ACTE PREMIER
(Worms,
la grande salle du
burg de Gunther)
Scène Première
(Les Femmes des
guerriers de
Gunther,
Uta, Hilda et sa
Suite)
FEMMES
Brodons des
étendards et
préparons des armes. Le
roi Gunther est las
de son repos, Il
veut courir à des
exploits nouveaux. Que
de beaux yeux
bientôt vont
répandre des larmes!
Victorieux, de
gloire et d'or
couvert, Il
reviendra, le brave
roi Gunther.
Brodons des
étendards et
préparons des armes.
HILDA
Celui-là seul est
heureux Qui
porte un cœur
valeureux Dans
la mêlée orageuse
Celle-là seule est
heureuse Que
chérit jusqu'à la
mort Un
chef courageux et
fort.
CHOEUR
Brodons des
étendards et
préparons des armes!
Entendez-vous le cor
au fond des bois? Le
roi Gunther suit un
cerf aux abois,
Image des combats, la
chasse en a les
charmes, Le
roi Gunther va
conquérir encor
Quelques vieux burg,
quelque riche
trésor;
Brodons des
étendards et
préparons des armes!
UTA (à Hilda)
Toujours songeuse et
pâle Hilda...
d'où vient ta peine? Le
roi Gunther, ton
frère,
accédant à tes vœux
Rejette d'Attila les
désirs glorieux, Et
les Huns indomptés
ne t'auront pas pour
reine; Tu
soupires... Tes yeux
sont humides de
pleurs,
Parle... dis ta
souffrance ou
ta triste pensée A
celle qui demain
veut mourir si tu
meurs,
Qui, te donnant son
lait, dans
ses bras t'a bercée!
HILDA Ma
mère... un songe
malgré moi Me
glace d'un mortel
effroi.
Jadis, j'ai
recueilli dans la
forêt prochaine Un
milan voletant à
peine, Et
de mes mains je l'ai
nourri. Dans
mon rêve j'ai vu
s'élancer d'un nuage Un
aigle affamé de
carnage,
Frappant l'air d'un
lugubre cri. Je
cachais dans mon
sein, troublée et
frémissante, le
pauvre oiseau
tremblant… De
son bec acéré,
Malgré mes vains
efforts et mes cris
d'épouvante,
L'aigle cruel l'a
déchiré.
UTA Ma
fille... Le sommeil
est pour moi sans
mystère! Ce
milan... c'est un
noble époux...
Garde qu'une rivale,
un jour, en sa
colère Dans
tes bras ne le fasse
expirer sous
ses coups.
HILDA Je
veux vivre à jamais
sans amour.
UTA
(souriant) O
blashème
HILDA J'ai
refusé le trône
d'Attila. Quel
moins digne voudrait se
condamner lui-même
Aux dédains du cœur
qui dort là?
UTA Un
héros vient
toujours... et
c'est celui qu'on
aime.
HILDA Hé
bien, il est venu,
ma mère, le héros!
J'aime! et j'aime
sans espérance...
Depuis qu'il a paru,
j'ai perdu le repos,
J'aime et je meurs
de ma souffrance!
Comme le soleil au
ciel pur
Soudain vous fait
pâlir, astres que la
nuit sème, Tel
parmi les vaillants
brille celui que
j'aime, Le noble
et valeureux Sigurd! Te
souvient-il de ces
jours pleins de
larmes Où
la victoire ayant
trahi nos armes, Mon
père mort en
guerrier valeureux, De
nos vainqueurs
traînant la
lourde chaîne,
J'étais l'esclave au
palais de leur
reine,
Servant sa table et
tressant ses
cheveux? Un
vengeur vint, calme
et superbe
Comme un faucheur
moissonne l'herbe, Il
allait couchant
devant lui Les
guerriers qui
n'avaient pas fui. Sa
beauté sévère Est
celle des dieux,
L'éclat de ses yeux Fait
trembler la terre, Du
glaive d'airain Dont
s'arme sa main,
Jaillit un feu
sombre; Par
lui, les guerriers
S'endorment sans
nombre Sur
leurs boucliers.
Sigurd brisa nos
fers, puis
tout sanglant encore Sans
daigner seulement
sur nous lever les
yeux,
Calme et fier, il
reprit son chemin
glorieux. Ma
mère, tu connais le
mal qui me dévore, Que
rien ne peut apaiser
désormais! Il
n'a pas vu que je
l'aimais!
LE CHOEUR
(se rapprochant à la
fin du récit.)
Fille des rois, que
te sert d'être
belle?
Pourquoi répandre en
secret tant de
pleurs?
L'espérance a ton
âge, Hilda, souris
comme elle!
Souris; le
gai printemps sur ta
lèvre est en fleurs.
UTA La
nuit vient, les
chasseurs ont
quitté les halliers.
Femmes, il faut
céder cette salle aux
guerriers.
CHOEUR
Voilà les étendards,
les cuirasses, les
armes! Avec
le jour finira le
festin; Le
roi Gunther part aux
feux du matin. Nous
l'attendrons ici
sans pleurs et sans
alarmes.
Victorieux, de
gloire et d'or
couvert, Il
reviendra, le brave
roi Gunther
.
Voilà les étendards,
les cuirasses, les
armes!
(Le
chœur sort)
Scène
Seconde
(Uta arrête Hilda au
moment où elle
allait sortir à la suite du chœur,
et la
ramène
vivement à
l'avant-scène)
UTA (à
Hilda) Je
savais tout, j'avais
lu dans ton cœur Ton
amour pour ce fier
vainqueur Tes
tourments, ta
misère,
Hilda, Sigurd ici
bientôt viendra
Et d'un ardent amour
bientôt il t'aimera!
HILDA
Dieux!
UTA Les
destins n'ont pas de
secrets pour ta
mère.
I Je
sais des secrets
merveilleux
Jadis appris à nos
aïeux Par
les esprits
terribles; Je
sais des charmes
redoutés
Soumettant à nos
volontés Les
êtres invisibles. J'ai
conjuré l'esprit de
l'air,
D'aller vers Sigurd
au cœur fier Et
de lui porter la
pensée De
venir au burg de
Gunther. Il
vient, ô pauvre âme
blessée, Le
fiancé que tu
choisis! O
fleur par l'orage
lassce, Il
vient, sèche tes
pleurs, souris.
II
Par
une belle nuit
d'été, La
lune inondant de
clarté Les
lacs bordés d'yeuses En
invoquant Freia
trois fois J'ai
cueilli dans l'ombre
des bois Des
plantes
merveilleuses. Mon
art en a su composer Un
philtre où Sigurd va
puiser Les
feux d'une ardeur
insensée Qui
pour Hilda va
l'embraser. Il
vient, ô pauvre âme
blessée, Le
fiancé que tu
chosis! O
fleur par l’orage
lassée, Il
vient, sèche tes
pleurs. Souris.
(Fanfares, au
dehors)
HILDA Ah! je
tremble!
UTA
Ecoutons.
CHOEUR (au dehors)
Voilà le fier
chasseur,
Voilà le roi
Gunther
HILDA (à
Uta qui l’entraîne)
O ma mère, j’ai
peur!
Scène Troisième
(Le Roi Gunther,
Hagen, Un Barde,
Rudiger,
Les Envoyés
d’Attila,
Suite de Gunther,
etc. Valets, portant des
flambeaux. Marche.
On apporte des
tables)
CHOEUR
Quand on court
depuis le matin Les
forêts. Les monts et
la plaine, Il
est doux de
reprendre haleine
Assis auprès d’un
gai festin! Que
les échos des salles
hautes
Répètent un joyeux
horrah.
Gloire à Gunther,
gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés
d’Attila!
(Gunther, prenant
place sous un dais. Rudiger et ses
compaganons à sa
droite à la
place d’honneur)
GUNTHER
J'aime à vir assis à
ma table Avec
vous, mes guerriers, ces
chefs pleins de
valeur
Envoya vers ma sœur,
Emplissez ma coupe
profonde,
Versez l'hydromel à
la ronde,
Amis, avec moi buvez
tous! Au
roi des Huns, à ses
guerriers, à
vous!
CHEOUR
Que
les échos des salles
hautes
Répètent un joyeux
hurrah,
Gloire à Gunther,
gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés
d'Attila!
HAGEN (Se levant)
Donnons encor ce
soir aux fêtes ; Pour
de nouveaux combats, nous
partirons demain,
voyez à ces parois
briller nos armes
prêtes.
CHOEUR (à
Gunther) De
quelles nouvelles
conquêtes
Vas-tu nous montrer
le chemin?
GUNTHER A
cette table à tous
ouverte,
Est-il assis, ce
barde aux cheveux
blancs, Que
nous avons trouvé
traînant ses pas
errants, Un
soir, dans les
sentiers de la forêt
déserte?
CHOEUR O
vieillard, lève-toi
Et marche vers ton
roi!
GUNTHER
Barde, prends ta
harpe sonore Et
devant les guerriers
assis à ce festin, Au
roi Gunther redis
encore Le
chant de Brunhild,
prisonnière d'Odin.
CHOEUR Au
roi Gunther redis
encore Le
chant de Brunhild,
prisonnière d'Odin.
BARDE Il
est une île sombre
où le sol calciné
Cache des lacs de
feu sous des plaines
de neige,
Autour d'elle mugit
l'Océan déchaîne, De
ses noirs
touirbillons la
tempête l'assiège.
GUNTHER
C'est là que je
veux, mes amis,
Portant la lance et
la framée,
Conquérir un trésor
sans prix!
CHOEUR Le
froid, le feu, la
vuit ni l'onde
N'arrêtent les cœurs
généreux, Nous
te suivons au bout
du monde, roi
valeureux.
BARDE
Odin, dieu farouche
et sévère,
Odin, qui voit dans
sa colère
Trembler le monde
épouvanté,
Odin, de courroux
transporté. Un
jour chassa du ciel
une vierge guerrière Qui,
pour combattre sur
la terre,
Avait osé quitter le
séjour enchanté.
C'était Brunhild, la
plus belle ; Les
larmes de ses sœurs
intercédant pour
elle,
N'ont pu fléchir le
dieu cruel! La
Walkyrie est
condamnée A
subir notre destinée En
entrant au lit d'un
mortel.
Qu'un guerrier au
cœur fier ses lève,
Qu'il marche hardi
vers la grève Où
flamboie un château
de feu! Que
brisant tes fers, ô
déese! Il
conquière pour sa
jeunesse Une
épouse digne d'un
dieu. Dans
un palais aux murs
de flamme
Gardé par un
enchantement,
Brunehild, la
charmante femme
Attend son époux en
dormant. Des
esprits, des
monstres terribles
Gardent les bords
inaccessibles Où
l'on voit sa prison
briller. Un
guerrier, brave
entre les braves, Doit
délivrer de ses
entraves La
jeune vierge et
l'éveiller...
Qu'un guerrier au
cœur fier se lève,
Qu'il marche hardi
vers là grève Où
flamboie un château
de feu! Que
brisant tes fers, ô
déesse! Il
conquière pour sa
jeunesse Une
épouse digne d'un
dieu.
GUNTHER Je
franchirai demain
ton gouffre, ô
mer profonde!
CHOEUR Le
froid, le feu, la
vuit ni l'onde
N'arrêtent les cœurs
généreux, Nous
te suivons au bout
du monde, roi
valeureux.
RUDIGER, COMPANGNONS (se levant)
Prince du Rhin, nous
partons dès l'aurore Et
nous devons prendre
congé de toi, Fais
cependant que nous
puissions encore Dire
à ta sœur les vœux
de notre roi.
(Gunther fait une
geste, des valets
sortent et emportent
les tables)
GUNTHER Que
votre désir
s'accomplisse, Il
ne dépendra pas de
moi qu'Hilda Ne
sente dans son cœur
sa fierté qui
fléchisse Et
ne monte joyeuse au
trône d'Atilla!!
Scène Quatrième
(Les mêmes, Hilda,
Uta, suivantes)
CHOEUR
Salut, salut, à la belle! Un lys à l'aurore
nouvelle Est moins gracieux et
moins pur, Ses cheveux sont d'or;
demi closes, Ses lèvres sont de jeunes
roses Et ses yeux bleus des
fleurs d'azur!
(Rudiger et ses
compagnons
fléchissent le
genou devan Hilda)
RUDIGER Le
chef des Huns par
notre voix,
Belle Hilda, vous
implore encore ; Son
empire s'étend des
Alps au Bosphore Et
le mond romain vit
tremblant sous ses
lois.
IRNFRIT S'il
vous plaît d'avoir
pour couronne Le
diadème brillant De
l'empereur d'Orient,
Le fier Attila vous
le donne!
RUDIGER Si
vous voulez, sur vos
hatibs, Sur
vos voiles, ô jeune
reine,
Semer les perles,
les rubis, De
trésors Rome est
encor pleine.
RUDIGER, IRNFRIT
Attila peut pour
vous
O beauté sans
seconde,
Mettre, en
dépouillant le vieux
monde,
tous ses trésors à
vos genoux.
(Hilda s'avance et va
parler, puis, par un mouvement de pudeur,
elle se tourne vers son frère et se
jette dans ses
bras)
GUNTHER
J'aurais voulu
qu'Hilda
reconnaissante et
fière Eût
partagé la fortune
guerrière D'un
chef illustre, entre
tous redouté, Il
lui plaît de rester
vierge au
burg de son frère, Son
vœu doit être
respecté.
Emplissez ma coupe
profonde,
Versez l'hydromel à
la ronde,
Amis, avec moi buvez
tous, Au
roi des Huns, à ses
guerriers, à vous!
CHOEUR Que
les échos des salles
hautes
Répètent un joyeux
hurrah,
Fêtons Gunther ,
fêtons ses hôtes,
Gloire aux envoyés
d'Atilla.
(Appel de
trompettes. Hagen
sort)
LE DEMI-CHOEUR Le
son belliqueux des
trompettes Au
pied des murs a
retenti! Quel
homme est assez
hardi Pour
oser troubler nos
fêtes?
HAGEN (rentant) Un
guerrier, à l'air
noble et fier,
Couvert d'une armure
éclatante,
Vient vers le
vaillant roi
Gunther.
HILDA (à part)
Dieux!
GUNTHER
Devant moi qu'il se
présente,
Scène Cinquième
(Gunther est devant
son trône, sous un
dais avec Hilda à ses
côtés, tous ses
guerriers l'entourent, Sigurd
entre tout armé.
Appel des
trompettes)
SIGURD
Prince du Rhin, au
pays de mon père, Le
récit me fut fait
qu'à Worms auprès de
toi Sont
réunis les meilleurs
gens de guerre
Qui jamais servirent
un roi! Je
viens te défier,
Gunther, et me
soumettre Le
comaine opulent
don’t le ciel t'a
fait maître,
Car tu veux comme
moi, conquérir la
beauté
Qu'Odin tient
prisonnière en un
burg enchanté.
CHOEUR
(entourant Gunther,
l'épée haute) Il
faut châtier tant
d'audace, Il
faut qu'il meure à
cette place,
L'insorlent qui
vient jusqu'ici,
Gunther, te féfier
ainsi!
GUNTHER Qui
donc es-tu, toi qui
m'oses braver,
Avec ces paroles
hardles?
CHOEUR
Es-tu digne de voir
celui que tu défies
Pour te combattre se
lever?
SIGURD O
nobles guerriers,
votre épée D'un
sang plus pur ne
peut être trempée, Si
vous voulez savoir
ma patrie et mon
nom, Je
suis Sigurd, fils
du roi Sigemon.
Ensemble
HILDA
Sigurd, le héros
invincible
Apparaît encore à
mes yeux,
Brillant de la
beauté des dieux. En
le voyant calme,
insensible, Je
sens défaillir mes
esprits,
D'amour et d'effroi
je frémis!
GUNTHER, CHOEUR
Sigurd, le héros
invincible Au
bras toujours
victorieux, Qui
sort de la race des
dieux,
Sigurd qui va, calme
et terrible,
Moissonnant comme
des épis Les
chefs courageux et
hardis!
GUNTHER O
fils de Sigemon,
Sigurd, chef plein
de gloire, Je
n'ai jamais connu la
feinte ni la peur, Mais
ton nom est vivant
au fond de ma
mémoire Et
je veux sans combat
te proclamer
vainqueur. O
fils de Sigemon,
Sigurd, mon héritage fut
un jour au pouvoir
d'ennemis inhumains, Tu
secourus alors mon
impuissant courage Et
délivras ma sœur
captive entre leurs
mains. O
fils de Sigemon,
Sigurd, mon noble
frèr, De
mes biens, de mon
or, je t'offre la
moitié,
Auprès de moi prends
place au
trône de mon père,
Echangeons un
serment d'immortelle
amitié!
SIGURD Je
le veux, jurons-nous
une amitié sincère.
CHOEUR
Jurez, jurez!
SIGURD, GUNTHER Nous
nous promettons
devant vous,
Dieux qui punissez
le parjure, Une
amitié fidèle et
pure, Je
suis à toi, mon
frère, et jure
Devant le ciel,
devant mes armes,
devant tous.
CHOEUR Ils
se promettent devant
vous,
Dieux qui punissez
le parjure, Une
amitié fidèle et
pure, Ils
sont amis, et chacun
d'eux le jure
Devant le ciel,
devant ses armes,
devant tous.
HILDA (à Sigurd,
s'approchant une
coupe à la main, suivie de Uta
portant une
amphore)
Celle à qui tu
sauvas et l'honneur
et la vie, O
chef, toujours
vainqueur,
Vient, de ses mains,
t'offrir cette
liqueur,
Sceller la coupe en
main le serment qui
vous lie!
CHOEUR
Sceller la coupe en
main le serment qui
vous lie!
GUNTHER A la
ronde, versez
l'hydromel parfumé, Il
faut boire à notre
hôte aimé.
(Hilda a pris des
mains de Uta la
coupe qu'elle a offerte à
Sigurd. Cependant tous les
guerriers, la coupe d'une main, le glaive
de l'autre,
entourent
Gunther et Sigurd qui,
choquant leur coupe et tendant leurs
épées,
ronouvellent leur
serment)
RUDIGER (offrant un bracelet à
Hilda)
Avant que nous
quittons à jamais ce
rivage, De
l'amour d'Attila
daignez prendre ce
gage ; S'il
le reçoit de vous
par quelque
messager, Il
vientra vous
défendre ou
sinon vous venger.
(Hilda prend le
braclet des mans de Rudiger et
l'attache à son bras
avec l'aide
d'Uta)
SIGURD (après avoir vidé la
coupe)
Dieux! quel trouble
nouveau s'empare De
mon cœur agité, Ma
raison chancelle et
s'égare A
l'aspect de cette
beauté ;
C'est comme un
charme qui
m'enchate, Je
vois Tant
d'attriats, de grâce
touchante Pour
la première fois.
GUNTHER Sans
fausser le serment
d'amitié qui nous
lie, Je
veux te disputer le
radieux réveil De
la vierge qui dort
d'un magique
sommeil.
SIGURD (à
Gunther) Pour
conquiér la
Walkyrie, Et
briser ses liens, ô
roi, si tu le veux, Dans
les mêmes périls nous
combattrons tous
deux. Mais
au retour dans ta
patrie, Au
sang que près de
toi, frère, je
verserai, tu
donneras le prix que
je réclamerai.
GUNTHER J'en
fais serment d'un
cœur sincère, Et
la main dans la
main.
SIGURD Pour
conquérir Brunhild
la guerrière, Nous
partirons demain.
SIGURD, GUNTHER Nous
nous promettons
devant vous,
Dieux qui punissez
le parjure, Un
amitié fidèle et
pure. Je
suis à toi, mon
frère, et jure
Devant le ciel,
devant mes armes,
devant tous.
CHOEUR Ils
se promettent devant
vous,
Dieux qui punissez
le parjure, Une
amitié fidèle et
pure. Ils
sont amis et chacun
d'eux le jure
Devant le ciel,
devant ses armes,
devant tous.
(Tous les chefs
entourent Sigurd et
Gunther, l'épee
haute)
ACTE DEUXIEME
(Islande)
Premier Tableau
(Un forêt sacré au
bord de la mer. Sous un
énorme
tilleul consacré à
Freia, s'élève
un autel où se
célèbre un
sacrifice)
Scène Première
(Le Grand-Prêtre
d'Odin, Choeur des
Prêtres,
Choeur du Peuple. Le grand-prêtre
célèbre un
sacrifice, d'autres prêtres
l'entourent et
prient
avec lui.
Le peuple est
prosterné autour
d'eux)
PRÊTRES
Dieux terribles qui
vous plaisez Dans
les nuages embrasés,
PEUPLE
Qu'en vos mains
dorme le tonnerre.
PRÊTRES
Dieux farouches
don’t les autels Sont
rougis du sang des
mortels,
PEUPLE
Laissez fléchir
votre colère.
LES PRÊTRES
Dieux cruels qui
volez la nuit Dans
un char par la mort
conduit,
PEUPLE
Détournez vos yeux
de la terre.
GRAND PRÊTRE Et
toi, Freia, déese de
l'amour,
Belle épouse d'Odin
qui partages son
trône, Des
vierges au lever du
jour Ont
pour toi, de leurs
mains,
tressé cette
couronne.
Déesse charmante,
reçois
Cette offrande avec
un sourire! Par
toi, tout aime et
tout respire,
Freia, qui pour
miroir prends les
lacs de
ces bois.
(Reprise du chœur du
peuple et des
prêtres)
Scène Deuxième
SIGURD, GUNTHER,
HAGEN (au dehors) O
Brunhild, ô vierge
armée, Dans
un burg de flamme
enfermée, Vers
toi, par ce sombre
chemin, Nous
marchons le glaive à
la main.
(Ils entrent)
GRAND-PRÊTRE
Quels profanes, au
fond de ces antres
sauvages
Portent leurs pas
audacieux?
LE PEUPLE
Bravant notre
courroux et
celui de nos dieux,
Quels étrangers ont
franchi ces rivages?
SIGURD, GUNTHER,
HAGEN Nous
sommes trois
guerriers nés aux
pays dy Rhin. Nous
venons conquérir la
velle Walkyrie Qui,
dans son palais
endormie,
Attend l'époux que
lui promit Odin.
PRÊTRES, PEUPLE
Tremblez! Les
esprits invisibles Vont
sortir, menaçants,
terribles, Des
arbres, des rochers
et des lacs de ces
bois.
Tremblez! C'est à
la mort que vous
marchez tous trois.
GRAND PRÊTRE Des
champs sacrés voilà
les bornes Ceux
par qui ces dolmens
déjà furent
franchis, Ont
semé ces déserts
mornes De
leurs os blanchis.
PRÊTRES, LE
PEUPLE
Tremblez! Les
esprits invisible…
HAGEN, SIGURD,
GUNTHER (s'avançant toujours) O
Brunhild, ô vierge
armée…
GRAND PRÊTRE Eh
bien! puisque
ici-bas rien ne peut
vous
soustaire aux arrêts
du destin,
Guerriers qu'anime
un espoir téméraire,
Ecoutez les décrets
d'Odin!
PRÊTRES, PEUPLE
Ecoutez d'un Dieu
terrible
L'arrêt inflexible!
(Tous se prosternent. Les trois
guerriers
s'inclinent. Le
tonnerre
gronde dans
le lointain)
GRAND-PRÊTRE Un
seul de Brunhild
rompra
l'enchantement. Un
seul peut éveiller
la déesse exilé,
Sonnant le cor sacré dans
la sombre vallée, Un
seul, héros au cœur
de diamant, Des
esprits infernaux
vaincra la
troupe ailée. Et
celui-là plus pur
que l'aube d'un beau
jour,
vierge de corps et
d'âme,
N'aura jamais subi
le joug d'aucune
femme, Ni
murmuré jamais des
paroles d'amour.
PRÊTRES,
PEUPLE Vous
savez d'un Dieu
terrible
L'arrêt inflexible.
SIGURD
Prêtres,
apportez-nous le cor
sacré d'Odin, Un
de nous vers le burg va
se mettre en chemin!
(Les prêtres et le
peuple
disparaissent
parmi les arbres)
Scène Troisième
(Sigurd, Gunther &
Hagen)
GUNTHER
Lequel de nous va
tenter l'aventure?
HAGEN Qui
de nous restera
dans la forêt
obscure?
SIGURD Moi!
HAGEN Les
dieux sont armés
d'inexorables
traits. Que
peut contre eux
notre faiblesse!
SIGURD (à
Gunther)
Quand Brunhild sera
dans ton palais,
Souviens-toi
seulement, Gunther,
de ta
promesse et des
serments que tu m'as
faits. J'ai
fiancée inconnue Que
sur mon cœur devait
régner, Et
jamais un mot de ma
boche
N'offensa sa fierté
farouche ;
C'est moi qu'en ses
décrets Odin veut
désigner.
HAGEN (à
Gunther)
Celui qui, parvenu
près de la Walkyrie
Rendra la déese à la
vie,
Deviendra pour
jamais son maître,
son époux.
GUNTHER (s'élançant)
Adieu donc, les
périls, je veux
les braver tous!
SIGURD (l'arrêtant) Un
autre amour m'a pris
mon âme toute
entière,
Brunhild ne me verra
pas. Sous
ton casque d'airain,
sans lever la
visière, Je la
conduirai dans tes
bras!
(Mouvement de
Gunther)
Par
mon amour! mon
frère, je te jure,
De te l'amener
vierge et pure!
CHOEUR Toi
qui du sein des
nuages Fais
dans les orages
Briller ton
courroux!
Puissant Odin, Dieu
sévère. Le
ciel et la terre
Sont à tes genoux!
HAGEN (pendant que le roi et
Sigurd font l'échange de leurs
casques) Déjà
descend vers nous la
blanche théorie, Elle
s'avance au
bruit des chants
religieux, Elle
vient apporter le
cor mystérieux,
A qui veut délivrer
la bell Walkyrie!
SIGURD
Amis, recevez mes
adieux.
Scène Quatrième
(Les mêmes, Les
Prêtres, le Peuple,
Le
Grand-Prêtre,
apportant le cor
sacré)
CHOEUR Toi
qui du sein des
nuages, Fais
dans les orages
Briller ton
courroux!
Puissant Odin, Dieu
sévère, Le
ciel et la terre Sont
à tes genoux! Dieu
qui donne la
victoire
Souris dans ta
gloire, A ce
guerrier fort Qui
vient, quittant sa
patrie, Pour
la Valkyrie,
Affronter la mort!
GRAND-PRÊTRE
Lequel de vous,
guerriers, va
marcher plein
d'audace Vers le
palais de feu?
SIGURD
(ayant sur la tête
le casque du roi) Moi!
GRAND-PRÊTRE
Prends ce cor sacré,
présent de notre
Dieu, Si
l'épouvante ne te
glace,
Alors qu'autour de
toi les esprits vont
rugir,
Sonne trois fois ce
cor sonore, D'un
lac don’t la flamme
dévore, A
ton troisième appel le
palais va surgur.
SIGURD (prenant le cor)
Donne.
GRAND-PRÊTRE (à
Gunther et à Hagen) Sur
vos vaisseaux, vous,
quittez cette rive Si
ce guerrier délivre
la captive, Par
les esprits vaincus,
jusqu'aux rives du
Rhin, Il
sera ramené soudain,
Telle est des dieux
la volonté terrible!
HAGEN, GUNTHER (à Sigurd)
Puisse s'ouvrir pour
toi le burg
inaccessible!
Puisses-tu triompher
des colères d'un
Dieu!
GUNTHER
Puisses-tu revenir
près de Gunther!
SIGURD
Adieu.
CHOEUR Toi
qui des nuages Fais
dans les orages
briller ton courroux
Puissant Odin, dieu
sévère, Le
ciel et la terre Sont
à tes genoux.
(Pendant qui le rideau
es baissé, on continue
à entendre le
chœur qui s'éloigne. Quand le
rideau se
relève, Sigurd est
seul)
Deuxième Tableaux
(en se relevant, le
rideau laisse voir
le
Folkranger ou champ des morts.
C'est une
plaine
lugubre coupée et là par des
doimens
et autres pierres druidiques. Au
fond, un lac
bordé
d'arbres funèbres)
Scène Première
(Sigurd)
SIGURD (seul) Le
bruit des chants
s'étient dans
la forêt immense, Sous
les tilleuls sacrés
tout est ombre et
siilence, Et je
me sens au cœur
l'audace d'un héros!
Pourquoi tarder?…
Que le combat
commence! O
cor de ces bois
noirs
éveille les échos! Non! si ma force et mon
courage
Succombent dans
l'effort, Si
la mort
M'attend dans cette
île sauvage,
Esprits gardiens de
ces lieux vénérés,
sachez quel nom,
redit par votre
bouche,
M'éveillera sur ma
funèbre couche,
Lorsque j'y
dormirai.
Hilda, vierge au
pâle sourire,
Jeune lys tremblant
sous ses fleurs,
C'est ton doux nom
que viendra dire
Sur ma tombe la nuit
en pleurs! Mais
non! point de
triste présage, Mon
amour doublera ma
force et mon
courage,
Elfs, Kobolds,
esprits, paraissez
tous, Je viens à
vous!
(Il
sonne du cor)
Scène Deuxième
(Le ciel s'obscurcit,
le tonnerre gronde,
le vent fait entendre parmi
les arbres des
gémissement sinistres. Trois
femmes se montrent au bord du lac.
Elles
lavent un vêtement
blanc et
semblent se
gâter à
l'ouvrage)
SIGURD (aux trois
lavandières)
Pourquoi vos yeux
sont-ils remplis de
larmes,
Jenues filles?
Pourquoi ces
vêtements de deuil?
Que lavez-voux à
cette onde?
(Les trois nornes se
dressent devant Sigurd
et lui font
signe que c'est un
linceul lavent)
Un linceul! Pour
qui? Parlez!
(Les trois nornes
indiquent à Sigurd
que ce linceul
lui est destiné)
Pour moi?
(Les trois normes
disparaissent dans
le lac)
Point de lâches
alarmes,
Fantômes qui venez
au-devant de mes pas
Vos présages de mort
ne m'arrêteront pas!
(Il se prépare à
sonner pour la
deuxième fois
le cor sacré. À
la lueur des
éclairs, des
Walkyries armées
appaissent de tous côtés et
cherchent à le lui arracher. Sigurd lutte
vaillamment contre
elles. Des Kobolds viennent
à
leur tour assaillir
le héros)
Je
vous vaincrai,
peuple sans nombre Des
fils de l'ombre.
(Une nué de fantômes
et de lutins de tout sorte se joint aux
Walkyries et aux
Kobolds et
tourbillonne autour
de Sigurd. L'épée à la
main et
appuyé contre un rocher)
Arrière, Kobolds,
noirs esprits,
Pour le seconde
fois, cor sacré,
retentis!
(Il sonne du cor)
Scène Troisième
(Le lac paraît baigné
pur une clarté plus
douce. Les Walkyries et les
Kobolds se sont
écartés. Des Nixes sortent
lentement du lac et
des roseaux, pendant que
les Elfes viennent
des bois. Elles cherchant,
en enlaçant Sigurd
dans leurs bras, à
l'entraîner dans
leur danses voluptueuses, à le
conduire vers les
rochers pour le précipiter
dans le lac. Sigurd
résiste. Une
Elfe dérobe le cor
et s'enfuit)
SIGURD (s'arrachant aux Elfes
et aux Nixes) Non,
sur moi, comme
l'épouvante, La
volupté doit rester
impuissante!
(Sigurd cherche à
reconquérir le cor d'Odin,
le tonnerre
gronde de nouveau, les éclairs
flamboient, les
Walkyries, les Kobolds
accourus
entourent l'Elfe,
cherchant à
écarter Sigurd. Le nuée de fantômes
tourbillonne de nouveau autour du
héros,
Sigurd cependant se fraie un
passage parmi
les glaives des Walkyries
qui se brisent sur sa poitrine et arrache
à l'Elfe le cor
sacré)
Retentis dans ces
sombres bois, O
cor sacré, pour la
troisième fois!
(Les éclats du
tonnerre, les
sifflements de la
tempête
recommencent avec
furie. Les trois
Nornes
sortent du lac et s'avancent vers
Sigurd. Elles lui montrent le
lac qui bouillonne et bientôt se change
en une fournaise ardente
du milieu de
laquelle s'élève un palais de feu. Sigurd, conduit par
les trois Nornes au milieu
des
Walkyries, des
Kobolds, des Elfes qui le
menacent, se dirige vers le lac enflammé,
des
montres
sortent du lac et
marchent vers
Sigurd)
Hilda, le lac
flamboie et mon cœur
bat De
joie Au combat!
(Au milieu du fracas
des éléments, le Burg grandit de plus
en plus et remplit bientôt tout le
théâtre. Sur un signe des
trois
Nornes, la muraille s'écroule et
laisse
voir une salle du
palais magique)
Troisieme Tableau
(Une salle d'un
palais enchanté)
Scène Unique
SIGURD (l'épée à la main,
conduit par les trois nornes) Je
suis vainqueur! La
voilà, c'est elle!
Puissances du ciel,
qu'elle est belle!
Quel sourire
charmant pare sa
lèvre en fleur! Elle
ne verra pas mon
visage, et du roi La
noble loyauté ne
sers pas trompée, Et
maintenant sous mon
épée, O
Brunhild,
éveille-toi.
(Il abaisse la
visière de son
casque)
BRUNHILD
(séveillant. Sigurd se tient
immoble, la visière
baissée)
Salut, splendeur du
jour,
salut, astre au
front pur, Qui
de tes rayons d'or
sèmes l'immense
azur.
Dieux, abaissez sur
nous des regards
favorables, Aux
douleurs des humans
montre-vous
secourables!
Salut, terre!
Salut, nourrice au
sein fécond, Qui
fais croître pour
nous
l'épi du froment
blond!
Dieux! Que votre
bonté nous donne en
sa largesse La
force, la raison, le
savoir, la sagesse. Mais
quel guerrier
vaillant et fort,
Bravant pour moi
l'affreuse mort, A,
par le pouvoir de
ses armes, De ma
prison rompu les
charmes?
(à Sigurd)
O
mon sauveur
silencieux, La
Walkyrie est ta
conquête, Et
ne crains pas
qu'elle regrette, Près
de toi, le palais
des cieux. Les
esprits déployant
leurs ailes Vont
vers les dermeures
mortelles
Bientôt m'emporter
avec toi.
Guerrier, prends
place auprès de moi.
Brunhild encor
vierge et pure, Pour
toi dénouant sa
ceinture, Te
la donne en gage
d'amour. À
ton foyer, paisible,
assise, Elle
vivra fière et
soumise, En
t'aimant jusqu'au
dernier jour.
(S'endormant dans
les bras de Sigurd)
La
Walkyrie est ta
conquête…
(Elle retombe
endormie sur le lit)
SIGURD (revelant la visière
de son casque)
O Gunther! Mon
ami, mon frère, Tu
n'auras pas en vain
compté Sur ma
force et ma loyauté!
(Plaçant son épée nue
entre Brunhilde
et lui)
Glaive, sépare-moi
de la vierge
guerrière!
Perce mon cœur, ô
noble fer, Si,
m'éntendant sur
cette couche, À ce
voile sacré je
touche.
(Il se place près de
Brunhild)
Et
vous que j'ai
vaincus, Kobolds,
esprits de l'air,
Portez-nous au burg
de Gunther!
Quartième Tableau
(Aussitôt le palais
magique s'engloutit
dans le lac, et le lit qui
porte Sigurd et
Brunhild, transformé en nacelle
de cristal, flotte à sa
surface,
traîné par les trois Nornes changées
en cygnes. Le paysage a perdu sa
teinte lugubre, il est maintenant
éclairé par une
douce lumière féerique, les Nixes,
les Elfes et les
Kobolds dansant
gaiement sur les
gazons)
ACTE
TROISIEME
(Worms)
Premier Tableau
(Un jardin du burg de
Gunther)
Scène Première
(Uta, Hilda)
CHOEUR INVISIBLE À la
voix des esprits de
l'air… O
roi, viens dans ce
jardin sombre,
Sigurd t'attend ici
dans l'ombre!
Sors de ta couche, ô
roi Gunther!
(Uta et Hilda
paraissent se
glissant
avec
précaution parmi les
arbres)
UTA
Viens, Hilda... ce
n'est point une
illusion vaine,
Suis-moi...
J'entends dans les
airs endormis,
Pareils au bruit
léger d'un ruisseau
sur l'arène, Les
frémissements sourds des
ailes des esprits! Ne
tremble pas, il faut
connaître Quel
office mystérieux
Viennent remplir ici
ces messagers des
dieux, Dont
mon savoir est aussi
maître!
HILDA Je
me sens frémir
malgré moi
D'une terreur
mortelle. Je
veux marcher, je
chancelle,
Demi-morte d'effroi.
UTA Un
guerrier vient sous
l'épaisse ramure...
HILDA
Gunther!.. Le roi!
UTA, HILDA
Cache-nous, nuit
obscure!
CHOEUR INVISIBLE À la
voix des esprits de
l'air... O
roi, viens dans ce
jardin sombre.
Sigurd t'attend ici
dans l'ombre! Sors
de ta couche, ô roi
Gunther!
Scène Deuxième
(Gunther, puis Sigurd
et Brunhild)
GUNTHER
Suis-je donc le
jouet d'un rêve? Non! de confuses voix,
m'arrachant au
sommeil, Ont
murmuré mon nom!…
(L'aube commence à
poindre)
Portant le jour
vermeil À
peine à l'Orient se
lève…
(Le jour augmente.
Burnhild apparaît au fond du théâtre,
endormie. Sigurd
debout à ses
côtés)
Grands Dieux!…Sous
l'arbi du bouleau, Dans la clarté de l'aube
pâle, Veillant sur Brunhild, la
beauté sans égale, Sigurd m'est apparu dans
le matin nouveau
SIGURD (descendant vers le
roi) Oui,
Sigurd est vainqueur!
Gunther!
prends ton armure,
Sitôt que le soleil
luira sous la
ramure, Ta
belle fiancée, ô
roi, Va
s'éveiller et
descendre vers toi! Sous
ces ombrages frais
de hêtres et
de charmes, Les
esprits vont encor
la garder jusqu'au
jour… Le
jour veny, te
couvrant de tes
armes,
Parais…et hardiment
réclame son amour!…
J'ai, roi Gunther,
gardé la foi jurée,
Songe à tenir aussi
ta promesse sacrée,
Quand je vientrai te
réclamer le prix
À mes exploits
promis!
(Il sort)
Scène
Troisième
(Gunther, Brunhild,
endormie)
GUNTHER La
voilà donc, la
déesse exilée,
Que dans mon cœur
dès longtemps
j'adorais! Les
dieux jaloux, en
vain, dans leurs
décrets, Pour
vaincre les démons, les
Elfes, troupe ailée, Ont
désigné Sigurd!…
Brunhild est à moi, Mes
guerriers la verront
aux côtés de leur
roi.
CHEUR INVISIBLE
Notre tâche est
remplie Le
jour luit au ciel
bleu, Toi
qui fus Walkyrie,
Adieu!
BRUNHILD (s'éveillant entre les
buissons en fleurs dans le premier rayon
du soleil) Où
me conduit ma
destinée? Et
sur quels bords
inconnus amenée
Vois-je naître du
jour les premières
clartés? D'où
vient que mon époux
n'est plus à mes
côtés?
CHOEUR (invisible, se perdant
dans l'éloignement)
Notre tâche est
remplie, Le
jour lui au ciel
bleu, Toi
qui fus Walkyrie,
Adieu!
GUNTHER (il s'élance vers
Brunhild) Ces
bords que vous
foulez, reine, sont
votre empire ; Ces
plaines, ces
vallons, ces
forêts sont à vous… Ce
vieux burg créneté, qui
dans le Rhin se
mire, Est
la palais de votre
époux.
BRUNHILD Cet
époux, quel est-il?
GUNTHER Un
guerrier qui vous
aime!…
BRUNHILD
Pourquoi ne vient-il
pas me conduire
lui-même, Au
banquet nuptial
qu'on va dresser
pour moi?…
GUNTHER
Cleui qui te ceindra
bientôt le diadème,
Brunhild, est à tes
genoux…
(Mouvement de
Brunhild)
BRUNHILD (avec doute) Vêtu
de fer, la visière
baissée,
C'est toi que vins
dans mon palais
brûlant,
Toucher mon front
de ton glaive
sanglant? Des
noirs esprits la
foule terrassée,
C'est toi qui vins,
voilé, silencieux,
Comme l'époux que
m'ont promis les
dieux?
GUNTHER Vêtu
de fer, la visière
baissée,
C'est moi que vins
dans mon palais
brûlant,
Toucher mon front de
ton glaive sanglant… Des
noirs esprits la
foule terrassée,
C'est toi qui vins,
voilé, silencieux,
Comme l'époux que
m'ont promis les
dieux!
BRUNHILD Qui
donc es-tu, toi qui
donnais ta vie
Pour délivrer la
Walkyrie?
GUNTHER Je
suis Gunther, Roi
des Burgondes,
Prince du Rhin, Sur
les campagnes
fécondes, Que
le grand fleuve
germain
Baigne de ses eaux
profondes, Tout
est soumis à mon
secptre d'airain! Je
suis Gunther, Roi
des Burgondes,
Prince du Rhin!…
BRUNHILD Je
suis à toi, Gunther,
mon époux et mon
maître,
Vaillant roi de ce
beau pays.
Énchangeons nos
serments
entre les mains du
prêtre. Et
qui les dieux soient
obéis.
GUNTHER O
Brunhild, jamais
vierge plus désirée, N'a
d'un époux franchi
le seuil joyeux,
Jamais auprès d'une
femme adorée
Guerrier ne fut plus
radieux!
BRUNHILD Je
suis à toi, Gunther,
mon époux et mon
maître,
Vaillant roi de ce
beau pays.
Énchangeons nos
serments
entre les mains du
prêtre. Et
qui les dieux soient
obéis.
GUNTHER
(Für sich) Elle
est à moi! Je suis
l'"epoux, je suis le
maître, D'un
trésor qu'un autre a
conquis, Que
bientôt nos serments
soient bénis par le
prêtre, tout
appartient aux cœurs
hardis!
(Ils sortent)
Scène Quatrième
(Hilda, Uta,
reparaissanr à
droite)
HILDA
Il m'aime!.. il
m'aime!.. ô ma
mère! Des
esprits, des
monstres vainqueur, Il
a, pour obtenir mon
cœur,
Livré Brunehild à
mon frère... Ma
mère... il
m'aime!.. ô soleil
radieux,
Quelle douce clarté,
tu nous verses des
cieux!..
UTA
Garde bien le secret
terrible Que
nous avons
surpris... Car
un pressentiment
horrible A
frappé mes esprits. Je
vois devant nous un
grand fleuve, Où
le sang coule à
flots... La
terre de ses
guerriers veuve,
Retentit de
sanglots!..
(Elles
disparaissent. Le
théâtre change)
Deuxieme Tableau
(Une large terrasse
devant le château de
Gunther. À droite, le
château avec une
porte
laquelle
on arrive par
plusieurs marches. À
gauche,
des habitations de
paysans et de
grands
arbres.
An fond, le Rhin)
Scène Première
(Sentinelles aux
portes du château,
Guerriers
endormis, Bûcherons,
Mariniers se rendant
à
l'ouvrage, Chasseurs
passant l'épieu sur
l'épaule,
pêcheurs chargés de
filets, femmes, enfants,
avec des
faucilles, des
corbeilles, etc)
LE CHOEUR Les
premiers feux du
matin Ont
doré les flots, du
Rhin, Sur
la terre tout
s'éveille,
Retournons à nos
travaux ; Sur
les champs et sur
les eaux À
lui l'aurore
vermeille.
LABOUREURS
Allons charger nos
chars de
nos blés
jaunissants!
CHASSEURS
Allons au fond des
bois
forcer les daims
agiles!
MARINIERS
Allons guider sur
l'eau la barque aux
larges flancs!
FEMMES
Allons cueillir les
fruits de
nos vergers
fertiles!..
SOLDATS
(s'éveillant)
Alerte,
compagnons!.. le
soleil est levé, Le
feu de veille
expire... alerte!..
JEUNES FILLES, JEUNES GENS
(se disant adieu)
Au déclin du soleil,
la labeur achevé, Nous
reviendrons ici
danser sur l'herbe
verte...
CHOEUR Les
premiers feux du
matin Ont
doré les flots du
Rhin, Sur
la terre tout
s'éveille,
Retournons à nos
travaux, Sur
les champs et sur
les eaux À
lui l'aurore
vermeille!..
(Ils se séparent,
montent dans les
barques, se dirigent
de différents côtés)
Scène Deuxième
(Hagen sort du
château, suivi de
guerriers portant des clairons
et des bannières. Il
s'arrête au seuil,
entouré de son
escorte. Appel de clairons. Les laboureurs,
mariners,
chasseurs,
s'arrêtent et
reviennent vers le
château)
CHOEUR Le
clairon des hérauts
sonne!…
Sachons ce qu'il
nous ordonne…
HAGEN Au nom
du roi Gunther,
peuple, je viens
vers toi! Des
dieux maîtres du
ciel la bonté
souveraine
Donne la Walkyrie à
l'amour de ton roi, Et
Brunhild va devenir
ta reine,
Semez ces bords de
joncs et de rameaux
fleuris!
Bientôt apparaîtra
la pompe nuptiale… De
Brunhild suivons la
marche triomphale,
Peuple, fais retenir
les airs de joyeux
cris!…
CHOEUR
Semons ces bords de
joncs et de
rameaux fleuris!
Bientôt apparaîtra
la pompe nuptiale… De
Brunhild suivons la
marche triomphale, Nous
ferons retenir les
airs de joyeux cris!…
(Appel de clairons. Les hérauts restent
groupés à la porte du burg. Hagen descend
e se mêle à la
foule)
Scène Troisième
(Une barque parée de
fleurs et menée
par
des prêtres paraît
sur le Rhin)
HILDA
(suivie d'Uta, elle
sort du château et
descend vers le
chœur des femmes,
groupé sur
l'avant-scène) Mes
sœurs, Brunehild va
paraître Et
je viens au milieu
de vous,
Saluer la beauté
dont le roi notre
maître, Va
devenir époux!
(Les jeunes filles
se rangent autour
d'Hilda. Le
cortège
commence à sortir du
palais.
Marche.
Trois appels de
clairons. Brunehild
paraît,
conduite par le roi,
elle est pensive
et regarde
à peine
autour d'elle)
CHOEUR
Soyez la bienvenue
ici, O
reine Brunehild!
GUNTHER, BRUNEHILD
Merci!
(Gunther et
Brunehild entourés
de leur
cour prennent place
sur un trône
dressé
devant le
burg)
GUERRIERS
(apportant leurs
présents de noces) Nous
vous offrons, selon
l'usage des
Germains, Ces
chevaux, ces armes
brillantes, Il
faut - tout est
obscur dans
le sort des humains,
Qu'une reine ait des
mains vaillantes!
HILDA ET LES FEMMES
(offrant à Brunehild
de la laine
et des fuseaux)
Recevez, ô reine
charmante,
Cette quenouille,
ces fuseaux,
Emblême des humbles
travaux,
Chers à l'épouse
diligente.
(Brunehild embrasse
Hilda)
LABOUREURS
(à Brunehild) Nous
vous offrons ce blé
semé par notre main,
Emblème des biens
véritables...
Reine, auprès de
l'épi qui nous donne
le pain, Tous
les trésors sont
méprisables!
CHOEUR
Soyez la bienvenue
ici, O
reine Brunehild!
BRUNEHILD, GUNTHER
Merci!
HAGEN Des
jeux guerriers que
le tournoi commence;
Devant le roi
Gunther venez
combattre ici; Pour
ce combat loyal
armez-vous de la
lance, Et
prenez le glaive
aussi!
Ballet
(Après le ballet,
une barque parée de
fleurs et menée par
des prêtres paraît
sur le Rhin)
HAGEN (à
Gunther et à
Brunhild) La
barque qui vous doit
conduire à l'autre
rive, Sous
les ombrages chers à
nos dieux vénérés, Aux
bords où vos
serments vont être
consacrés, Par
les prêtres menée, à
cette grève arrive…
GUNTHER (à Brunhild) Te
plaît-il de me
suivre au bois
sacré d'Odin?
BRUNHILD Oui,
j'obéis aux dieux,
maîtres de mon
destin!
Scène Quatrième
(Sigurd entre à cheval
avec
une suite
nombreuse)
SIGURD Roi
Gunther, digne fils
des héros, tes
aïeux,
Brunhild avec toi
monte aux autels des
dieux.
Confiant dans la foi
jurée,
Sigurd vient
réclamer la promesse
sacrée Que tu
lui fis jadis pour
ce jour glorieux!
GUNTHER Vers
nous c'est un dieu
qui t'envoie ; O
fils de Sigemon,
Sigurd, chef
valeureux.
BRUNHILD Ah,
Sigurd!
GUNTHER
Prends ma droite,
mon frère, et
l'objet de tes vœux,
Gunther te le donne
avec joie.
SIGURD Le
présent qui te peut
envers moi délier, Un
plus noble n'est pas
aux mains
d'Odin lui-même.
C'est Hilda, c'est
ta sœur que j'aime!
Hilda, qui des
longtemps a
mon cœur tout
entier.
GUNTHER (à Hilda)
Sigurd te demande à
ton frère,
Consens-tu, noble
fille, à dégager ma
foi
Envers ce chef?
HILDA
Adieu, mon frère,
adieu, mon roi,
Hilda suivra Sigurd
dans la paix, dans
la guerre!
GUNTHER O
Brunhild, prends
leurs deux mains Et
réunis-les dans la
tienne.
HILDA, SIGURD (s'énclinant)
Oui…que notre
bonheur soit ton
ouvrage, ô
reine!
BRUNHILD Le
ciel à vos amours
donne d'heureux
destins!
(En unissant leurs
mains, elle
rencontre celle
de Sigurd. Le
tonnerre gronde)
(à part)
O Sigurd! quel
poison dans mes
veines circule!
SIGURD (à part) O
Brunhild!… Ta main
me brûle!
HILDA (à part)
Quel trouble d'eux
s'est emparé?
UTA Ciel! Le
voile fatal s'est-il
donc déchiré!
GUNTHER La
foundre au ciel
serein est
un heureux présage.
(à Sigurd)
Prends la main que
ma sœur te
livre comme un gage, Et
sur l'autre rive du
Rhin, Les
ministres sacrés
d'Odin Vont
célébrer un double
mariage!...
UTA
(à part) La
mort plane sur notre
tête. O
jour de sang! O
déplorable fête!
CHOEUR
Frappons les airs
joyeux de
hurrahs et de cris.
Voici marcher au
Rhin la pompe
nuptiale.
Chantons de Brunhild
la beauté sans
égale,
Chantons la fière
Hilda don’t Sigurd
est éspris.
Devant la marche
triomphale,
Eveillez-vous, échos
de l'air!
Gloire à Sigurd!
Gloire à Gunther!
UTA (au comble de
l'épouvante, à part) Ah!
Je lis dans les
cieux!
Leurs destins sont
écrits! Elle
plane sur eux, la
mort sanglante et
pâle.
Dieux sans pitié,
frappez, je vous
maudis!
Jetez-moi dans
l'ombre infernale,
Armez-vous des
traits de l'éclair.
Dieux maudits! Dieux
au cœur de fer!
(Uta tombe évanouie et
les barques disparaissent. Le
peuple resté sur la
rive agite des
rameaux)
ACTE QUATRIEME
(Worms)
Premier Tableau
(Une terrasse du burg
de Gunther. Le palais
à gauche. Un perron avec un
large escalier
descend des appartements de la
reine. Le
dessus du perron
forme une sorte de voûte
ou
portique. Une large prote donne
accès
dans le
palais. A droite, des arbres,
une
fontaine. Au fond, un chemin.
Forêts à
l'horizon.
La fin du jour)
Scène Première
(Les Femmes des
Soldats de Gunther
puisent de l'eau à
la fontaine. Des
servantes sortent
du palais et
viennent y remplir aussi des
vases qu'elle
portent sur
leurs têtes)
FEMMES DES
SOLDATS
Emplissons nos urnes
profondes, Au
courant de ces
fraîches ondes!…
SERVANTES Dans
nos urnes, allons
chercher
L'eau pure, fille du
rocher!…
(Les femmes se
saluent et
s'embrassent.
Les deuc chœurs se
trouvent réunis
autour de la
fontaine)
FEMMES
(aux servantes)
Pendant que la
source jase En
emplissant chaque
vase,
Imitons le flot
jaseur...
Dites-nous quelques
nouvelles,
Vous, les servantes
fidèles De
Gunther, notre
seigneur!
SERVANTES
Hélas! Tout le
palais est rempli de
tristesse!.. Les
pleurs ont remplacé
le rire et
l'allégresse. Un
mal mystérieux,
cruel, va consumant La
jeune Brunehild, la
reine au front
charmant!
LES FEMMES Ni
les lances, ni les
piques De
ces voûtes
magnifiques Ne
chassent le
désespoir, Et
les humaines
misères, Plus
souvent qu'en nos
chaumières, Dans
les palais vont
s'asseoir!
SERVANTES Par
de sombres tourments
Brunehild écrasée,
Languit comme une
fleur dont la tige
est brisée. Sans
cesse, elle répand
des pleurs
silencieux, Son
front pâle est
courbé sous
le courroux des
dieux!
(Les femmes de
Brunehild paraissent
sur
la terrasse des
appartements
de la reine)
FEMMES
La voilà,
languissante et se
traînant à peine, Elle
vient en ce lieu.
SERVANTES La
voilà... respectons
les douleurs de la
reine, Et
disons-nous adieu!
(Pendant que
Brunehild paraît et
descend lentement à
l'avant-scène,
soutenue par ses
femmes)
LES DEUX CHOEURS Que
notre tâche est
légère!.. Nous
passons sur cette
terre, Sans
souffrir les maux de
ceux Que
pourtant on nomme
heureux!
Comme l'oiseau de la
haie,
Qu'un peu de soleil
égaie Et
qu'un grain de blé
nourrit. Le
ciel nous garde, il
mesure La
douleur et la
froidure Pour
le faible et le
petit!
(Les deux chœurs se
séparent.
Les femmes
des
soldats descendent
dans la vallée.
Les servantes
rentrent dans le
palais)
Scène Deuxième
(Brunhild, et ses
Femmes)
BRUNHILD Mes
filles, menez-moi
vers cette source
pure Qui
court sous l'épaisse
rameur… Ah!
que ne puis-je errer
au sein des bois
épais, Sur les
monts couronnés par
la neige échatante!
La lumière me brûle…
et l'ombre
m'épouvante! Où
mon cœur éperdu
trouvera-t-il la
paix?
(Elle tombe accablée
sur un banc de rocher.
Les femmes
s'empressent autour
d'elle)
Eh!
Quoi? De ma vaine
parure, Vous
voulez encor prendre
soin.
Éloignez-vous, je ne
veux pour témoin De
mes pleurs que cet
antre où
l'eau pleure et
murmure.
(Pendant que les
femmes s'écartent avec douleur et
respect en rentrant lentement dans le
palais et laissant
Brunhild abîm"ee
dans sa souffrance)
CHOEUR (au dehors) Que
notre tâche est
légère!… Nous
passons sur cette
terre, Sans
souffrir les maux de
ceux Que
pourtant on nomme
heureux!
Comme l'oiseau de la
haie,
Qu'un peu de soleil
égaie Et
qu'un grain de blé
nourrit. Le
ciel nous garde...
il mesure La
douleur et la
froidure Pour
le faible et le
petit!
BRUNHILD O
palais radieux de la
voûte étoilée! O
demeures du ciel
don’t je suis
exilée!
Astres qui nous
versez vos
rayons purs et doux…
Je n'ose plus,
hélas!
lever le front vers
vous!… Un
trait inexorable
Brûle mon cœur
blessé, Son
poison redoutable Dans
mes os s'est glissé.
Haltetante, égarée, Je
tends les bras vers
toi…
Sigurd!… Honte
mortelle!
Prends-moi, nuit
éternelle! O
terre, engloutis-moi!…
Grand dieu, cruel
témoin du
destin qui
m'accable,
Détourne de mon
front ton courroux
redoutable!
Odin! je fus
coupable en bravant
ta défense,
Quand au combat,
malgré toi je volai,
Quand je m'enfuis du
ciel et m'armai de
la lance Pour
secourir Sigurd sous
le nombre accablé: Mais
considère en ta
justice, Ma
faute auprès de mon
supplice... Tu
m'as, ô dieu cruel,
livrée au roi
Gunther, En
donnant à Sigurd mon
âme tout entière, Et
tu déchires mon cœur
fier, Par
les honteux
tourments de l'amour
adultère.
Pitié! lance sur moi La
foudre qui dévore.
Pitié! je suis
déesse, et ne puis
que par toi
Rentrer au néant que
j'implore! Vœux
impuissants...
hélas! Le
feu du ciel sur moi
ne gronde pas!.. Un
trait inexorable
Brûle mon cœur
blessé. Son
poison redoutable Dans
mes os s'est glissé.
Haletante, égarée,
de douleur enivrée, Je
tends les bras vers
toi.
Sigurd!.. honte
mortelle!
Prends-moi, nuit
éternelle, O
terre,
engloutis-moi!
Scène Tercera
(Hilda, sortant du
palais, aperçoit
Brunhild, s'arrête un instant à
la considérer avec
une défance
jalouse, puis
s'approche d'elle)
HILDA
Jeune reine, ma
sœur, n'es-tu pas
résignée A vivre
parmi nous? Te
verrons-nous
toujours de tes
larmes baignée? La
terre t'offre en
vain tous
ses biens les plus
doux, Un
trône… des trésors…
(avec intention)
Et
l'amour d'un époux…
BRUNHILD
Hélas!
HILDA
Chasse, ma sœur, ta
farouche tristesse. Que
le sourire, enfin,
sur tes lèves
renaisse. Le
soleil a déjà quitté
le ciel d'azur!
Viens, allons dans
la plaine, Voir
les jeux des
guerriers…
Un chef hardi les
mène ; C'est Sigurd!
(Mouvement de
Brunhild)
HILDA (à part)
Elle a frémi!
BRUNHILD (se soulevant pour
fuir)
Dieux puissants!… Je
chancelle!
HILDA (avec une colère
contenue,
arrêtant Brunhild) Au
seul nom de Sigurd,
la flamme malgré toi Dans
tes yeux mourants
étincelle!…
Pourquoi donc ta
main tremble-t-elle?
Pourquoi n'oses-tu
plus lever les yeux
sur moi?
Écoute… Il n'est
plus temps de
feindre. Mon
courroux…mon mépris
sont las
de se contraindre,
Regarde ce tissu
fait de soie et d'or
pur.
BRUNHILD Qui
t'a fait ce présent?…
HILDA
C'est mon époux
Sigurd.
BRUNHILD (à part) O
trouble!… O lumière
fatale!
C'est ma ceinture
virginale. De
mes mains mon
sauveur voilé A
pris ce tissu
constellé…
HILDA Oui,
pour qu'enfin toute
espérance
S'éteigne dans ton
cœur jaloux,
Sache-le donc ; ta
délivirance Fut
l'œuvre de Sigurd,
de mon vaillant
époux.
C'est lui qui
traversant la
muraille de flamme A
franchi le seuil
redouté, Pour
changer la déesse en
femme Et
l'esclavage en
liberté.
BRUNEHILD Le
héros que les dieux
ont choisi pou
mon maître, Qui
dérobant ses traits sous
le masque d'airain, Vint
m'éveiller le glaive
en main, Le
héros que mes yeux
n'ont pas su
reconnaître, Ce
n'était pas Gunther?
HILDA
C'était le fier
Sigurd! Ce
n'était pas Gunther!
BRUNHILD
Sigurd!… C'était
Sigurd!
Brunhild encor
vierge et pure, Pour
lui dénouant sa
ceinture, La
remit en gage
d'amour, En
jurant de l'aimer
jusqu'a son dernier
jour, Mais
alors c'est Sigurd
que, tremblante,
égarée, J'ai
reçu dans mes bras et
serré sur mon cœur.
Hélas! Je me
souviens, à peine
délivrée, Je
me suis endormie
auprès de mon
vainqueur,
Sigurd m'aime… en
brisant ma chaîne,
Sigurd pensait
peut-être à toi, Mais
la volonté
souveraine Pour
jamais le liait à
moi!
HILDA
Sigurd m'aime, en
brisant ta chaîne, En
te livrant captive
au roi,
Sigurd ne voulait,
pauvre reine!
D'autre récompense
qui moi!
BRUNEHILD
Dieu! à mes pieds la
foudre tombe!
Sigurd est mon
libérateur,
Sigurd!.. et
j'appatiens à
Gunther l'imposteur! Que
ne puis-je à jamais
m'endormir dans
la tombe!
HILDA
(avec hauteur) O
pâle Brunehild, ma
sœur!
Oublie une amour
dédaignée, A
l'amour du roi
résignée
Cache les larmes de
ton cœur!
BRUNEHILD
Sigurd t'a révélé ce
secret redoutable?
HILDA Dans
un élan d'amour
Sigurd m'a tout
appris.
BRUNEHILD
Sigurd a pu remplir ce
pacte détestable?
HILDA Il
m'aime! pour
toute autre il n'a
que du mépris!
BRUNEHILD Non!
quand j'unis vos
mains
d'une horreur
inconnue,
Comme moi Sigurd a
tremblé! Et
l'éclair menaçant
qui jaillit dans la
nue A
brillé dans mon cœur
troublé.
Sigurd m'aime... en
brisant ma chaîne,
Sigurd pensait
peut-être à toi, Mais
la volonté
souveraine Pour
jamais le liait à
moi!
HILDA
Sigurd m'aime, en
brisant ta chaîne, En
te livrant captive
au roi,
Sigurd ne voulait,
pauvre reine!
D'autre récompense
qui moi!
(La nuit vient)
HILDA
(effrayée) Tu
portes haut
l'orgueil d'un amour
adultère!
BRUNEHILD
C'est en me livrant
à ton frère, Que
j'ai commis le crime
indigne de pardon... Mes
larmes ont pourtant
touché le ciel
sévère, Dans
l'abîme où je suis,
descend comme un
rayon!
HILDA
(furieuse)
Sigurd ne t'aime
pas, tu mens!..
BRUNEHILD
(avec beaucoup de
noblesse) Par
quel poison
As-tu donc du héros
égaré la raison? Tu
pâlis à ton tour...
et la honte
t'accable!
Pleure sur ton amour
coupable!
Pleure sur nous que
le ciel doit punir, Ceux
qu'ont unis les
dieux, qui
peut les désunir?
HILDA
(terrifiée) Ah!
le froid de la peur
s'infiltre dans mes
veines!
Ciel! rendez ses
menaces vaines!
Scène
Quatrième
(Gunther, suivi
d'Hagen, sort du
palais avec des valets portant des
flambeaux. En voyant
les deux
femmes, il
s'avance vers elles)
HAGEN
Compagnons!… Parmi
les sentiers,
Faites briller les
feux et battez les
haltiers,
Gunther vont suit!…
(Les valets sortent)
BRUNHILD
Gunther, roi perfide
et menteur, Je
foule aux peids ton
diadème!
Sigurd est mon
libérateur, Les
dieux me l'ont
donné…je l'aime!
Tant qu'il vivra, je
suis à lui! Il
faut qu'un de vous
deux succombe, Que
Sigurd ou toi, dans
la tombe,
Dorme avant que le
jour ait lui!…
(Brunhild sort
menaçante. Un chœur de chasseurs passe au
fond de la scène
avec des épieux et
des torches)
HILDA, HAGEN
O terreur mortelle!
GUNTHER O
honte mortelle!
CHEOUR La
nuit sera belle!
Le roi Gunther
chasse aux
flambeaux! Que
de milliers d'astre
nouveaux La
forêt joyeuse
étincelle, La
nuit sera belle!
Scène Cinquième
HILDA (se jetant aux peids
de Gunther) Ah!
frappe-moi mon
frère, Lave
dans mon sang ta
colère, J'ai
dit à Brunhild, par
la haine égarée, Que
Sigurd l'a comquise… et
qu'il l'a délivrée.
GUNTHER
Malheur sur vous!
Malheur sur moi!
HAGEN (à Hilda)
Allez par le sentier
aux tentes de la
plaine,
Obtenez de Sigurd
qu'à son burg il
vous mène…
Partez avant le
jour… par les bois,
les halliers,
Pressez le pas des
cavaliers, Le
roi Gunther saura
garder la reine!
(Hilda fait un geste
d'adieu à Gunther et
sort à droite,
conduite par Hagen)
Scène Sixième
GUNTHER Mon
orgueil m'a perdu!… De
quel front soutenir
Ton regard, déesse
irritée? O
juste opprobre!… O
honte méritée! Mais
que tarde-je à me
punir…
(Il porte la main à
son épée)
HAGEN (revenant et
l'arrêtant) Ce
n'est pas toi qui
dois mourir,
Sigurd garde mal sa
parole! Dans
l'orgueil de son âme
folle, A ta
sœur il a dévoilé
Le secret qu'elle a
révélé!
(Mouvement de
Gunther)
Sigurd est aimé de
la reine!
Chaque nuit, son
amour en ce lieu la
ramène, Les
sombres profondeurs
de ce bois ténébreux
N'ont pu le cacher à
mes yeux.
(Mouvement de
Gunther)
Sigurd va venir,
voici l'heure. Il
te trahit… Il faut
qu'il meure,
Garde ton serment
révéré…
Ton serviteur n'a
rien juré!
GUNTHER A
cette trahison
crois-tu que je
consente? J'ai
trop marché déjà
dans la route
glissante, Qui
mène du mensonge aux
plus lâches
forfaits!
HAGEN Il
aime Brunehild,
Gunther... et je le
hais Cet
éternel vainqueur à
l'audace insolente!
(montrant la gauche)
Vois... une ombre a
glissé dans
les brumes du soir
Gunther, viens sous
l'abri de ce
portique noir.
(Mettant l'épée à la
main)
Sigurd paraît, et
voici l'heure, Il
te trahit, il faut
qu'il meure...
Garde ton serment
révéré... Ton
serviteur n'a rien
juré!
(Hagen entraîne
Gunther à gauche,
sous
le
portique. La lune
apparaissant
derrière
le
château éclaire
vivement la fontaine
et
les
arbres qui
l'entourent, tandis
que le
château
et le
portique où les deux
hommes se cachent
restent plongés
dans la nuit)
Scène Septième
(Gunther et Hagen,
cachés Sigurd)
SIGURD Un
souvenir poignant, dans
mon âme troublée, Ma
fait sentir son
aiguillon de fer… Je
te revois toujours,
ô déesse exilée,
Subissant dans les
pleurs
l'amour du roi
Gunther!…
O Brunhild, ô pauvre
âme!
N'ai-je bravé
l'horreur de ta
prison de flamme, Où
du moins le sommeil
fermait tes
yeux charmants, Que
pour te voir en
proie à ces creuls
tourments? Ah!
Quand pourrai-je,
infortunée
Don’t mes cruelles
mains ont fait la
destinée, voir
sur ta lèvre éncore
un sourire nouveau
Et t'entendre
chanter, en tournant
ton fuseau!
Scène Huitième
(Brunhild reparaît sur
la terrasse et
descend vers Sigurd, elle a
quitté sa parure de
reine et porte
des fleurs dans son
voile)
BRUNHILD
Sigurd! Les dieux
dans leur clémence Vers
moi t'ont conduit
par la main…
HAGEN (à
Gunther) Vois!…
Brunhild vers lui
s'avance!
BRUNHILD De
tes tentes, Sigurd,
je prenais le
chemin!
(Sigurd recule avec un
mouvement de doute et de crainte
devant Brunhild qui
marche vers lui)
Des présents de
Gunther
je ne suis plus
parée! Je
porte la verveine et
la sauge pourprée Qui
brisen les
enchantements.
Viens, Sigurd, que
crains-tu?…
Viens où la lune
éclaire Et,
mirant son front
pâle en cette source
claire,
Argente ses flots
éclatants.
SIGURD (hésitant)
Pourquoi me
conduis-tu près
de
cette fontaine, o Brunhild?
BRUNHILD
Sigurd, prends ces
fleurs de verveine Et
livre-les au courant
de ces flots, En
invoquant Odin, en
murmurant ces mots ;
(Effeuillan des
fleurs dans la
fontaine)
Avec
ces fleurs que l'eau
traîne en courant, Avec
ces fleurs qui vont
aux précipices, Avec
ces fleurs,
terribles maléfices,
Tombez, roulez,
fuyez dans le
torrent!…
SIGURD
Quels magiques liens
veux-tu donc que je
brise? Mon
âme est-elle soumise A
l'ascendant des
noirs esprits?…
Suis-je donc
enchanté par un
charme?…
BRUNHILD
Obéis!…
SIGURD, BRUNHILD (Sigurd effeuille des
fleurs dans la
fontaine,
Brunhild dit
l'invocations avec
lui) Avec
ces fleurs que l'eau
traîne en courant, Avec
ces fleurs qui vont
aux précipices, Avec
ces fleurs,
terribles maléfices,
Tombez, roulez,
fuyez dans le
torrent!…
SIGURD O
lumière soudaine,
Don’t l'éclat
m'éblouit. Je
portais une chaîne.
Mais tout
s'évanouit!
Brunhild, ô déesse, O
présent que les
dieux Ont
fait à ma jeunesse,
Je t'aime!…
(Gunther fait un
mouvement pour se
précipiter vers
Sigurd. Hagen
l'arrête)
BRUNHILD
Justes cieux! Un
poignard a brillé
dans l'ombre!… Tout
est piège en ce
palais sombre… Arme
ta main, ô héros,
De ton glaive qui
flamboie!
SIGURD (obéissant) Oui,
ce glaive et Sigurd
n'auront plus de
repos
Qu'ils ne t'aient
reconquis,
trésor qu'Odin
m'envoie!
BRUNHILD (s'inclinant devant
Sigurd)
Maître que m'ont
donné les dieux, La
Walkyrie est ta
conquête, Et
ne crains pas
qu'elle regrette Près
de toi les palais
des cieux!…
SIGURD O
Brunhild! Le
remords me déchire, Et
de bonheur pourtant
mon cœur à son
empire!
BRUNHILD, SIGURD
Oublions les maux
soufferts, Pour
nous les cieux sont
ouverts, Que
nos âmes confondues, Dans
leur ivresse
perdues,
Chantent l'hymne
solennel De leur
amour éternel!
CHOEUR (lointain)
La nuit sera belle! Le
roi Gunther chasse
aux flambeaux, Que
de milliers d'astres
nouveaux La
forêt joyeuse
étincelle!
SIGURD (à Brunhild)
Adieu! Sigurd va te
reconquérir!… Dans
un loyal combat, que
Gunther
ou lui
tombe!
(Il
sort à gauche)
GUNTHER (sortant du portique,
à Hagen)
Frappe! A ce
perfide, la tombe!
(Ils se précipitent
sur les traces
de Sigurd)
BRUNHILD (reconnaissant le roi)
Gunther! Dieux!
Sigurd va mourir!
(Elle s'appuie,
chancelante, contre
un rocher)
Scène Neuvième
(Brunhild tressaille
et porte la main à
son cœur comme si elle avait
été frappé.
BRUNEHILD
(se redressant
violemment)
Sigurd va mourir!
HILDA
(accourant au cri de
Brunehild) Duit
puissant!
BRUNEHILD
Comme un loup altéré
de sang, Ton
frère le poursuit
dans l'ombre,
Guide-moi dans la
forêt sombre,
Dévoilons de Gunther
la lâche trahison. Tu
l'aimes... Comme moi
tu veux le sauver.
HILDA Non!
Plutôt que le voir
au bras de ma
rivale, Je
veux qu'au sein de
la nuit infernale
Descende Sigurd, ce
héros! Mais
sa mort, par mes
mains sera si bien
vengée, Que
le Rhin débordant, en
sang verra changée La
pure clarté de ses
flots!
BRUNEHILD O
dieux, qui lisez
dans mon âme, O
dieux maîtres du
ciel vermeil,
Rendez-moi mon
palais de flamme,
Rendez-moi mon calme
sommeil!
HILDA
Renonce à son amour!
jure de l'oublier! De
chasser de ton cœur
ta tendresse
adultère. Tu
peux sauver Sigurd
du courroux de mon
frère, De
ces noires forêt, je
sais chaque
sentier...
BRUNEHILD O
dieux, qui lisez
dans mon âme, O
dieux maîtres du
ciel vermeil,
Rendez-moi mon
palais de flamme,
Rendez-moi mon calme
sommeil!
CHOEUR
(lointain) La
nuit sera belle! Le
roi Gunther chasse
aux flambeaux, Que
de milliers d'astres
nouveaux La
forêt joyeuse
étincelle! La
nuit sera belle!
HILDA
Entends-tu les cors
retentir!
L'écho des bois
redit des chants de
fête, Et
cependant pour nous
quel deuil
s'apprête!
Celui que nous
aimons, Brunehild,
va mourir!
BRUNEHILD
Sauve Sigurd!.. et
je te jure De
renoncer à lui!
Sauve Sigurd!..
demain de ces bords
j'aurai fui!
HILDA
Viens... et tremble
d'être parjure!
Viens... là-bas des
flambeaux ont lui!
(Tout à coup
Brunehild tressaille
et porte
la main à son cœur
comme si elle avait
été frappée. En même
temps, un grand
tumulte éclate au
dehors)
BRUNHILD Il
est trop tard…
Sigurd est frappé
par Gunther!
J'ai senti dans mon
cœur le froid aigu
du fer?
Sigurd meurt!…
(avec joie)
Et je meurs! Les
dieux me font
mourir, moi,
la femme qu'il aime.
Mourir du coup qui
l'a frappé! Le
glaive de Gunther de
mon sang est trempé.
HILDA (au désespoir)
Sigurd! Sigurd!
Scène Dixième
(Les mêmes, Sigurd
mourant, apporté par
ses compagnons. Les
Femmes, précédées
de Uta sortant du
palais)
LE CHOEUR O
douleur! O colère! Un
traître a de Sigurd
marqué l’heure
dernière… Il
est tombé, le
guerrier fort,
Sigurd est mort!
Sigurd est mort!
SIGURD
Portez-moi,
compagnons, là-bas… où
les étoiles sur mon
front pâlissant
pourront briller
sans voiles! Je
veux revoir le ciel
une dernière fois!
BRUNHILD Je
meurs avec toi!
LE CHOEUR O
douleur! O colère! Un
traître a de Sigurd
marqué k;heure
dernière… Il
est tombé, le
guerrier fort,
Sigurd est mort!
Sigurd est mort!
Scène Oncième
(Les mêmes, Gunther
et Hagen qui ont
paru
depuis un moment au
fond de la scène.
Suite de Gunther)
GUNTHER De
nos pères, suivant
l'usage,
Formez pous eux un
bûcher de feuillage…
Le meurtrier sera
puni…si je suis roi!
HILDA Les
dieux te frappent
donc, le
meurtrier, c'est
toi!
LE CHOEUR
Gunther!
GUNTHER
Ah!
Maudite! Insensée!
HILDA
Frappe, que de tes
mains je
tombe aussi percée.
(Gunther recule)
Va!
Bientôt les dieux
irrités
Lanceront sur toi
leur tonnerre. Des
extrémités de la
terre,
Veindront les
vengeurs souhaités,
D'Attila les hordes
sauvages
Apporteront sur ces
rivages La
mort, l'esclavage,
la faim, Et
j'aurai la suprême
joie, Te
voyant à ces maux en
proie, De rire
alors de ton destin!
HAGEN (prêt à la frapper)
Meurs avant de
remplir
cette menace impie!
(Gunther retient
Hagen. Uta se
jette au-devant
d'Hilda)
HILDA (à Uta) Ma
mère! O toi qui
m'as nourrie,
Entends ta fille…
UTA Me voilà!
Que veux-tu de moi?
Pauvre Hilda!
HILDA (remettant son
bracelet à Uta)
Porte ce bracelet au
vengeur!
Attila!
(Uta disparaît,
Hilda se tue)
LE CHOEUR O
prodige!
Parmi la
flamme qui s'élance,
Siqurd et Brunhild
von vers le ciel
immense!
Deumième Tableau
Apothéose
(Sigurd et Brunhild
montent lentement, portés sur un
arc-en-ciel, vers
loe paradis
d'Odin qui s'est
ouvert pour eux)
SIGURD ET BRUNEHILD
Oublions les maux
soufferts, Pour
nous les cieux sont
ouverts, Que
nos âmes confondues, Dans
leur ivresse
perdues,
Chantant l'hymne
solennel De
leur armour éternel.
Astre, soyez-nous
propices,
Souriez, ô dieux
complices, Aux
noces de deux époux Dès
longtemps liés par
vous!
CHOEUR
Oubliez le mains
soufferts, Pour
vous les cieux sont
ouverts, Que
vos âmes confondues, Dans
leur ivresse
perdues,
Chantant l'hymne
solennel De
leur armour éternel.
(Au fond du théâtre,
sous les nuages de
l'apothéose on
voit, au milieu de
lueurs sanglantes, Attila,
appuyé sur son épée, se dressant au milieu
des cadavres des
guerriers burgondes)
|
ACTO PRIMERO
(En Worms, gran sala del
castillo de Gunther)
Escena Primera
(Las mujeres de los
guerreros de Gunther,
Uta, Hilda y demás)
MUJERES
Bordemos las banderas
y preparemos las armas.
El rey Gunther está harto
de estar ocioso y
quiere correr hacia
nuevas hazañas.
¡Cuántos hermosos ojos
pronto derramarán
lágrimas!
Victorioso, cubierto de
gloria y oro,
regresará el valiente
rey Gunther.
Bordemos las banderas y
preparemos las armas.
HILDA
Solo es feliz aquel
que tiene un corazón
valiente en el
torbellino del combate.
Sólo es feliz aquel
que valora la muerte,
un jefe valiente y
fuerte.
CORO
¡Bordemos banderas y
preparemos las armas!
¿Escucháis el corno en
el fondo del bosque?
El rey Gunther persigue a
un ciervo acorralado,
como una imagen del
combate la caza
tiene sus encantos.
El rey Gunther va a
conquistar
algunas viejas
fortalezas con tesoros
valiosos.
¡Bordemos banderas y
preparemos las armas!
UTA
(a Hilda)
Hilda, siempre estás
pensativa y pálida...
¿De dónde surge tu pena?
El rey Gunther, tu
hermano,
accede a tus deseos,
rechaza las pretensiones
de Atila.
Los indómitos hunos no
te tendrán por reina.
Suspiras... tus ojos
están llenos de
lágrimas,
habla... narra tu
sufrimiento o tus
tristes pensamientos
a quien mañana, morirá
si tú mueres, a
quién, dándote de mamar,
en sus brazos te meció.
HILDA
Madre... a pesar mío,
un sueño mortal me
paraliza.
Hace tiempo recogí en un
bosque cercano
un milano que apenas
podía volar y con mis
manos lo alimenté.
En mi sueño, vi un
águila ansiosa de
sangre, que se
lanzaba desde una nube,
quebrando el aire con un
grito lúgubre.
Escondí al milano en mi
pecho, preocupada y
estremecida, el pobre
pajarito temblaba...
El águila cruel con su
pico afilado, a
pesar de mis vanos
esfuerzos y mis
gritos de terror, lo
destrozó.
UTA
Hija mía... ¡el sueño no
es un misterio para mí!
Ese milano... es un
noble esposo... Ten
cuidado que un día, un
rival furioso, en
tus brazos no lo haga
morir
bajo sus golpes.
HILDA
Quiero vivir para
siempre sin amor.
UTA
(sonriendo) ¡Oh,
qué blasfemia!
HILDA
Rechacé el trono de
Atila.
¿Quién menos digno
quisiera
condenarse a sí mismo a
sufrir el desdén del
corazón que duerme en mi
pecho?
UTA
Siempre llega un
héroe... y ese es al
que amamos.
HILDA
Sí, madre, él ha llegado,
¡el héroe! ¡Yo lo
amo! Y lo amo sin
esperanza...
Desde que apareció, he
perdido la calma. ¡Lo
amo y muero por mi
sufrimiento!
Como el sol en el cielo
puro que hace
palidecer a los astros
que pueblan la
noche, tal entre los
valientes brilla el
hombre que amo, ¡el
noble y valeroso Sigurd!
¿Recuerdas aquellos días
llenos de lágrimas
cuando la victoria no
favoreció a nuestras
armas y mi padre
murió como un valiente
guerrero?
¿Cuando nuestros
vencedores
nos aherrojaron con
pesadas cadenas?
¿Cuando fui esclava en
el palacio de su reina,
sirviendo su mesa y
trenzando sus cabellos?
Un vengador vino, calmo
y magnífico,
como un segador que
cosecha la mies. Ante
él se inclinaban los
guerreros que no habían
huido. Su severa
belleza es la de los
dioses y el
resplandor de sus ojos
hace temblar la tierra.
De la espada de bronce
con la que se arma su
mano,
brota un fuego lóbrego;
por él, incontables
guerreros duermen
sobre sus escudos.
Sigurd rompió nuestros
grilletes,
y luego, aún
ensangrentado
y sin dignarse siquiera
a mirarnos,
tranquilo y orgulloso,
siguió su camino
glorioso.
¡Madre, tú conoces el
mal que me devora y
que nada puede mitigar!
¡Él no supo que yo lo
amaba!
EL CORO
(acercándose hacia el
final de la historia)
Hija de reyes, ¿de qué
te sirve ser bella?
¿Por qué en secreto
derramas tantas
lágrimas? ¡La
esperanza a tu edad,
Hilda, sonríe como ella!
Sonríe; La feliz
primavera está en flor
sobre tus labios.
UTA
Llega la noche, los
cazadores han
abandonado los
matorrales.
Mujeres, debemos ceder
esta sala a los
guerreros.
CORO
¡Aquí están las
banderas, las corazas y
las armas! Con el
día acabará la fiesta.
El rey Gunther partirá
con la aurora. Lo
esperaremos aquí sin
lágrimas y sin temor.
Victorioso, con gloria y
cubierto de oro,
regresará el valiente
rey Gunther
.
¡Aquí están las
banderas, las corazas y
las armas!
(El coro sale)
Escena Segunda
(Uta detiene a Hilda
cuando va a salir
siguiendo al coro y la
conduce nuevamente
al escenario)
UTA
(a Hilda) Lo
sabía todo, había leído
en tu corazón tu
amor por este orgulloso
conquistador, tus
tormentos y tu miseria.
Hilda, Sigurd, pronto
vendrá y, con un
amor ardiente, ¡te
amará!
HILDA
¡Dioses!
UTA El futuro no
tiene secretos para tu
madre.
I
Conozco los secretos
maravillosos que
fueron enseñados a
nuestros antepasados
por los terribles
espíritus.
Conozco los temibles
encantamientos que
someten nuestra voluntad
a los seres invisibles.
He conjurado al espíritu
del aire
para que vaya hasta
donde está Sigurd,
con su orgulloso
corazón, y le lleve la
idea de que debe
venir a la fortaleza de
Gunther. Ya viene ¡oh, pobre alma
herida! el novio que
tú elegiste. ¡Oh,
flor abrumada por la
tormenta, él viene,
seca tus lágrimas y
sonríe! II
En una hermosa noche de
verano, cuando la
luna inundaba con su
claridad los lagos
bordeados de robles,
invoqué a la diosa Freia tres veces
recolectando plantas
mágicas a la sombra
del bosque.
Mi arte fue capaz de
preparar un filtro
que a Sigurd aportará el
fuego de un ardor
desesperado que por
Hilda se encenderá.
Ya viene, ¡oh, pobre
alma herida! el novio
que elegiste. ¡Oh,
flor abrumada por la
tormenta, ya llega,
seca tus lágrimas y
sonríe!
(fuera se oyen
fanfarrias)
HILDA
¡Ah! ¡Tiemblo!
UTA
Escuchemos.
CORO
(afuera)
¡Aquí está el arrogante
cazador,
aquí está el rey Gunther!
HILDA
(a Uta quien la abraza)
¡Oh madre, tengo miedo!
Escena Tercera
(Rey Gunther, Hagen, Un
bardo, Rudiger,
Los embajadores de Atila,
el séquito de
Gunther, mozos con
antorchas. Marcha.
Traen mesas sobre el
escenario)
CORO
Cuando se han recorrido
desde la mañana los
bosques, las montañas y
las llanuras, es
dulce recuperar el
aliento
sentados en un alegre
festín. Que los ecos
de los altos montes
repitan un feliz hurra.
¡Gloria a Gunther, gloria
a sus huéspedes,
gloria a los enviados de
Atila!
(Gunther toma asiento
bajo un dosel;
Rudiger y sus compañeros
a su derecha,
en el sitial de honor)
GUNTHER Me
satisface sentarme a la
mesa con vosotros,
valerosos guerreros,
dignos emisarios
enviados a mi hermana.
¡Llenad mi copa
y verted aguamiel a toda
la rueda!
¡Amigos, bebed todos
conmigo!
¡Por el rey de los
hunos, por sus
guerreros, por todos
nosotros!
CORO
Que los ecos de los
altos montes
repitan un feliz hurra.
¡Gloria a Gunther, gloria
a sus huéspedes,
gloria a los enviados de
Atila!
HAGEN
(levantándose)
¡Por esta noche,
divirtámonos!
¡Mañana marcharemos
hacia nuevos combates!
¡Observad como en estas
paredes
brillan listas nuestras
armas!
CORO
(a Gunther)
¿Hacia qué nuevas
conquistas nos
señalarás el camino?
GUNTHER
En esta
mesa, a todos abierta,
¿está sentado el bardo
de pelo blanco
que anoche encontramos
perdido en pleno bosque?
CORO ¡Oh
anciano, levántate y
acércate a tu rey!
GUNTHER
Poeta, toma tu arpa y,
frente a los guerreros
que asisten a esta
fiesta,
para el rey Gunther vuelve a cantar la
canción de Brunilda, la
prisionera de Odín.
CORO
¡Canta para el rey
Gunther la canción de
Brunilda, la prisionera
de Odín!
BARDO Es una
isla sombría, donde el
suelo calcinado
esconde lagos de fuego
bajo llanuras nevadas;
alrededor de ella, ruge
el océano desenfrenado,
que con negros
torbellinos y tormentas,
la asedia.
GUNTHER
¡Ahí es donde quiero,
amigos míos, que
llevéis vuestras lanzas
y escudos
para conquistar un
tesoro sin precio!
CORO El frío, el
fuego, la noche y las
olas no detendrán a
los corazones generosos.
¡Te seguiremos hasta el
fin del mundo,
valeroso rey!
BARDO
Odín, dios feroz y
severo.
Odín, que hace con su
cólera
temblar el mundo
horrorizado.
Odín, impulsado por su
ira, expulsó del
cielo a una virgen
guerrera que,
para luchar en la
tierra, osó
abandonar su morada
celestial.
Era Brunilda, la más
bella.
¡Las lágrimas de sus
hermanas, que
intercedían por
ella, no pudieron
doblegar al cruel dios!
La Valquiria está
condenada a sufrir
nuestro destino y
compartir la cama de un
mortal.
¡Que un guerrero de
corazón altivo se
levante y camine
osado hacia la orilla
donde se enciende un
castillo de fuego!
¡Que rompa tus cadenas,
oh diosa! Él
conquistará con su
juventud, una esposa
digna de un dios.
En un palacio con
paredes de llamas,
custodiada por un
hechizo,
Brunilda, la encantadora
mujer,
espera a su esposo
mientras duerme.
Espíritus y monstruos
terribles
vigilan los límites
inaccesibles de su
luminosa prisión. Un
guerrero, valiente entre
los valientes,
debe liberar a la joven
virgen de sus
cadenas y despertarla...
¡Que un guerrero con un
corazón altivo se
levante y avance
audazmente hacia la
playa,
donde arde un castillo
de fuego!
¡Que rompa tus cadenas,
oh diosa! Él
conquistará con su
juventud, una esposa
digna de un dios.
GUNTHER
¡Mañana cruzaré tu
golfo, oh mar
profundo!
CORO El frío, el
fuego, la noche y las
olas no detendrán a
los corazones generosos.
¡Te seguiremos hasta el
fin del mundo,
valeroso rey!
RUDIGER, COMPAÑEROS
(levantándose)
¡Príncipe del Rin,
saldremos al amanecer
y debemos despedirnos de
ti,
pero antes, permítenos
transmitirle a tu
hermana los deseos
de nuestro Rey!
(Gunther hace un gesto,
los criados
salen y retiran las
mesas)
GUNTHER
Que vuestro deseo se
cumpla,
no depende de mí sino de
lo que Hilda sienta.
¡Que el orgullo se
doblegue en su corazón
y que acepte ascender,
feliz, al trono de Atila!
Escena Cuarta
(Los mismos, Hilda, Uta
y séquito)
CORO
¡Salud, salud a la bella
doncella! Un lirio,
en el nuevo amanecer,
es menos agraciado y
menos puro.
Su cabello es de oro.
Sus labios, rosas
frescas, y sus ojos
azules, flores
celestiales.
(Rudiger y sus
compañeros
flexionan una rodilla
ante Hilda)
RUDIGER ¡En
nombre del caudillo de
los hunos,
te imploramos, bella
Hilda!
Su imperio abarca desde
los Alpes hasta el
Bósforo y el mundo
romano tiembla bajo sus
designios.
IRNFRIT ¡Si
aceptas tener como
corona la brillante
diadema del
Emperador del oriente,
el altivo Atila te la
otorga!
RUDIGER Si lo
deseas, ¡oh, joven
reina!
podrás sembrar sobre tus
vestidos
perlas y rubíes,
pues Roma aún está
colmada de tesoros.
RUDIGER, IRNFRIT
Atila puede poner a tus
pies ¡oh, bella
dama!
todos los tesoros que
existen
en el viejo mundo.
(Hilda se adelanta y va
a hablar
pero, con un gesto de
modestia, se
vuelve hacia su hermano
y se arroja
en sus brazos)
GUNTHER
Hubiera querido que
Hilda, agradecida,
quisiera compartir la
fortuna de un
ilustre caudillo temido
por todos,
pero ella prefiere
permanecer virgen en
el burgo de su hermano
y su deseo debe ser
respetado.
¡Llenad mi copa
y verted aguamiel a toda
la rueda!
¡Amigos, bebed todos
conmigo!
¡Por el rey de los hunos
y sus guerreros!
CORO
Dejad que los ecos de
las altas cumbres
repitan un alegre hurra,
¡gloria a Gunther, gloria
a sus huéspedes,
gloria a los enviados de
Atila!
(Llamada de trompeta,
Hagen sale)
MEDIO CORO ¡Un
sonido belicoso de
trompeta ha sonado
al pie de las murallas!
¿Qué hombre es lo
suficientemente audaz
como para osar a
perturbar nuestra
fiesta?
HAGEN
(reingresando)
Un noble y altivo
guerrero,
cubierto con una
deslumbrante armadura,
viene a ver al valiente
rey Gunther.
HILDA
(aparte)
¡Dioses!
GUNTHER
¡Que ante mí, se
presente!
Escena Quinta
(Gunther está frente a su
trono, bajo un dosel,
con Hilda a su lado,
todos sus guerreros lo
rodean, Sigurd entra
completamente armado.
Suenan las trompetas)
SIGURD
Príncipe del Rin, en el
país de mi padre me
dijeron que en Worms,
junto a ti,
se reúnen los mejores
guerreros que jamás
hayan servido a un rey.
Vengo a desafiarte,
Gunther,
y lo hago
en la tierra de la que
eres señor. Tanto tú
como yo queremos
conquistar
a la
belleza que Odín tiene
prisionera
en un
castillo encantado.
CORO
(rodeando a Gunther, con
las espadas en alto)
¡Es necesario castigar
tanta audacia! ¡Es
necesario que muera aquí
mismo
este insolente que aquí,
Gunther, para desafiarte!
GUNTHER
¿Quién eres, que te
atreves a desafiarme
con esas duras palabras?
CORO
¿Eres digno de ponerte
frente a aquel a
quien desafías?
SIGURD ¡Oh,
nobles guerreros,
vuestra
espada con una
sangre más pura
no puede
ser empapada!
¡Soy Sigurd, hijo
del rey Sigmund!
Concertante
HILDA
Sigurd, el héroe
invencible, se
presenta nuevamente ante
mis ojos,
brillando con la belleza
de los dioses. Al
verlo sereno,
imperturbable,
siento que mi espíritu
se desvanece, me
estremezco de amor y de
terror.
GUNTHER, CORO
Sigurd, el héroe
invencible, con su
brazo siempre
victorioso,
surgido de la raza de
los dioses.
¡Sigurd que va, sereno y
terrible,
segando como espigas
a caudillos valientes y
audaces!
GUNTHER ¡Oh,
Sigurd, hijo de Sigmund,
el rey
glorioso! Yo nunca
he conocido el miedo,
pero tu nombre está vivo
en mi memoria y
quiero sin combatir
proclamarte vencedor.
Sigurd, hijo de Sigmund,
un día mi heredad
estuvo en
poder de enemigos
despiadados,
entonces tú liberaste mi
reino
y rescataste a mi
cautiva hermana. ¡Oh,
Sigurd, hijo de Sigmund,
mi noble hermano! De
mis bienes, de mi oro,
te ofrezco la mitad.
¡Comparte conmigo el
trono de mi padre,
hagamos un juramento de
amistad inmortal!
SIGURD Yo así lo
quiero, juremos una
amistad sincera.
CORO
¡Jura, jura!
SIGURD, GUNTHER
Prometemos ante los
dioses que castigan
el perjurio, una
amistad fiel y duradera.
Soy para ti un hermano;
lo juro
ante el cielo, ante mis
armas y ante todos.
CORO
Prometen ante los dioses
que castigan el
perjurio, una
amistad fiel y duradera.
Son hermanos; y cada uno
de ellos lo jura
ante el cielo, ante sus
armas y ante todos.
HILDA
(se aproxima a Sigurd,
poniéndole
una copa en la mano; la
sigue Uta
con un ánfora)
Aquella a quien salvaste
el honor y la vida,
¡oh, héroe victorioso!
te ofrece de sus manos
este licor,
para que selles copa
en mano tu juramento.
CORO
¡Sellad, copa en mano,
vuestro juramento!
GUNTHER ¡Servid a
todos aguamiel
perfumada!
¡Bebamos a la salud de
nuestro amado invitado!
(Hilda ha tomado de las
manos de Uta la
copa que le ofreció a
Sigurd. Mientras
tanto, todos los
guerreros, con una copa
en una mano y la espada
en la otra, rodean
a Gunther y Sigurd que,
chocando sus copas
y extendiendo sus
espadas, renuevan su
juramento)
RUDIGER
(ofreciendo un brazalete
a Hilda)
Antes de que dejemos
esta tierra para
siempre, del amor de
Atila dígnate recibir
esta prenda.
Si él lo recibe devuelto
por ti, llevado por
algún mensajero,
vendrá a defenderte o,
de lo contrario, a
vengarte.
(Hilda toma el brazalete
de manos
de Rudiger y lo coloca
en su brazo
con la ayuda de Uta)
SIGURD
(después de vaciar su
copa)
¡Dioses, qué nueva
perturbación se apodera
de mi corazón agitado!
Mi razón se estremece y
se pierde
ante la presencia de
esta belleza. Es como
un hechizo que me
atrapa. Por primera
vez, veo tantos
atractivos de
impactante gracia.
GUNTHER Sin
menoscabar el juramento
que nos une, quiero
disputarte lealmente el
radiante despertar
de la virgen que duerme
su sueño mágico.
SIGURD
(a Gunther)
Para conquistar a la
Valquiria y romper
sus ataduras, ¡oh, rey!
si quieres, contra los
mismos peligros
pelearemos ambos.
Pero al regresar a tu
patria, por la
sangre que junto a ti,
hermano, derramaré,
tú me darás la
recompensa que yo
reclame.
GUNTHER ¡Lo juro
con un corazón sincero,
y estrechando tu mano!
SIGURD
Para conquistar a
Brunilda, la guerrera,
partiremos mañana.
SIGURD, GUNTHER
Prometemos ante los
dioses que castigan
el perjurio, una
amistad fiel y duradera.
Soy para ti un hermano;
lo juro
ante el cielo, ante mis
armas y ante todos.
CORO Prometen
ante los dioses que
castigan el perjurio,
una amistad fiel y
duradera.
Son hermanos; y cada uno
de ellos lo jura
ante el cielo, ante sus
armas y ante todos.
(Todos los guerreros
rodean a Sigurd
y Gunther, con la espada
en alto)
ACTO
SEGUNDO
(Islandia)
Cuadro Primero
(Bosque sagrado al borde
del mar. Bajo un
enorme tilo consagrado a
Freia, se levanta
un altar donde se
celebra un sacrificio)
Escena Primera
(El Sumo Sacerdote de
Odín, sacerdotes y
pueblo. El Sumo
Sacerdote celebra un
sacrificio,
otros sacerdotes lo
rodean y oran con él.
El pueblo se postra
alrededor)
SACERDOTES
¡Dioses terribles que
moráis en las nubes
ardientes!
PUEBLO En cuyas
manos duerme el trueno.
SACERDOTES
¡Dioses feroces cuyos
altares se enrojecen
con la sangre de los
mortales!
PUEBLO
¡Dejad que su ira
amaine!
SACERDOTES
¡Dioses crueles que
voláis por la noche
en un carro conducido
por la muerte!
PUEBLO
¡Alejad vuestros ojos de
la tierra!
SUMO SACERDOTE
¡Y tú, Freia, diosa del
amor,
bella esposa de Odín que
compartes su trono!
Las vírgenes, al
amanecer, ha tejido para
ti,
esta corona trenzada
por sus propias manos.
¡Diosa amorosa,
recibe
esta ofrenda con una
sonrisa! Gracias a
ti, todo ama y vive,
¡Freia, que por espejo
tomas
los lagos
de estos bosques!
(Continúa el coro del
pueblo
y
los sacerdotes)
Escena Segunda
SIGURD, GUNTHER, HAGEN
(fuera de escena)
¡Oh Brunilda! ¡Oh,
virgen guerrera,
encerrada en una morada
de fuego!
Hacia ti, por este
oscuro camino,
marchamos empuñando la
espada.
(Entran)
SUMO SACERDOTE
¿Qué audaces conducen sus
sacrílegos pasos
hasta las profundidades
de estas guaridas
salvajes?
EL PUEBLO
Desafiando nuestra ira
y la de nuestros dioses,
¿qué extranjeros han
franqueado estas costas?
SIGURD, GUNTHER, HAGEN
Somos tres guerreros
procedentes de los
países del Rin.
Venimos a despertar a la
bella Valquiria que,
dormida en su palacio,
está esperando al esposo
que Odín le prometió.
SACERDOTES, PUEBLO
¡Temblad!
Os enfrentaréis a los
espíritus invisibles,
amenazadores y
terribles,
de los árboles, las
rocas y los lagos de los
bosques.
¡Temblad! ¡Camináis
hacia vuestra muerte!
SUMO SACERDOTE
Estos dólmenes marcan el
límite
de los campos sagrados.
Podéis comprobar como
están sembrados
con los huesos de los
que osaros traspasarlo.
SACERDOTES, PUEBLO
¡Temblad! Espíritus
invisibles...
HAGEN, SIGURD, GUNTHER
(siguen avanzando)
¡Oh Brunilda, oh virgen
guerrera!..
SUMO SACERDOTE
¡Pues bien! Puesto que
aquí abajo
nada puede escapar de
los dictados del
destino;
¡guerreros temerarios,
escuchad los decretos de
Odín!
SACERDOTES, PUEBLO
¡Escuchad la orden
inflexible
de un dios terrible!
(Todos se postran. Los
tres
guerreros se inclinan,
el
trueno ruge a la
distancia)
SUMO SACERDOTE
Sólo uno romperá el
hechizo de Brunilda.
Sólo uno puede despertar
a la diosa exiliada,
haciendo sonar el cuerno
sagrado en el valle
oscuro.
Sólo uno, un héroe con
el corazón de diamante,
podrá derrotar a la
tropa alada de los
espíritus infernales.
Y ese héroe, más puro
que el alba de un
hermoso día, virgen de
cuerpo y alma,
jamás ha estado bajo el
yugo de una mujer,
ni jamás ha murmurado
palabras de amor.
SACERDOTES, PUEBLO
Esta es la inflexible
orden,
de un dios terrible.
SIGURD
¡Sacerdotes, traed el
cuerno sagrado de Odín,
uno de nosotros avanzará
hasta la morada de
Brunilda!
(Los sacerdotes y el
pueblo
desaparecen entre los
árboles)
Escena Tercera
(Sigurd, Gunther y Hagen) GUNTHER
¿Quién de nosotros
intentará la aventura?
HAGEN
¿Quién de nosotros se
quedará en el bosque
oscuro?
SIGURD
¡Yo!
HAGEN Los dioses
están armados con
dardos inexorables.
¿Qué puede hacer nuestra
debilidad
contra ellos?
SIGURD
(a Gunther)
Cuando Brunilda esté en
tu palacio,
recuerda, Gunther, la
promesa y juramentos
que me hiciste. Me
comprometí con alguien
sin saber que en mi
corazón debía reinar;
y nunca una palabra de
mi boca ha ofendido
su orgullo arrogante.
Yo soy el elegido por
Odín.
HAGEN
(a Gunther) El
que se aproxime a la
Valquiria y la
devuelva a la vida,
se convertirá para
siempre en su esposo.
GUNTHER
(reaccionando
vehementemente)
¡Adiós, entonces, yo
quiero enfrentar
todos los peligros!
SIGURD
(deteniéndolo)
Otra mujer me ha
arrebatado el alma,
Brunilda no me verá.
Con tu casco de bronce,
sin levantar la visera,
yo la traeré a tus
brazos.
(Gunther se estremece)
¡Por el amor que te
profeso, hermano mío!
Te lo juro, yo te traeré
a la virgen y pura!
CORO ¡Tú, que
desde el seno de las
nubes
haces que en medio de la
tormenta
brille tu cólera!
¡Poderoso Odín, dios
severo! ¡El cielo y
la tierra
están de rodillas ante
ti!
HAGEN
(Mientras el rey y
Sigurd
se intercambian sus
cascos) Ya viene
hacia nosotros la blanca
comitiva
que avanza guiada por el
sonido de las
canciones religiosas.
Traen el cuerno
misterioso que debe
liberar a la bella
Valquiria.
SIGURD
¡Amigos, adiós!
Escena Cuarta
(Los anteriores, los
sacerdotes, pueblo,
Sumo Sacerdote, trayendo
el cuerno sagrado)
CORO ¡Tú, que
desde el seno de las
nubes, en medio de
la tormenta,
haces brillar tu ira!
¡Poderoso Odín, dios
severo! El cielo y la
tierra
se arrodillan ante ti.
¡Dios, que otorgas la
victoria,
sonríe desde tu gloria,
a este fuerte guerrero
que viene, dejando
su tierra natal, por
la Valquiria,
enfrentando a la muerte!
SUMO SACERDOTE
¿Cuál de vosotros,
guerreros,
caminará audazmente
hacia el palacio de
fuego?
SIGURD
(teniendo en su cabeza
el casco de Gunther)
¡Yo!
SUMO SACERDOTE
Toma este cuerno
sagrado,
regalo de nuestro dios.
Si el terror no te
congela,
mientras que a tu
alrededor rugen los
espíritus, haz sonar
tres veces este
cuerno... Entonces,
del fondo de un lago
al que devoran las
llamas,
surgirá el palacio.
SIGURD
(tomando el cuerno)
Dámelo.
SUMO SACERDOTE
(a Gunther y Hagen)
En vuestras naves
abandonaréis estas
playas.
Si este guerrero libera
a la cautiva,
será devuelto de
inmediato, por los
espíritus derrotados, a
las orillas del Rin.
¡Tal es la voluntad
terrible de los dioses!
HAGEN, GUNTHER
(a Sigurd)
¡Que puedas abrir la
inaccesible fortaleza!
¡Que puedas triunfar
sobre la ira de un dios!
GUNTHER
¡Que regreses junto a
Gunther!
SIGURD
¡Adiós!
CORO ¡Tú, que
desde el seno de las
nubes, en medio de
la tormenta,
haces brillar tu ira!
¡Poderoso Odín, dios
severo! El cielo y la
tierra
se arrodillan ante ti.
(Mientras baja el telón,
el coro continúa
su canto. Cuando se
levanta de nuevo
el telón, Sigurd está
solo)
Cuadro Segundo
(Cuando se levanta el
telón, se ve el
“Folkranger” o campo de
los muertos.
Es una llanura lúgubre,
ocupada por
dólmenes y otras piedras
druídicas. Al fondo,
un lago bordeado de
árboles funerarios)
Escena Primera
(Sigurd)
SIGURD
(solo) El sonido
de los cantos se
extingue en el
inmenso bosque, bajo
los tilos sagrados.
Todo es sombra y
silencio y siento en
mi corazón la audacia de
un héroe.
¿Por qué demorarnos?..
¡Que comience la lucha!
¡Cuerno, de estos negros
bosques
despierta los ecos!
¡No! Si mi fuerza y mi
valor
sucumben en el esfuerzo,
si la muerte me espera
en esta isla salvaje,
los espíritus de estos
lugares venerados
saben qué nombre,
repetido por su boca,
me despertará en mi
lecho fúnebre
cuando allí duerma.
¡Hilda, virgen de
sonrisa pálida,
joven flor de lirio
tembloroso! ¡Es tu
dulce nombre el que,
sobre mi tumba,
repetirá, llorando, la
noche!
¡Pero no, nada de
tristes presagios! Mi
amor redoblará mi fuerza
y coraje.
¡Elfos, kobolds,
espíritus, apareced
todos!
¡Marcho contra vosotros!
(hace sonar el cuerno)
Escena Segunda
(El cielo se oscurece,
los truenos retumban
el viento emite gemidos
siniestros entre
los árboles, Tres
mujeres aparecen al
borde
del lago, lavan una
prenda blanca
y parecen no tener
prisa)
SIGURD
(a las tres lavanderas)
¿Por qué vuestros ojos
están llenos de
lágrimas, muchachas?
¿Por qué estas prendas
de luto?
¿Qué lavan ustedes en
esas aguas?
(Las tres Nornas se
colocan frente a Sigurd
y le hacen ver que están
lavando un sudario)
¡Un sudario!
¿Para quién? ¡Hablad!
(Las tres Nornas hacen
ver a
Sigurd que el sudario es
para él)
¿Para mí?
(Los tres Nornas
desaparecen en el lago)
No me arredran
los fantasmas que
preceden mis pasos,
¡sus presagios de muerte
no me detendrán!
(Se prepara para hacer
sonar por segunda
vez el cuerno sagrado. A
la luz del rayo,
valquirias armadas
aparecen por todos lados
e intentan arrebatarle
el cuerno. Sigurd lucha
valientemente contra
ellas. Los kobolds
llegan pos su parte a
atacar al héroe)
¡Os venceré, innumerable
pueblo de los hijos
de las sombras!
(fantasmas y duendes de
todo tipo
se unen a las valquirias
y kobolds
girando alrededor de
Sigurd, el cual,
espada en mano se apoya
en una roca)
¡Atrás, kobolds,
espíritus negros! Por
segunda vez, cuerno
sagrado, ¡resuena!
(hace socar el cuerno)
Escena Tercera
(El lago es iluminado
por una tenue luz.
Las valquirias y los
kobolds se han alejado.
Los espíritus de las
aguas, nixes, van
saliendo
lentamente del lago y de
entre las cañas,
mientras que los elfos
llegan desde el bosque,
tratando de atrapar a
Sigurd entre sus brazos.
Intentan guiarlo con
voluptuosas danzas a la
orilla del lago para
precipitarlo en él.
Sigurd se resiste, un
elfo roba el cuerno y
huye)
SIGURD
(desprendiéndose de los
elfos y nixes)
¡No, conseguiréis nada,
tanto el terror como
el placer me son
indiferentes!
(Sigurd intenta recobrar
el cuerno de Odín.
Truena
y relampaguea de nuevo.
Valquirias y kobolds
corren alrededor del
elfo que posee el
cuerno,
tratando de alejar a
Sigurd. El enjambre de
fantasmas está girando
alrededor del héroe de
nuevo. Sigurd, sin
embargo, se abre camino
a
través de las espadas de
las valquirias que se
rompen contra su pecho y
logra arrebatar el
cuerno sagrado al elfo)
¡Suena en estos
bosques sombríos,
sagrado cuerno, por
tercera vez!
(La tormenta arrecia su
furia. Las
Nornas avanzan hacia
Sigurd y le
señalan el lago que está
burbujeando
y que pronto se
convierte en un horno
ardiente en medio del
cual se levanta
un palacio de fuego.
Sigurd, conducido
por las tres Nornas
entre valquirias,
kobolds
y elfos que lo amenazan,
se dirige
hacia el lago en llamas.
Los monstruos
salen del lago y caminan
hacia Sigurd)
Hilda, el lago arde y mi
corazón late con
alegría! ¡Al
combate!
(En medio del fragor de
los elementos, la
fortaleza crece cada vez
más y pronto
ocupa toda la escena. A
una señal de las
Nornas, la muralla se
derrumba y deja
ver una sala del palacio
mágico)
Cuadro Tercero
(Salón del palacio
encantado)
Escena Única
SIGURD
(espada en mano, guiado
por las Nornas)
¡Soy el vencedor! ¡Ahí
está ella!
¡Poderes del cielo, qué
bella es!
¡Qué sonrisa encantadora
muestra su labio en
flor!
Ella no verá mi cara,
y la noble lealtad
hacia el rey no será
traicionada.
¡Brunilda,
despierta bajo mi
espada!
(Baja la visera de su
casco)
BRUNILDA
(despertándose. Sigurd
permanece
inmóvil, con la visera
del casco bajada)
¡Salud, esplendor del
día!
¡Salud, estrella de la
frente pura, que con
rayos dorados
siembras el inmenso
azul!
¡Dioses, miradnos con
ojos favorables!
Apiadaros del dolor de
los humanos.
¡Salud tierra!
¡Salud, nodriza de pecho
fecundo, que haces
crecer la espiga del
rubio trigo!
¡Dioses! Que vuestra
bondad nos otorgue,
en su generosidad,
fuerza, razón,
conocimiento y
sabiduría.
Pero, ¿qué guerrero,
valiente y fuerte,
desafiando por mí la
terrible muerte, de
mi prisión ha roto el
hechizo con el poder
de su brazo?
(a Sigurd)
¡Oh, mi salvador
silencioso, la
Valquiria es tu
conquista, y no
temas que extrañe,
cerca de ti, el palacio
celestial!
Los espíritus que
extienden sus alas
hacia las moradas
mortales
pronto van llevarme
contigo.
Guerrero, toma un lugar
junto a mí.
Brunilda, virgen y pura,
ha desatado su espada
y te la dona como
muestra de amor.
Ella vivirá, tranquila y
feliz, en tu casa;
ella vivirá, orgullosa y
sumisa,
amándote hasta el último
día.
(se adormece en los
brazos de Sigurd)
La Valquiria es tu
conquista...
(se queda dormida)
SIGURD
(levantando la visera de
su casco) ¡Oh,
Gunther! ¡Mi amigo,
mi hermano, no has
confiado en vano en
mi fuerza y mi lealtad!
(colocando su espada
entre Brunilda y él
mismo)
¡Espada,
sepárame de la virgen
guerrera!
Perfora mi corazón, ¡oh,
noble acero! si sobre
este manto
toco el sagrado velo.
(se coloca junto a
Brunilda)
¡Y
vosotros, a quienes he
vencido,
kobolds y espíritus del
aire,
¡llevadme a la fortaleza
de Gunther!
Cuadro Cuarto
(Inmediatamente el
palacio mágico se hunde
en el lago y el lecho
que soporta a Sigurd y
Brunilda, se transforma
en una cápsula de
cristal
que flota en su
superficie, arrastrada
por las
Nornas convertidas en
cisnes. El paisaje ha
perdido su tono sombrío,
ahora está iluminado
por una suave luz de
cuentos de hadas. Los
nixes,
elfos y kobolds bailan
alegremente)
ACTO TERCERO
(En Worms)
Cuadro Primero
(Un jardín en la
fortaleza de Gunther)
Escena
Primera
(Uta e
Hilda)
CORO
INVISIBLE
A la llamada de los
espíritus del aire...
¡Oh, rey, ven a este
jardín oscuro,
Sigurd te espera en la
umbría!
¡Sal de tu lecho, rey
Gunther!
(Uta e Hilda parecen
deslizarse
con cautela entre los
árboles)
UTA
Ven, Hilda ... no es una
vana ilusión.
¡Sígueme!... Oigo en el
aire dormido,
como el ligero sonido de
un arroyo en la arena,
como el temblor apagado
de las alas de los
espíritus. No temas,
debemos saber qué
misterioso cometido
vienen a cumplir
estos mensajeros de los
dioses,
a los que
conozco muy bien.
HILDA A mi
pesar, me siento
invadida de un terror
mortal.
Quiero caminar,
pero me
tambaleo del espanto.
UTA Un guerrero
viene bajo el espeso
follaje...
HILDA
¡Gunther!.. ¡El rey!
UTA, HILDA
¡Escondámonos, la noche
es oscura!
CORO INVISIBLE A
la llamada de los
espíritus del aire...
¡Oh, rey, ven a este
jardín oscuro,
Sigurd te espera en la
umbría!
¡Sal de tu lecho, rey
Gunther!
Escena Segunda
(Gunther, luego Sigurd y
Brunilda)
GUNTHER
¿Soy el juguete de un
sueño?
¡No! Voces confusas,
arrebatándome del sueño,
murmuraron mi nombre.
(comienza a amanecer)
El día amanece rosado
por oriente...
(El día avanza. Brunilda
aparece
en el fondo de la
escena, dormida,
Sigurd de pie junto a
ella)
¡Grandes dioses!..
Bajo el abedul, a la
luz del pálido amanecer,
velando sobre Brunilda,
de belleza sin igual,
Sigurd se me presenta en
la nueva mañana.
SIGURD
(acercándose al rey)
¡Sí, Sigurd ha
triunfado! ¡Gunther!
¡Toma tu armadura!
Tan pronto como el sol
brille, bajo el
follaje, tu hermosa
prometida ¡oh, rey!
se despertará y vendrá a
ti.
Bajo la sombra fresca de
las hayas los
espíritus la guardarán
hasta que llegue el
día...
Cuando amanezca, cúbrete
con tus armas,
preséntate... ¡y reclama
con valentía su amor!..
¡Yo, rey Gunther, he
mantenido la fe jurada!
Pienso que cumplirás tu
promesa sagrada,
cuando venga a reclamar
el premio prometido por
mi hazaña.
(se marcha)
Escena Tercera
(Gunther y Brunilda,
dormida)
GUNTHER
¡Ahí está, la diosa
exiliada, a quien mi
corazón amó durante
mucho tiempo!
Los dioses han decretado
que Sigurd sea el
vencedor de los
demonios, elfos y
tropas de espíritus
alados, Brunilda es
mía y los guerreros
la verán junto a su rey.
CORO INVISIBLE
Nuestra tarea ha sido
cumplida. Ya el día
brilla en el cielo azul.
A ti, que fuiste una
Valquiria,
¡adiós!
BRUNILDA
(despierta entre los
arbustos florecidos
ante el primer rayo del
sol) ¿A dónde me
conduce el destino?
¿En qué playas
desconocidas veo
nacer las primeras luces
del día?
¿Cómo es que mi esposo
ya no está a mi lado?
CORO
(invisible, que se
pierde en la distancia)
Nuestra tarea ha sido
cumplida. Ya el día
brilla en el cielo azul.
A ti, que fuiste una
Valquiria,
¡adiós!
GUNTHER
(corre hacia Brunilda)
Estas tierras que pisas,
reina, son tu
imperio.
Estas llanuras, estos
valles,
estos bosques son
tuyos...
Esta antigua fortaleza
almenada, que se
refleja en el Rin,
es el palacio de tu
esposo.
BRUNILDA Ese
esposo, ¿quién es?
GUNTHER ¡Un
guerrero que te ama!..
BRUNILDA
¿Por qué no viene él
mismo a llevarme al
banquete de bodas
que va a organizar para
mí?
GUNTHER Él, que
pronto te ceñirá la
corona,
Brunilda, está de
rodillas ante ti...
(Brunilda se agita)
BRUNILDA
(con duda)
Vestido con armadura,
con la visera baja,
¿fuiste tú que viniste a
mi palacio en llamas,
tocando mi frente
con la espada
ensangrentada?
¿Venciste a la multitud
de espíritus negros?
¿Eres tú quien vino,
velado y silencioso,
como el novio prometido
por los dioses?
GUNTHER
Vestido con armadura,
con la visera baja,
yo fui a tu palacio en
llamas,
tocándote la frente con
mi ensangrentada
espada...
Superando la multitud de
espíritus negros fui
yo quien acudió, velado
y silencioso,
como el marido que te
prometieron los dioses.
BRUNILDA
¿Quién eres, quién eres
que arriesgaste tu vida
para liberar a la
valquiria?
GUNTHER ¡Soy
Gunther, rey de los
burgundios,
príncipe del Rin! En
los campos fértiles,
que el gran río alemán
baña con sus aguas
profundas,
todo está sometido a mi
corona de bronce.
¡Soy Gunther, rey de los
burgundios
príncipe del Rin!..
BRUNILDA ¡Soy
tuya, Gunther, mi esposo
y señor,
valiente rey de este
hermoso país!
Intercambiemos nuestras
promesas en
presencia del sacerdote,
para así los dioses sean
obedecidos.
GUNTHER ¡Oh
Brunilda, nunca una
virgen más deseada
tuvo un esposo que
cruzara el umbral con
alegría!
¡Nunca una mujer
guerrera fue más
radiante!
BRUNILDA ¡Soy
tuya, Gunther, mi esposo
y señor,
valiente rey de este
hermoso país!
Intercambiemos nuestras
promesas en
presencia del sacerdote,
para así los dioses sean
obedecidos.
GUNTHER
(Para sí)
¡Ella es mía! Soy esposo
y señor de un tesoro
que otro ha conquistado.
Pronto nuestros
juramentos
serán bendecidos por el
sacerdote,
¡todo pertenece a los
corazones audaces!
(salen)
Escena Cuarta
(Hilda e Uta, reaparecen
por la derecha)
HILDA ¡Él me
ama! ¡Él me ama! ¡Oh,
madre! El venció a
los espíritus y
monstruos para
conquistar mi corazón,
entregando a Brunilda a
mi hermano...
Madre... ¡él me ama..! ¡Oh,
sol radiante,
qué dulce claridad
derramas desde el
cielo!...
UTA
Guarda bien el terrible
secreto que acabamos
de conocer...
Porque un horrible
presentimiento ha
golpeado mi mente.
Veo ante nosotras un
gran río,
donde fluye la sangre
... ¡La tierra
resuena con sollozos
de las viudas de los
guerreros!..
(ambas salen, la escena
cambia)
Cuadro Segundo
(Gran terraza frente al
castillo de Gunther.
(A la derecha, el
castillo con una puerta
a
la que se accede por
varios escalones.
A la izquierda,
viviendas de campesinos
y grandes árboles. Al
fondo, el Rin)
Escena Primera
(Centinelas a las
puertas del castillo,
guerreros
dormidos, leñadores,
marineros que van a
trabajar, cazadores que
pasan con sus jabalinas
al hombro, pescadores
cargados de redes,
Mujeres, con hoces y
canastas, niños, etc)
CORO Las
primeras luces de la
mañana han dorado
las olas, del Rin.
Sobre la tierra todo se
despierta,
regresamos a nuestro
trabajo. Sobre los
campos y las aguas,
brilla un rojo amanecer.
LABRADORES
¡Carguemos nuestros
carros con trigo
dorado!
CAZADORES
¡Vayamos al profundo
bosque
para cazar ágiles
venados!
MARINOS
¡Vayamos a navegar
por el ancho río!
MUJERES
¡Vayamos a recoger los
frutos en nuestros
fértiles huertos!..
SOLDADOS
(despertando)
¡Alerta, compañeros!..
El sol ya está alto,
la luz de las antorchas
está
expirando... ¡alerta!..
NIÑAS, JÓVENES
(despidiéndose)
A la caída del sol,
terminada la labor,
volveremos a bailar
sobre la hierba verde...
CORO
Las primeras luces de la
mañana han dorado
las olas, del Rin.
Sobre la tierra todo se
despierta,
regresamos a nuestro
trabajo. Sobre los
campos y las aguas,
brilla un rojo amanecer.
(Se separan, suben a los
botes,
van hacia diferentes
lados)
Escena Segunda
(Hagen sale del
castillo, seguido por
guerreros
que llevan clarines,
estandartes y banderas.
Se detiene en el umbral,
rodeado por su escolta,
Los clarines suenan
tocando atención.
Los labradores,
marineros y cazadores,
se detienen y regresan
al castillo)
CORO ¡El clarín
de los heraldos suena!..
¡Vayamos a enterarnos de
lo que sucede!...
HAGEN
¡Vasallos, hablo en
nombre del rey Gunther!
La bondad soberana de
los dioses, señores
del cielo, otorgó el
amor
de la Valquiria a
nuestro rey.
¡Brunilda se convertirá
en nuestra reina!
¡Esparcid juncos y ramas
florecidas!
Pronto aparecerá el
cortejo nupcial...
¡Que el pueblo haga oír
sus gritos de alegría!
CORO
¡Esparzamos juncos y
ramas en flor!
Pronto aparecerá el
cortejo nupcial...
Sigamos la marcha
triunfal de Brunilda,
colmando el aire
con nuestros gritos de
alegría.
(Sonido de clarines. Los
heraldos se
agrupan en la puerta del
castillo
Hagen baja y se mezcla
con la multitud)
Escena Tercera
(Un barco adornado con
flores y gobernado
por sacerdotes, aparece
en el Rin)
HILDA
(seguida de Uta,
abandona el castillo
y desciende hasta al
coro de mujeres,
agrupadas en el
escenario)
Hermanas, Brunilda
aparecerá y yo iré
en medio de vosotras
para saludar
a la bella guerrera que
se convertirá
en la esposa de nuestro
rey y señor.
(Las doncellas se reúnen
alrededor de Hilda.
El cortejo comienza a
salir del palacio.
Marcha. Tres toques de
clarín. Brunilda
aparece guiada por el
rey, está pensativa y
apenas mira a su
alrededor)
CORO
¡Te damos la bienvenida,
reina Brunilda!
GUNTHER, BRUNILDA
¡Gracias!
(Gunther y Brunilda,
rodeados por
su corte, toman su lugar
en un trono
erigido frente al
castillo)
GUERREROS
(trayendo sus regalos de
boda) Os
ofrecemos,
según la costumbre
germana,
caballos y refulgentes
armas. Nuestra reina
siempre tendrá
nuestras armas a su
disposición.
HILA, MUJERES
(Ofrecen a Brunilda
husos y ovillos de lana)
Recibe, ¡oh, encantadora
reina!
estas lanas y estos
husos,
símbolos de los
apreciados trabajos
de una esposa diligente.
(Brunilda besa a Hilda)
LABRADORES
(a Brunilda) Os
ofrecemos trigo sembrado
con nuestras
manos, símbolo de bienes
concretos y reales...
¡Reina, frente a la
espiga que nos da el pan
todos los demás tesoros
son despreciables!
CORO ¡Se
bienvenida,
reina Brunilda!
BRUNILDA, GUNTHER
¡Gracias!
HAGEN Que
comiencen los torneos
caballerescos;
Delante del rey Gunther vengan a lidiar aquí;
¡Para este justo
combate, ármense con la
lanza y tomen la
espada también!
Ballet
(Después del ballet, un
barco adornado
con flores y gobernado
por sacerdotes
aparece en el Rin)
HAGEN
(a Gunther y Brunilda)
La barca que los debe
llevar a la otra orilla,
bajo las sombras de
nuestros venerados
dioses, donde
vuestros juramentos
serán consagrados,
por los sacerdotes,
ya llegó...
GUNTHER
(a Brunilda) ¿Te
complace seguirme al
bosque sagrado de Odín?
BRUNILDA
¡Sí, obedezco a los
dioses,
señores de mi destino!
Escena Cuarta
(Sigurd entra a caballo
seguido de una gran
comitiva)
SIGURD Rey
Gunther, hijo digno de
tus ancestros heroicos,
Brunilda contigo sube a
los altares de los
dioses.
¡Confiado en la fe
jurada,
Sigurd viene a reclamar
la promesa sagrada
que una vez hiciste para
este día glorioso!
GUNTHER Los
dioses te envían. ¡Oh,
hijo de Sigmund, Sigurd,
valiente caudillo!
BRUNILDA
¡Ah, Sigurd!
GUNTHER
Toma mi mano derecha,
hermano mío, lo que
pidas, Gunther te los
entregará con alegría.
SIGURD El
presente que puede
complacerme, el más
noble, no está en
manos del propio Odín.
Es Hilda, ¡es tu hermana
a quien amo!
Hilda, que desde hace
mucho tiempo
tiene todo mi corazón.
GUNTHER
(a Hilda)
Sigurd te pide por
esposa,
¿estás de acuerdo, noble
muchacha, de que
cumpla mi promesa con
este caudillo?
HILDA
¡Adiós, hermano mío,
adiós, mi rey,
Hilda seguirá a Sigurd
en la paz y en la
guerra!
GUNTHER ¡Oh
Brunilda, toma sus dos
manos y júntalas a
las tuyas!
HILDA, SIGURD
(se inclinan)
Sí... ¡Que nuestra
felicidad sea obra tuya,
reina!
BRUNILDA
¡Que el cielo dé un
feliz destino a vuestro
amor!
(Al unir las manos de
Sigurd
e Hilda, ruge un trueno)
(Para sí)
¡Oh,
Sigurd!
¿Qué veneno circula por
mis venas?
SIGURD
(Para sí) ¡Oh,
Brunilda!.. ¡Tu mano me
quema!
HILDA
(Para sí)
¿Qué turbación se
apodera de ellos?
UTA
¡Cielos! ¡Se ha roto el
velo fatal!
GUNTHER El trueno
en el cielo sereno
es un augurio feliz.
(a Sigurd)
Toma la mano que mi
hermana te da como
prenda. En la orilla
opuesta del Rin, los
ministros sagrados de
Odín
celebrarán un doble
matrimonio...
UTA (Para sí)
La muerte pende sobre
nuestras cabezas. ¡Oh,
día de sangre! ¡Oh,
funesta fiesta!
CORO
¡Hagamos resonar en los
aires
hurras y gritos de
alegría! ¡Ya se
dirige hacia el Rin el
cortejo nupcial!
¡Cantemos la belleza
incomparable de
Brunilda!
¡Cantemos a la altiva
Hilda, a quien Segur
ama! ¡Que avance el
cortejo triunfal!
¡Que despierte, ecos en
el aire!
¡Gloria a Sigurd!
¡Gloria a Gunther!
UTA
(en el colmo de su
temor, para sí)
¡Ah, lo puedo leer en el
cielo!
¡Sus destinos están
escritos!
La muerte se cierne
sobre ellos,
sangrienta y pálida.
¡Dioses impíos, yo os
maldigo!
¡Arrojadme a las sombras
infernales,
clavadme dardos y rayos!
¡Dioses malditos!
¡Dioses de corazón de
hierro!
(Uta cae inconsciente,
las barcas
desaparecen mientras que
la gente,
en la orilla, agita
ramos de flores)
ACTO CUARTO
(En Worms)
Cuadro Primero
(Una terraza en la
fortaleza de Gunther.
El palacio a la
izquierda, un porche con
amplia escalera que
desciende desde
los alojamientos de la
reina. En la parte
superior del porche que
forma una especie
de pórtico, una puerta
da acceso al palacio.
Árboles y una fuente. Al
fondo, un camino.
Bosques en el horizonte.
Atardecer)
Escena Primera
(Las esposas de los
soldados sacan
agua de la fuente. Los
sirvientes
salen del palacio y
vienen también
a llenar cántaros que
llevan sobre sus
cabezas)
MUJERES DE LOS SOLDADOS
¡Llenemos nuestros
cántaros en la
corriente de estas frías
aguas!
SIRVIENTES
¡Llenemos nuestros
cuencos con el agua
pura que nace de la
roca!
(Las mujeres se saludan
y
se besan, los dos coros
se
reúnen alrededor de la
fuente)
MUJERES
(a los criados)
Mientras el agua de la
fuente
corre
llenando los cántaros,
imitemos la corriente
que fluye ...
Vosotros, que sois
servidores
de nuestro
señor Gunther,
¡contadnos
las últimas novedades!
SIRVIENTES
¡Ay, todo el palacio
está lleno de tristeza!
El llanto ha sustituido
a la risa y la alegría.
Un mal misterioso y
cruel está consumiendo
a la joven Brunilda, la
reina encantadora.
MUJERES ¡Ni las
lanzas ni las picas
de estas magníficas
salas
anulan semejante
amargura! La miseria
humana se asienta
más a menudo en los
palacios que en las
cabañas.
SIRVIENTES
Agobiada por oscuros
tormentos, Brunilda
languidece como una flor
de tallo roto.
¡Constantemente solloza
en silencio y su
rostro pálido está
doblegado
bajo la ira de los
dioses!
(Las damas de Brunilda
aparecen en la
terraza de las
habitaciones de la
reina)
DAMAS
¡Allí viene!
Lánguida y apenas
arrastrando los pies...
SIRVIENTES ¡Ahí
está ella!...
Respetemos sus pesares,
saludándola.
(Brunilda aparece y
desciende
lentamente hacia el
frente de la escena,
apoyada por sus damas de
compañía)
LOS DOS COROS
¡Nuestra labor es
liviana!
¡Pasamos por esta
tierra, sin sufrir
los males de los que
se llaman dichosos!
Como el pájaro en el
seto,
deja que un poco de sol
te ilumine y te
alimente un grano de
trigo. ¡El cielo nos
guarda,
midiendo el dolor y el
frío
para los débiles y
desamparados!
(Los dos coros se
separan. Las esposas de
los soldados descienden
al valle y las
doncellas regresan al
palacio)
Escena Segunda
(Brunilda y sus damas de
compañía)
BRUNILDA
Hijas mías, llevadme a
esa fuente de agua pura
que corre bajo el espeso
follaje...
¡Ah, no puedo pasear por
los tupidos bosques
ni por las montañas
coronadas de nieve!
¡La luz me quema... y la
sombra me espanta!
¿Dónde hallará paz mi
corazón angustiado?
(cae abrumada en un
banco de piedra.
Las damas se apresuran a
su alrededor)
¡Oh! ¿Qué? ¿De mi vano
cuerpo
todavía queréis
ocuparos?
Alejaros, sólo quiero
testigo de mis
lágrimas esta fuente,
donde el agua llora y
murmura.
(las mujeres se alejan
con dolor y
respeto y entran
lentamente en el
palacio, dejando a
Brunilda abismada
con su sufrimiento)
CORO
(fuera de escena)
¡Nuestra labor es
liviana!
¡Pasamos por esta
tierra, sin sufrir
los males de los que
se llaman dichosos!
Como el pájaro en el
seto,
deja que un poco de sol
te ilumine y te
alimente un grano de
trigo. ¡El cielo nos
guarda,
midiendo el dolor y el
frío
para los débiles y
desamparados!
BRUNILDA ¡Oh,
radiante palacio de
bóveda estrellada! ¡Oh,
moradas del cielo del
que estoy exiliada!
Astros que derramáis
puros y dulces rayos...
¡No me atrevo, ay, a
levantar la cabeza hacia
vosotros!.. Un rayo
inexorable
quema mi corazón herido
y su terrible veneno
se ha deslizado en mis
huesos.
Anhelante, extraviada,
tiendo los brazos hacia
ti... ¡Sigurd!
¡Vergüenza mortal!
¡Tómame, noche eterna!
¡Oh, tierra, trágame!..
¡Gran dios, cruel
testigo del destino
que me abruma,
aleja de mi rostro tu
terrible ira!
¡Odín! Fui culpable al
desafiar tu mandato,
cuando en la batalla, a
pesar de ti,
huí del cielo armada con
mi lanza
para socorrer a Sigurd
abrumado por el poder
enemigo.
Pero considera en tu
justicia mi culpa,
comparada con mi
tormento...
Dios cruel, que me
entregaste a Gunther,
siendo de Sigurd toda mi
alma. Mi orgulloso
corazón sufre
el vergonzoso tormento
del amor adúltero.
¡Te lo imploro, arroja
sobre mí el
relámpago que aniquila!
¡Te lo imploro! ¡Soy una
diosa, y sólo tú
puedes devolverme a la
nada que deseo!
¡Sueños impotentes!..
¡Ay! ¿No cae el
fuego celestial sobre
mí? Una inexorable
saeta ardiente
quema mi corazón herido.
Su temible veneno en
mis huesos se ha
deslizado.
Anhelante, perdida,
sumida por el dolor
tiendo mis brazos hacia
ti.
¡Sigurd!.. ¡vergüenza
mortal!
¡Noche eterna, llévame!
¡Oh tierra, trágame!
Escena Tercera
(Hilda, saliendo del
palacio, ve a Brunilda.
Se
detiene un momento
observándola con actitud
de celosa desconfianza,
luego se acerca a ella)
HILDA
Joven reina, hermana
mía, ¿no te
acostumbras a vivir
entre nosotros?
Siempre te veremos
bañada en lágrimas.
La tierra te ofrece en
vano
los sus bienes más
dulces, un trono...
tesoros...
(con intención)
Y el amor de un
esposo...
BRUNILDA ¡Ay de
mí!
HILDA
Expulsa, hermana mía, tu
feroz tristeza. Que
la sonrisa, finalmente,
renazca en ti. ¡El
sol ya ha dejado el
cielo azul!
¡Vamos, vayamos a la
llanura,
para admirar el juego de
los guerreros! Un
líder audaz los guía; ¡Sigurd!
(Brunilda se estremece)
HILDA
(aparte)
¡Se ha estremecido!
BRUNILDA
(levantándose como para
huir)
¡Poderosos dioses!.. ¡Me
tambaleo!
HILDA
(Con la ira reprimida,
deteniendo a Brunilda)
¡Ante el nombre de
Sigurd, a pesar tuyo,
la llama en tus ojos
moribundos brilla!..
¿Por qué te tiembla la
mano?
¿Por qué no te atreves a
mirarme?
Escucha ... ya no es
hora de fingir. Mi
ira... mi desprecio
está cansado de
contenerse,
mira este cinturón hecho
de seda y oro puro.
BRUNILDA
¿Quién te hizo este
regalo?..
HILDA Fue mi
esposo Sigurd.
BRUNILDA
(aparte) ¡Oh,
turbación! ¡Oh, luz
fatal! Ese es mi
cinturón virginal.
Mi salvador, con el
rostro velado,
tomó de mis manos el
cinturón celestial...
HILDA Sí, para
que toda esperanza
se extinga en tu iluso
corazón,
debes saber que tu
liberación fue obra
de Sigurd, mi valiente
esposo. Fue él quien
cruzó el muro de llamas,
traspasando el temido
umbral
para convertir a la
diosa en mujer, y su
esclavitud, en libertad.
BRUNILDA El
héroe que los dioses
eligieron
para que fuera mi señor;
que ocultó su rostro
bajo la máscara de
bronce despertándome
espada en mano. El
héroe que mis ojos no
pudieron reconocer,
¿no era Gunther?
HILDA
¡Era el altivo Sigurd!
¡No era Gunther!
BRUNILDA
¡Sigurd! ... ¡Era Sigurd!
Brunilda todavía virgen
y pura,
desató para él su
cinturón y lo entregó
como muestra de su amor,
jurando amarlo hasta su
último día.
Fue a Sigurd a quien,
temblando
y extraviado, recibí en
mis brazos
estrechándolo contra mi
corazón.
¡Ay! Recuerdo que,
apenas liberada, me
quedé dormida junto a mi
conquistador.
Sigurd me ama... al
romper mis cadenas,
tal vez Sigurd pensó en
ti,
¡pero la voluntad
soberana de los dioses
por siempre lo atará a
mí!
HILDA
Sigurd me ama a mí pues,
rompiendo tus cadenas,
te entregó cautiva al
rey.
Sigurd no quería, ¡pobre
reina!
recibir por recompensa a
otra más que a mí.
BRUNILDA
¡Dios, a mis pies arroja
tu rayo!
¡Sigurd es mi liberador!
¡Sigurd!.. ¡Y yo
pertenezco a Gunther, el
impostor!
¡Sólo en la tumba,
podré conciliar el
sueño!
HILDA
(altanera) ¡Oh,
pálida Brunilda, hermana
mía!
¡Olvida un amor
desdeñado!
Resígnate al amor del
rey
y esconde las lágrimas
de tu corazón.
BRUNILDA
¿Sigurd te reveló este
terrible secreto?
HILDA En un
estallido de amor Sigurd
me lo dijo todo.
BRUNILDA
¿Sigurd fue capaz de
cumplir
este acto detestable?
HILDA ¡El me
ama!
¡Para todos los demás
sólo tiene desprecio!
BRUNILDA
¡No! Cuando uní vuestras
manos con un horror
desconocido,
al igual que yo... ¡Sigurd
tembló! Y el
destello amenazador que
brotó de las nubes,
brillaba en mi corazón
atribulado.
Sigurd me ama... al
romper mis cadenas,
tal vez Sigurd pensó en
ti,
¡pero la voluntad
soberana de los dioses
por siempre lo atará a
mí!
HILDA
Sigurd me ama a mí pues,
rompiendo tus cadenas,
te entregó cautiva al
rey.
Sigurd no quería, ¡pobre
reina!
recibir por recompensa a
otra más que a mí.
(llega la noche)
HILDA
(asustada)
¡Piensas en un amor
adúltero!
BRUNILDA Fue
entregándome a tu
hermano, cuando
cometí un crimen indigno
de perdón...
¡Mis lágrimas piden al
cielo que en el
abismo donde estoy,
me fulmine un rayo!
HILDA
(furiosa)
¡Sigurd no te ama,
mientes!
BRUNILDA
(con mucha nobleza)
¿Con qué derecho logras
retener a un héroe
que ha perdido la razón?
¡Te pones pálida... y la
vergüenza te abruma!
¡Llora por tu amor
culpable! Es a
ti a quien el cielo debe
castigar.
¿A aquellos que han
unido los dioses,
quién podrá separarlos?
HILDA
(aterrada)
¡Ah! ¡Un miedo gélido se
infiltra en mis venas!
¡Cielos, haz que sus
amenazas sean vanas!
Escena Cuarta
(Gunther, seguido de
Hagen, abandona el
palacio con lacayos que
llevan antorchas.
Al ver a las dos
mujeres, se dirige hacia
ellas)
HAGEN
¡Gunther, ordena a los
lacayos que iluminen
el sendero para
ahuyentar las alimañas!
(Los lacayos salen)
BRUNILDA
¡Gunther, rey pérfido y
mentiroso,
desprecio tu corona!
Sigurd fue mi
libertador, los
dioses me lo
otorgaron... ¡Lo amo!
¡Mientras viva, yo seré
suya!
¡Uno de vosotros dos
deberá morir, ya sea
Sigurd o tú, da igual,
antes que amanezca
deberá estar sepultado.
(Brunilda se marcha
colérica. Un
grupo de cazadores pasa
por el fondo
de la escena con
antorchas)
HILDA, HAGEN ¡Oh,
terror mortal!
GUNTHER ¡Oh,
vergüenza mortal!
CORO ¡La noche
será hermosa!
¡Rey Gunther, apaga tus
antorchas!
¡Cuántos miles de
estrellas
brillan alegremente en
el bosque! ¡La noche
será hermosa!
Escena Quinta
HILDA
(arrojándose a los pies
de Gunther)
¡Ah, golpéame hermano
mío,
lava tu cólera con mi
sangre! Le he dicho a
Brunilda, extraviada
por la ira, que
Sigurd fue quien la
liberó!
GUNTHER ¡Ay de
ti! ¡Ay de mí!
HAGEN
(a Hilda) Ve
hasta la llanura y
consigue que Sigurd
te lleve a su
campamento...
¡Sal antes del alba...
por el bosque, haz
galopar tu caballo!
El rey Gunther sabrá
cuidar a la reina.
(Hilda se despide de
Gunther
y sale apresuradamente)
Escena Sexta
GUNTHER ¡Mi
orgullo me ha perdido!
¿Con qué cara podré
enfrentar tu mirada,
diosa irritada?
¡Oh, justo oprobio!..
¡Oh, vergüenza merecida!
¿Por cuánto tiempo
soportaré el castigo?
(pone la mano en su
espada)
HAGEN
(se vuelve y lo detiene)
¡No eres tú quien debe
morir,
pues Sigurd no mantuvo
su palabra!
Por el orgullo de su
alma loca, a tu
hermana le reveló el
secreto que ella, a
su vez, reveló a
Brunilda.
(Gunther se conmueve)
¡Sigurd es amado por
la reina!
Cada noche, su amor aquí
la conduce de vuelta,
las sombras profundas de
estos bosques no han
podido ocultarla de mis
ojos.
(Gunther se exalta)
Sigurd está a punto
de llegar... Te
traicionó... y debe
morir.
Tú puedes mantenerte
fiel al juramento...
¡Yo no he jurado nada!
GUNTHER
¿Crees que consiento
esta traición? Ya he
caminado demasiado
por el camino
resbaladizo que lleva
de la mentira a la
ignominia más
deshonrosa.
HAGEN Él ama a
Brunilda, Gunther...
¡Yo odio a ese eterno
conquistador de
audacia insolente!
(señalando a la
izquierda)
¡Mira!... Una sombra
se desliza en la
oscuridad nocturna.
¡Gunther, ocúltémosnos
bajo ese pórtico!
(Poniendo la mano en la
espada)
Aquí viene Sigurd...
su hora ha llegado.
Te traicionó... y debe
morir.
Tú puedes mantenerte
fiel al juramento...
¡Yo no he jurado nada!
(Hagen conduce a Gunther debajo del
pórtico. La luna, que
aparece detrás
del castillo, ilumina la
fuente y los
árboles a su alrededor,
mientras que
el pórtico donde se
esconden los dos
hombres permanecen en
penumbra)
Escena Séptima
(Gunther y Hagen se
esconden)
SIGURD Un
recuerdo punzante,
en mi alma atribulada,
me ha hecho sentir su
aguijón de acero...
Te veo permanentemente,
¡oh, diosa exiliada!
sufrir entre lágrimas
el amor del rey Gunther.
¡Oh, Brunilda! ¡Oh,
pobre alma! ¿Desafié
el horror de tu ardiente
prisión despertando
tus encantadores ojos a
la vida,
sólo para verte en las
garras de estos
crueles tormentos?
¡Ah, desgraciado de mí!
Si con mis manos pudiera
volver atrás el destino
y ver en tus labios una
nueva sonrisa
mientras cantas haciendo
girar la rueca.
Escena Octava
(Brunilda reaparece en
la terraza y desciende
hacia Sigurd. Ella se ha
despojado de la túnica
de reina y lleva flores
en el velo)
BRUNILDA
¡Sigurd! Los dioses
clementes te han
conducido hasta mí...
HAGEN
(a Gunther)
¡Mira!! ¡Brunilda avanza
hacia él!
BRUNILDA ¡De tu
campamento, Sigurd,
conozco el camino!
(Sigurd retrocede
dubitativo y
con temor frente a
Brunilda
que avanza hacia él)
¡Ya no estoy vestida con
los
atuendos reales de
Gunther!
Llevo verbena y salvia
morada que rompen
los hechizos.
¡Ven, Sigurd! ¿Qué
temes? Ven a donde
brilla la luna y se
releja su pálido rostro
sobre este argénteo
manantial.
SIGURD
(dudando)
¿Por qué me conduces
a esa fuente, Brunilda?
BRUNILDA
Sigurd, toma estas
flores de verbena y
arrójalas al aguas
invocando a Odín y
murmurando estas
palabras:
(arroja los pétalos de
flores en la fuente)
¡Con estas flores que el
agua arrastra, con
estas flores que van
hacia el abismo, con
estas flores los
terribles hechizos
malignos caen, ruedan
y huyen en la
corriente!..
SIGURD
¿Qué lazos mágicos
quieres que rompa?
¿Está mi alma sujeta al
poder de los
espíritus malignos?
¿Estoy poseído por un
hechizo?..
BRUNILDA
¡Obedece!
SIGURD, BRUNILDA
(Sigurd arroja las
flores en la fuente
y Brunilda dice las
invocaciones con él)
¡Con estas flores que el
agua arrastra, con
estas flores que van
hacia el abismo, con
estas flores los
terribles hechizos
malignos caen, ruedan
y huyen en la
corriente!..
SIGURD ¡Oh, luz
repentina, el
resplandor me encandila!
¡Mis cadenas se
desvanecen!
Brunilda, ¡oh, diosa!
¡oh, regalo que los
dioses me han hecho!
¡Te amo!…
(Gunther hace un
movimiento para
correr hacia Sigurd,
Hagen lo detiene)
BRUNILDA
¡Santo cielo!
¡Una daga ha brillado en
las sombras!..
Todo es una trampa en
este palacio oscuro...
¡Arma tu mano, héroe,
con tu espada de fuego!
SIGURD
(obedeciendo)
¡Sí, la espada de Sigurd
no descansará
hasta que haya
reconquistado el
tesoro que Odín me
otorgó!
BRUNILDA
(inclinándose ante
Sigurd)
Señor, los dioses me han
dado a ti, la
valquiria te pertenece,
y no temas que ella se
arrepienta de haber
abandonado su palacio
celestial.
SIGURD ¡Oh
Brunilda! El
remordimiento me
desgarra y, sin embargo,
la felicidad eleva mi
corazón hasta el
paroxismo.
BRUNILDA, SIGURD
¡Olvidemos los males
sufridos!
Para nosotros los cielos
se abren. Que
nuestras almas
confundidas en una sola,
perdidas en su
embriaguez,
canten el solemne himno
de su amor eterno.
CORO
(distante) ¡La
noche será hermosa!
¡Rey Gunther
, apaga tus
antorchas!
¡Cuántos miles de
estrellas
brillan alegremente en
el bosque!
SIGURD
(a Brunilda)
¡Adiós! ¡Sigurd te
reconquistará!.. ¡En
una pelea leal, o
Gunther o yo!
(Sale hacia la
izquierda)
GUNTHER
(saliendo, del pórtico,
a Hagen)
¡Lo mataré! ¡El traidor
a la tumba!
(Hagen y Gunther se
precipitan tras de
Sigurd)
BRUNILDA
(reconociendo al rey)
¡Gunther! ¡Dioses, Sigurd
morirá!
(Se inclina, tambaleante
contra una roca)
Escena Novena
(Brunilda se estremece
llevandose la mano
al corazón como si
hubiese recibido un
golpe)
BRUNILDA
(sentándose súbitamente)
¡Sigurd morirá!
HILDA
(corriendo ante el grito
de Brunilda)
¡Dios poderoso!
BRUNILDA
Como un lobo sediento de
sangre, tu hermano
lo persigue en las
sombras.
¡Vayamos a través del
bosque oscuro
y descubramos la cobarde
traición de Gunther!
Tú lo amas... al igual
que yo, y quieres
salvarlo.
HILDA
¡No! ¡En lugar de verlo
en brazos de otra,
prefiero ver descender
al héroe, a Sigurd,
al seno del infierno!
¡Con su muerte
quedaré vengada, y
el caudaloso Rin
verá cambiada en sangre
la claridad de su agua!
BRUNILDA ¡Oh
dioses, que leéis en mi
alma! ¡Oh dioses,
señores del cielo
bermejo,
devolvedme a mi palacio
de llamas
y restaurad mi apacible
sueño!
HILDA
¡Renuncia a su amor!
¡Jura olvidarlo!
¡Expulsa de tu corazón
la ternura adúltera!
Puedes salvar a Sigurd
de la ira de mi hermano,
pues conozco todas las
sendas de estos
bosques oscuros...
BRUNILDA ¡Oh
dioses, que leéis en mi
alma! ¡Oh dioses,
señores del cielo
bermejo,
devolvedme a mi palacio
de llamas
y restaurad mi apacible
sueño!
CORO
(distante) ¡La
noche será hermosa!
¡Rey Gunther, apaga tus
antorchas!
¡Cuántos miles de
estrellas
brillan alegremente en
el bosque! ¡La noche
será hermosa!
HILDA
¿Oyes el sonido de los
cornos? ¡El eco del
bosque repite canciones
festivas, y, sin
embargo, para nosotras
el luto se acerca!
¡El que amamos,
Brunilda, morirá!
BRUNILDA
¡Salva a Sigurd.. y te
juro que renunciaré a
él!
¡Salva a Sigurd!..
¡Mañana ya no estaré
aquí!
HILDA
¡Ven... y tiembla si
perjuras!
¡Ven!.. ¡Allí hay
antorchas!
(De repente, Brunilda se
estremece y se
lleva la mano al corazón
como si hubiese
recibido un golpe, al
mismo tiempo se
desata un gran tumulto)
BRUNILDA Es
demasiado tarde...
¡Sigurd ha sido atacado
por Gunther!
Sentí en mi corazón el
frío del acero.
¡Sigurd muere!
(con alegría)
¡Y yo me
estoy muriendo también!
Los dioses me están
matando, a mí, a la
mujer que él ama.
¡Morir por el golpe que
a él lo hirió! La
espada de Gunther
está empapada con mi
sangre.
HILDA
(desesperada)
¡Sigurd! ¡Sigurd!
Escena Décima
(Sigurd, moribundo, es
traído por los
cazadores.
Las mujeres, precedidas
por Uta, salen del
palacio)
CORO ¡Oh, dolor!
¡Oh, furia! ¡Un
traidor ha marcado a
Sigurd!... ¡Él ha
caído, el guerrero
fuerte!
¡Sigurd está muerto! ¡Sigurd
está muerto!
SIGURD
¡Llevadme, amigos,
allá...
donde las estrellas,
sobre mi pálida frente,
pueda verlas brillar!
¡Quiero ver el cielo una
última vez!
BRUNILDA ¡Yo
muero contigo!
EL CORO ¡Oh,
dolor! ¡Oh, furia!
¡Un traidor ha marcado a
Sigurd!... ¡Él ha
caído, el guerrero
fuerte!
¡Sigurd está muerto! ¡Sigurd
está muerto!
Escena Undécima
(Gunther
y Hagen
aparecen por
el fondo del escenario;
tras ellos
el séquito de Gunther)
GUNTHER
Siguiendo las costumbres
de nuestros padres,
¡haced una pira de
maderas!... El
asesino será castigado
... ¡lo ordena el rey!
HILDA Los dioses
te golpearán... ¡El
asesino, eres tú!
CORO
¡Gunther!
GUNTHER
¡Ah! ¡Maldita!
¡Insensata!
HILDA
Hiéreme, que por tus
manos
caiga también yo
atravesada.
(Gunther retrocede)
¡Vete! Pronto los
dioses irritados
lanzarán su trueno sobre
ti.
Desde los confines de la
tierra,
vendrán los implacables
vengadores. Las
hordas salvajes de Atila,
traerán a estas tierras
muerte, esclavitud y
hambre. Yo tendré la
dicha suprema de
verte presa de esas
calamidades, ¡Me
reiré de tu destino!
HAGEN
(dispuesto a golpearla)
¡Muere antes de que se
cumpla
tu impía amenaza!
(Gunther retiene a Hagen,
Uta se pone delante de
Hilda)
HILDA
(a Uta)
¡Madre! ¡Oh, tú que
me alimentaste,
escucha a tu hija!...
UTA
¡Aquí estoy!
¿Qué quieres de mí?
¡Pobre Hilda!
HILDA
(entregando su pulsera a
Uta)
¡Lleva esta pulsera al
vengador! ¡Atila!
(Uta desaparece, Hilda
se suicida)
EL CORO ¡Oh,
prodigio! ¡Entre las
llamas que se elevan,
Sigurd y Brunilda
ascienden al
cielo!
Cuadro Segundo
Apoteosis
(Sigurd y Brunilda
ascienden lentamente,
sobre el arco
iris, al paraíso de Odín
que se abre para ellos)
SIGURD, BRUNILDA
Olvidemos las penurias
sufridas
pues para nosotros los
cielos están abiertos.
Nuestras almas se
confundirán, con
embriaguez perdurable,
cantando el solemne
himno del amor
eterno.
¡Astros, sed propicios y
sonreír!
¡Oh, dioses cómplices de
la boda de dos esposos
desde hace mucho tiempo
unidos por vosotros!
CORO
pues para nosotros los
cielos están abiertos.
Nuestras almas se
confundirán, con
embriaguez perdurable,
cantando el solemne
himno del amor
eterno.
(En el fondo de la
escena, bajo
las nubes
de la apoteosis, se
puede
ver a Atila,
apoyando su espada
en
los cadáveres de los
guerreros
burgundios)
Digitalizado y traducido
por:
José Luis Roviaro
2020
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