendo el dolor y el frío
para los débiles y desamparados!
 
BRUNILDA
¡Oh, radiante palacio de bóveda estrellada!
¡Oh, moradas del cielo del que estoy exiliada!
Astros que derramáis 
puros y dulces rayos...
¡No me atrevo, ay,
a levantar la cabeza hacia vosotros!..
Un rayo inexorable
quema mi corazón herido
y su terrible veneno
se ha deslizado en mis huesos.
Anhelante, extraviada,
tiendo los brazos hacia ti... ¡Sigurd!
¡Vergüenza mortal!
¡Tómame, noche eterna!
¡Oh, tierra, trágame!..
¡Gran dios, cruel testigo
del destino que me abruma,
aleja de mi rostro tu terrible ira!
¡Odín! Fui culpable al desafiar tu mandato,
cuando en la batalla, a pesar de ti,
huí del cielo armada con mi lanza
para socorrer a Sigurd
abrumado por el poder enemigo.
Pero considera en tu justicia mi culpa,
comparada con mi tormento...
Dios cruel, que me entregaste a Gunther,
siendo de Sigurd toda mi alma.
Mi orgulloso corazón sufre 
el vergonzoso tormento del amor adúltero.
¡Te lo imploro, arroja sobre mí
el relámpago que aniquila!
¡Te lo imploro! ¡Soy una diosa, y sólo tú
puedes devolverme a la nada que deseo!
¡Sueños impotentes!.. ¡Ay!
¿No cae el fuego celestial sobre mí?
Una inexorable saeta ardiente
quema mi corazón herido.
Su temible veneno
en mis huesos se ha deslizado.
Anhelante, perdida, sumida por el dolor
tiendo mis brazos hacia ti.
¡Sigurd!.. ¡vergüenza mortal!
¡Noche eterna, llévame!
¡Oh tierra, trágame!

Escena Tercera

(Hilda, saliendo del palacio, ve a Brunilda. Se
detiene un momento observándola con actitud
de celosa desconfianza, luego se acerca a ella)

 
HILDA
Joven reina, hermana mía,
¿no te acostumbras a vivir entre nosotros?
Siempre te veremos bañada en lágrimas.
La tierra te ofrece en vano
los sus bienes más dulces,
un trono... tesoros...

(con intención)

Y el amor de un esposo...
 
BRUNILDA
¡Ay de mí!
 
HILDA
Expulsa, hermana mía, tu feroz tristeza.
Que la sonrisa, finalmente, renazca en ti.
¡El sol ya ha dejado el cielo azul!
¡Vamos, vayamos a la llanura,
para admirar el juego de los guerreros!
Un líder audaz los guía; ¡Sigurd!
 
(Brunilda se estremece)
 
HILDA
(aparte)
¡Se ha estremecido!
 
BRUNILDA
(levantándose como para huir)
¡Poderosos dioses!.. ¡Me tambaleo!
 
HILDA
(Con la ira reprimida,
deteniendo a Brunilda)
¡Ante el nombre de Sigurd, a pesar tuyo, 
la llama en tus ojos moribundos brilla!..
¿Por qué te tiembla la mano?
¿Por qué no te atreves a mirarme?
Escucha ... ya no es hora de fingir.
Mi ira... mi desprecio
está cansado de contenerse,
mira este cinturón hecho de seda y oro puro.
 
BRUNILDA
¿Quién te hizo este regalo?..
 
HILDA
Fue mi esposo Sigurd.
 
BRUNILDA
(aparte)
¡Oh, turbación! ¡Oh, luz fatal!
Ese es mi cinturón virginal.
Mi salvador, con el rostro velado,
tomó de mis manos el cinturón celestial...
 
HILDA
Sí, para que toda esperanza
se extinga en tu iluso corazón,
debes saber que tu liberación
fue obra de Sigurd, mi valiente esposo.
Fue él quien cruzó el muro de llamas,
traspasando el temido umbral
para convertir a la diosa en mujer,
y su esclavitud, en libertad.
 
BRUNILDA
El héroe que los dioses eligieron
para que fuera mi señor;
que ocultó su rostro
bajo la máscara de bronce
despertándome espada en mano.
El héroe que mis ojos no pudieron reconocer,
¿no era Gunther?
 
HILDA
¡Era el altivo Sigurd!
¡No era Gunther!
 
BRUNILDA
¡Sigurd! ... ¡Era Sigurd!
Brunilda todavía virgen y pura,
desató para él su cinturón
y lo entregó como muestra de su amor,
jurando amarlo hasta su último día.
Fue a Sigurd a quien, temblando
y extraviado, recibí en mis brazos
estrechándolo contra mi corazón.
¡Ay! Recuerdo que, apenas liberada,
me quedé dormida junto a mi conquistador.
Sigurd me ama... al romper mis cadenas,
tal vez Sigurd pensó en ti,
¡pero la voluntad soberana de los dioses
por siempre lo atará a mí!
 
HILDA
Sigurd me ama a mí pues, rompiendo tus cadenas,
te entregó cautiva al rey.
Sigurd no quería, ¡pobre reina!
recibir por recompensa a otra más que a mí.
 
BRUNILDA
¡Dios, a mis pies arroja tu rayo!
¡Sigurd es mi liberador! ¡Sigurd!..
¡Y yo pertenezco a Gunther, el impostor!
¡Sólo en la tumba,
podré conciliar el sueño!
 
HILDA
(altanera)
¡Oh, pálida Brunilda, hermana mía!
¡Olvida un amor desdeñado!
Resígnate al amor del rey
y esconde las lágrimas de tu corazón.
 
BRUNILDA
¿Sigurd te reveló este terrible secreto?
 
HILDA
En un estallido de amor Sigurd me lo dijo todo.
 
BRUNILDA
¿Sigurd fue capaz de cumplir
este acto detestable?
 
HILDA
¡El me ama!
¡Para todos los demás sólo tiene desprecio!
 
BRUNILDA
¡No! Cuando uní vuestras manos
con un horror desconocido,
al igual que yo... ¡Sigurd tembló!
Y el destello amenazador que brotó de las nubes,
brillaba en mi corazón atribulado.
 
Sigurd me ama... al romper mis cadenas,
tal vez Sigurd pensó en ti,
¡pero la voluntad soberana de los dioses
por siempre lo atará a mí!
 
HILDA
Sigurd me ama a mí pues, rompiendo tus cadenas,
te entregó cautiva al rey.
Sigurd no quería, ¡pobre reina!
recibir por recompensa a otra más que a mí.
 
(llega la noche)
 
HILDA
(asustada)
¡Piensas en un amor adúltero!
 
BRUNILDA
Fue entregándome a tu hermano,
cuando cometí un crimen indigno de perdón...
¡Mis lágrimas piden al cielo
que en el abismo donde estoy,
me fulmine un rayo!
 
HILDA
(furiosa)
¡Sigurd no te ama, mientes!
 
BRUNILDA
(con mucha nobleza)
¿Con qué derecho logras retener
a un héroe que ha perdido la razón?
¡Te pones pálida... y la vergüenza te abruma!
¡Llora por tu amor culpable! 
Es a ti a quien el cielo debe castigar.
¿A aquellos que han unido los dioses,
quién podrá separarlos?
 
HILDA
(aterrada)
¡Ah! ¡Un miedo gélido se infiltra en mis venas!
¡Cielos, haz que sus amenazas sean vanas!

Escena Cuarta

(Gunther, seguido de Hagen, abandona el
palacio con lacayos que llevan antorchas.
Al ver a las dos mujeres, se dirige hacia ellas)

 
HAGEN
¡Gunther, ordena a los lacayos
que iluminen el sendero
para ahuyentar las alimañas!
 
(Los lacayos salen)
 
BRUNILDA
¡Gunther, rey pérfido y mentiroso,
desprecio tu corona!
Sigurd fue mi libertador,
los dioses me lo otorgaron... ¡Lo amo!
¡Mientras viva, yo seré suya!
¡Uno de vosotros dos deberá morir,
ya sea Sigurd o tú, da igual,
antes que amanezca deberá estar sepultado.
 
(Brunilda se marcha colérica. Un
grupo de cazadores pasa por el fondo
de la escena con antorchas)
 
HILDA, HAGEN
¡Oh, terror mortal!
 
GUNTHER 
¡Oh, vergüenza mortal!
 
CORO
¡La noche será hermosa!
¡Rey Gunther, apaga tus antorchas!
¡Cuántos miles de estrellas
brillan alegremente en el bosque!
¡La noche será hermosa!

Escena Quinta
 
HILDA
(arrojándose a los pies de Gunther)
¡Ah, golpéame hermano mío,
lava tu cólera con mi sangre!
Le he dicho a Brunilda,
extraviada por la ira,
que Sigurd fue quien la liberó!
 
GUNTHER 
¡Ay de ti! ¡Ay de mí!
 
HAGEN
(a Hilda)
Ve hasta la llanura y consigue que Sigurd
te lleve a su campamento...
¡Sal antes del alba... por el bosque,
haz galopar tu caballo!
El rey Gunther sabrá cuidar a la reina.
 
(Hilda se despide de Gunther 
y sale apresuradamente)

Escena Sexta
 
GUNTHER 
¡Mi orgullo me ha perdido!
¿Con qué cara podré
enfrentar tu mirada, diosa irritada?
¡Oh, justo oprobio!..
¡Oh, vergüenza merecida!
¿Por cuánto tiempo soportaré el castigo?
 
(pone la mano en su espada)
 
HAGEN
(se vuelve y lo detiene)
¡No eres tú quien debe morir,
pues Sigurd no mantuvo su palabra!
Por el orgullo de su alma loca,
a tu hermana le reveló el secreto
que ella, a su vez, reveló a Brunilda.

(Gunther se conmueve)

¡Sigurd es amado por la reina!
Cada noche, su amor aquí la conduce de vuelta,
las sombras profundas de estos bosques
no han podido ocultarla de mis ojos.

(Gunther se exalta)

Sigurd está a punto de llegar...
Te traicionó... y debe morir.
Tú puedes mantenerte fiel al juramento...
¡Yo no he jurado nada!
 
GUNTHER 
¿Crees que consiento esta traición?
Ya he caminado demasiado
por el camino resbaladizo que lleva
de la mentira a la ignominia más deshonrosa.
 
HAGEN
Él ama a Brunilda, Gunther...
¡Yo odio a ese eterno conquistador
de audacia insolente!

(señalando a la izquierda)

¡Mira!... Una sombra se desliza
en la oscuridad nocturna. 
¡Gunther, ocúltémosnos bajo ese pórtico!

(Poniendo la mano en la espada)

Aquí viene Sigurd...  su hora ha llegado.
Te traicionó... y debe morir.
Tú puedes mantenerte fiel al juramento...
¡Yo no he jurado nada!
 
(Hagen conduce a Gunther debajo del
pórtico. La luna, que aparece detrás
del castillo, ilumina la fuente y los
árboles a su alrededor, mientras que
el pórtico donde se esconden los dos

hombres permanecen en penumbra)

Escena Séptima

(Gunther y Hagen se esconden)

SIGURD
Un recuerdo punzante,
en mi alma atribulada,
me ha hecho sentir su aguijón de acero...
Te veo permanentemente, ¡oh, diosa exiliada!
sufrir entre lágrimas
el amor del rey Gunther.
¡Oh, Brunilda! ¡Oh, pobre alma!
¿Desafié el horror de tu ardiente prisión
despertando tus encantadores ojos a la vida,
sólo para verte en las garras
de estos crueles tormentos?
¡Ah, desgraciado de mí!
Si con mis manos pudiera volver atrás el destino
y ver en tus labios una nueva sonrisa
mientras cantas haciendo girar la rueca.

Escena Octava

(Brunilda reaparece en la terraza y desciende
hacia Sigurd. Ella se ha despojado de la túnica
de reina y lleva flores en el velo)

 
BRUNILDA
¡Sigurd! Los dioses clementes
te han conducido hasta mí...
 
HAGEN
(a Gunther)
¡Mira!! ¡Brunilda avanza hacia él!
 
BRUNILDA
¡De tu campamento, Sigurd, conozco el camino!

(Sigurd retrocede dubitativo y
con temor frente a Brunilda
que avanza hacia él)


¡Ya no estoy vestida con los
atuendos reales de Gunther!
Llevo verbena y salvia morada
que rompen los hechizos.
¡Ven, Sigurd! ¿Qué temes?
Ven a donde brilla la luna
y se releja su pálido rostro
sobre este argénteo manantial.
 
SIGURD
(dudando)
¿Por qué me conduces
a esa fuente, Brunilda?
 
BRUNILDA
Sigurd, toma estas flores de verbena
y arrójalas al aguas invocando a Odín
y murmurando estas palabras:

(arroja los pétalos de flores en la fuente)

¡Con estas flores que el agua arrastra,
con estas flores que van hacia el abismo,
con estas flores los terribles hechizos malignos
caen, ruedan y huyen en la corriente!..
 
SIGURD
¿Qué lazos mágicos quieres que rompa?
¿Está mi alma sujeta al poder
de los espíritus malignos?
¿Estoy poseído por un hechizo?..
 
BRUNILDA
¡Obedece!
 
SIGURD, BRUNILDA
(Sigurd arroja las flores en la fuente
y Brunilda dice las invocaciones con él)

¡Con estas flores que el agua arrastra,
con estas flores que van hacia el abismo,
con estas flores los terribles hechizos malignos
caen, ruedan y huyen en la corriente!..
 
SIGURD
¡Oh, luz repentina,
el resplandor me encandila!
¡Mis cadenas se desvanecen!
Brunilda, ¡oh, diosa!
¡oh, regalo que los dioses
me han hecho!
¡Te amo!…
 
(Gunther hace un movimiento para
correr hacia Sigurd, Hagen lo detiene)
 
BRUNILDA
¡Santo cielo!
¡Una daga ha brillado en las sombras!..
Todo es una trampa en este palacio oscuro...
¡Arma tu mano, héroe,
con tu espada de fuego!
 
SIGURD
(obedeciendo)
¡Sí, la espada de Sigurd no descansará 
hasta que haya reconquistado
el tesoro que Odín me otorgó!
 
BRUNILDA
(inclinándose ante Sigurd)
Señor, los dioses me han dado a ti,
la valquiria te pertenece,
y no temas que ella se arrepienta
de haber abandonado su palacio celestial.
 
SIGURD
¡Oh Brunilda!
El remordimiento me desgarra y, sin embargo,
la felicidad eleva mi corazón hasta el paroxismo.
 
BRUNILDA, SIGURD
¡Olvidemos los males sufridos!
Para nosotros los cielos se abren.
Que nuestras almas confundidas en una sola,
perdidas en su embriaguez,
canten el solemne himno
de su amor eterno.
 
CORO
(distante)
¡La noche será hermosa!
¡Rey Gunther

, apaga tus antorchas!
¡Cuántos miles de estrellas
brillan alegremente en el bosque!
 
SIGURD
(a Brunilda)
¡Adiós! ¡Sigurd te reconquistará!..
¡En una pelea leal, o Gunther o yo!
 
(Sale hacia la izquierda)
 
GUNTHER 
(saliendo, del pórtico, a Hagen)
¡Lo mataré! ¡El traidor a la tumba!
 
(Hagen y Gunther se precipitan tras de Sigurd)
 
BRUNILDA
(reconociendo al rey)
¡Gunther! ¡Dioses, Sigurd morirá!
 
(Se inclina, tambaleante contra una roca)

Escena Novena
 
(Brunilda se estremece llevandose la mano
al corazón como si hubiese recibido un golpe)

 
BRUNILDA
(sentándose súbitamente)
¡Sigurd morirá!
 
HILDA
(corriendo ante el grito de Brunilda)
¡Dios poderoso!
 
BRUNILDA
Como un lobo sediento de sangre,
tu hermano lo persigue en las sombras.
¡Vayamos a través del bosque oscuro
y descubramos la cobarde traición de Gunther!
Tú lo amas... al igual que yo, y quieres salvarlo.
 
HILDA
¡No! ¡En lugar de verlo en brazos de otra,
prefiero ver descender al héroe,
a Sigurd, al seno del infierno!
¡Con su muerte
quedaré vengada,
y el caudaloso Rin
verá cambiada en sangre
la claridad de su agua!
 
BRUNILDA
¡Oh dioses, que leéis en mi alma!
¡Oh dioses, señores del cielo bermejo,
devolvedme a mi palacio de llamas
y restaurad mi apacible sueño!
 
HILDA
¡Renuncia a su amor! ¡Jura olvidarlo!
¡Expulsa de tu corazón la ternura adúltera!
Puedes salvar a Sigurd de la ira de mi hermano,
pues conozco todas las sendas
de estos bosques oscuros...
 
BRUNILDA
¡Oh dioses, que leéis en mi alma!
¡Oh dioses, señores del cielo bermejo,
devolvedme a mi palacio de llamas
y restaurad mi apacible sueño!
 
CORO
(distante)
¡La noche será hermosa!
¡Rey Gunther, apaga tus antorchas!
¡Cuántos miles de estrellas
brillan alegremente en el bosque!
¡La noche será hermosa!
 
HILDA
¿Oyes el sonido de los cornos?
¡El eco del bosque repite canciones festivas,
y, sin embargo, para nosotras el luto se acerca!
¡El que amamos, Brunilda, morirá!
 
BRUNILDA
¡Salva a Sigurd.. y te juro que renunciaré a él!
¡Salva a Sigurd!..
¡Mañana ya no estaré aquí!
 
HILDA
¡Ven... y tiembla si perjuras!
¡Ven!.. ¡Allí hay antorchas!
 
(De repente, Brunilda se estremece y se
lleva la mano al corazón como si hubiese
recibido un golpe, al mismo tiempo se
desata un gran tumulto)

 
BRUNILDA
Es demasiado tarde...
¡Sigurd ha sido atacado por Gunther!
Sentí en mi corazón el frío del acero.
¡Sigurd muere!

(con alegría)

¡Y yo me estoy muriendo también!
Los dioses me están matando,
a mí, a la mujer que él ama.
¡Morir por el golpe que a él lo hirió!
La espada de Gunther 
está empapada con mi sangre.
 
HILDA
(desesperada)
¡Sigurd! ¡Sigurd!

Escena Décima
 
(Sigurd, moribundo, es traído por los
cazadores. Las mujeres, precedidas
por Uta, salen del palacio)

 
CORO
¡Oh, dolor! ¡Oh, furia!
¡Un traidor ha marcado a Sigurd!...
¡Él ha caído, el guerrero fuerte!
¡Sigurd está muerto! ¡Sigurd está muerto!
 
SIGURD
¡Llevadme, amigos, allá...
donde las estrellas, sobre mi pálida frente,
pueda verlas brillar!
¡Quiero ver el cielo una última vez!
 
BRUNILDA
¡Yo muero contigo!
 
EL CORO
¡Oh, dolor! ¡Oh, furia!
¡Un traidor ha marcado a Sigurd!...
¡Él ha caído, el guerrero fuerte!
¡Sigurd está muerto! ¡Sigurd está muerto!

Escena Undécima

(Gunther

 y Hagen aparecen por

el fondo del escenario; tras ellos
el séquito de Gunther)

 
GUNTHER 
Siguiendo las costumbres de nuestros padres,
¡haced una pira de maderas!...
El asesino será castigado ... ¡lo ordena el rey!
 
HILDA
Los dioses te golpearán...
¡El asesino, eres tú!
 
CORO
¡Gunther!
 
GUNTHER 
¡Ah! ¡Maldita! ¡Insensata!
 
HILDA
Hiéreme, que por tus manos
caiga también yo atravesada.

(Gunther retrocede)

¡Vete! Pronto los dioses irritados 
lanzarán su trueno sobre ti.
Desde los confines de la tierra,
vendrán los implacables vengadores.
Las hordas salvajes de Atila,
traerán a estas tierras
muerte, esclavitud y hambre.
Yo tendré la dicha suprema
de verte presa de esas calamidades,
¡Me reiré de tu destino!

HAGEN
(dispuesto a golpearla)
¡Muere antes de que se cumpla
tu impía amenaza!
 
(Gunther retiene a Hagen,
Uta se pone delante de Hilda)
 

HILDA
(a Uta)
¡Madre! ¡Oh, tú que me alimentaste,
escucha a tu hija!...
 
UTA
¡Aquí estoy!
¿Qué quieres de mí? ¡Pobre Hilda!
 
HILDA
(entregando su pulsera a Uta)
¡Lleva esta pulsera al vengador! ¡Atila!
 
(Uta desaparece, Hilda se suicida)
 
EL CORO
¡Oh, prodigio!
¡Entre las llamas que se elevan, 
Sigurd y Brunilda ascienden al cielo!

Cuadro Segundo

Apoteosis

(Sigurd y Brunilda ascienden lentamente,
sobre el arco iris, al paraíso de Odín
que se abre para ellos)

 
SIGURD, BRUNILDA
Olvidemos las penurias sufridas
pues para nosotros los cielos están abiertos.
Nuestras almas se confundirán,
con embriaguez perdurable,
cantando el solemne himno
del amor eterno.
¡Astros, sed propicios y sonreír!
¡Oh, dioses cómplices de la boda
de dos esposos desde hace mucho tiempo
unidos por vosotros!
 
CORO

pues para nosotros los cielos están abiertos.
Nuestras almas se confundirán,
con embriaguez perdurable,
cantando el solemne himno
del amor eterno. 

(En el fondo de la escena, bajo
las nubes de la apoteosis, se puede
ver a Atila, apoyando su espada
en los cadáveres de los guerreros
burgundios)
 


Digitalizado y traducido por:
José Luis Roviaro 2020